La maison Tomkins

L'emblème patrimonial de Granby est à vendre

Construite en 1894 par l’homme d’affaires James A. Tomkins, la maison bleue de style néo-Queen Anne, située sur la rue Mountain à Granby, est à vendre. La succession des défunts propriétaires souhaite que la maison Tomkins, qui a appartenu au politicien Joseph-Hermas-Leclerc, devienne la propriété de la Ville de Granby pour qu’elle en fasse un musée sur l’histoire de la ville.

« Emblème patrimonial de la ville de Granby », selon la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, la maison n’a connu que trois familles propriétaires. James A. Tomkins, J.-H Leclerc, qui a été maire de Granby de 1933 à 1938 et député libéral fédéral de Shefford de 1935 à 1945, ainsi que feu Maurice et Carmen Marquis, les parents de Sophie, qui a rencontré La Voix de l’Est.

Les parents de Sophie Marquis, l’aînée de la famille, ont acheté la maison alors qu’elle avait trois ans. « La maison a été un projet auquel ils ont consacré leur vie pour la restaurer, la réparer, l’arranger, l’embellir, la raffiner. Ça a été leur projet pendant 50 ans. »

Sophie Marquis aimerait que la maison de ses défunts parents soit acquise par la Ville de Granby afin d’être convertie en musée sur l’histoire de la ville. La maison Tomkins a appartenu à trois familles, dont celle de Joseph-Hermas-Leclerc.

Ces véritables passionnés se sont donné comme mission de garder le cachet historique de la maison en se procurant, par exemple, du mobilier et de la décoration antiques. Chaque pièce est unique en son genre. Les éléments architecturaux ont aussi été conservés avec soin.

La chambre de Carmen Marquis, ancienne directrice de l’école secondaire pour filles Présentation de Marie, décédée récemment, pouvait par exemple être chauffée par un foyer au bois toujours raccordé à la cheminée. « Le foyer est d’origine, il est fonctionnel, évoque Sophie Marquis en faisant visiter la maison. Il est tellement beau ! Il y a beaucoup de détails. Chaque céramique est différente. Il est conservé impeccablement. »

La maison Tomkins regorge de détails, comme ce foyer qui prend place dans une chambre et dont les carreaux de céramiques sont tous différents.

Autre fait saillant, les fenêtres sont décorées de vitraux d’origine, mis à part quelques exceptions.

Volonté des disparus

L’idée de transformer la maison en musée était discrètement caressée par Carmen Marquis. Sa fille a retrouvé des feuilles avec des heures d’ouverture pour un tel projet. La mère de Sophie Marquis avait même son propre petit musée à l’étage du garage. Des objets représentant son patrimoine familial et des collections s’y trouvent toujours.

Le garage est d’ailleurs un élément intéressant en soi dans l’histoire de la maison. « Il y avait un pigeonnier à l’arrière. Quand j’étais jeune, on jouait dans le garage et, en haut du deuxième étage, il y a une mezzanine et il y avait plein de cages de pigeons. C’était là aussi que les chevaux étaient installés. À l’arrière, on voit encore les traces des anciennes stalles. C’est plein d’histoire. »

Des vitraux installés en haut des portes du rez-de-chaussée représentent l’usage de la pièce qui se trouve derrière.

Un jardin aménagé par les Marquis complète le tableau.

« Si le projet de musée se concrétisait et que la Ville achetait la maison, c’est sûr que ça aurait fait immensément plaisir à mes parents, que ça puisse être conservé comme ça pour la postérité, assure Mme Marquis. C’est sûr que ça aurait été en accord avec leur volonté. C’est un projet super emballant. C’est vrai que pour la taille de Granby, c’est particulier qu’il n’y ait pas ça, un musée qui représente l’histoire de la ville. La maison est tellement bien conservée que ça ne demanderait pas beaucoup d’investissement pour la convertir et en plus, elle [occupe une position] centrale. C’est une ville qui attire beaucoup de visiteurs et ça pourrait s’inscrire dans le circuit touristique de Granby. »

Témoin du passé

Caractéristique de son époque, la maison est divisée en deux parties. À l’arrière se trouvaient les quartiers des domestiques et la cuisine, qui a été refaite et agrandie. Ces pièces sont beaucoup plus sobres et n’ont pas d’ornementation comme on en trouve dans les pièces des propriétaires. Un escalier de service étroit permettait aux domestiques de circuler entre l’étage des chambres et la cuisine.

Les chambres des domestiques ont été améliorées par M. Marquis, qui a été enseignant de mathématiques et de sciences au secondaire, mais elles n’ont pas la flamboyance des quatre chambres à l’avant de la maison.

Du côté des propriétaires, tout est luxueux. Les invités entraient par l’avant de la demeure et mettaient le pied dans un hall chaleureusement décoré. Un vitrail dans l’entrée porte d’ailleurs les initiales de Joseph-Hermas Leclerc.

D’un côté du hall, un escalier de bois rejoint le deuxième étage. De l’autre côté, des portes mènent au salon où les invités patientaient. Celles situées face à l’entrée mènent quant à elle à la salle à manger.

Un vitrail au-dessus de chacune des portes du rez-de-chaussée annonce la vocation de la pièce qui se trouve derrière. Par exemple, un pot de fruit est représenté sur le vitrail au-dessus de la porte de la salle à manger.

« Mon père appréciait énormément le caractère historique de la maison et il fallait qu’on fasse attention, se souvient Mme Marquis. On ne pouvait pas fermer les portes brusquement parce qu’il avait peur qu’un des vitraux se brise. »

À propos de la maison Tomkins, la Société d’histoire écrit ceci : « Cette maison constitue l’un des exemples les plus représentatifs et les mieux conservés du courant néo-Queen Anne sur le territoire de la ville de Granby. Cette filiation stylistique se remarque aisément : asymétrie du corps principal, constitué de plusieurs corps imbriqués s’élevant sur deux étages et demi, toiture en tôle pincée, de forme irrégulière, présence d’une tourelle coiffée d’un toit conique en bardeaux d’ardoise à motifs, amalgame de clins de bois, présent sur l’ensemble de la structure, bardeaux décoratifs sur les frontons et la partie supérieure de la tourelle. Une galerie couverte, ornée de poteaux tournés, d’aisseliers et d’un fronton triangulaire décoré de boiseries, complète l’ensemble. »