«Les méthodes d’évaluation et de suivi du rendement et de communication des résultats» au sein du Centre national des arts nécessitaient des améliorations, estime le vérificateur général du Canada, dans un rapport d'audit rendu public vendredi.
«Les méthodes d’évaluation et de suivi du rendement et de communication des résultats» au sein du Centre national des arts nécessitaient des améliorations, estime le vérificateur général du Canada, dans un rapport d'audit rendu public vendredi.

Le vérificateur général voit de «graves défauts» dans la gestion du CNA

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
La gouvernance du Centre national des arts (CNA) «comportaient des défauts graves», estime le Bureau du vérificateur général du Canada (BVG) dans un rapport d’audit accessible depuis vendredi.

Malgré l’image d’«excellence artistique» dont se targue le CNA, l’institution de diffusion des arts de la scène n’est pas tout à fait un «premier de classe», aux yeux du vérificateur.

«La gouvernance et la gestion des risques du (CNA) comportaient des défauts graves, et ses méthodes d’évaluation et de suivi du rendement et de communication des résultats devaient être améliorées...» indique ce rapport d’audit que le CNA a rendu public.

Or, l’équipe du vérificateur a constaté que, «dans l’ensemble», «les méthodes de gestion organisationnelle de la Société comportaient des défauts graves et des faiblesses».

L’une de ces failles organisationnelles «graves» avait à sa source «divers problèmes liés aux informations communiquées au conseil d’administration», analyse le Vérificateur, qui voit des «lacunes» dans les informations que les employés de la Société faisaient remonter au c.a.

Des «faiblesses dans l’évaluation et le suivi du rendement et la communication des résultats» ont «nui à la qualité et à l’exhaustivité des informations transmises au c.a.» ce qui «nuisait» à ses prises de décisions ainsi qu’à sa capacité à «exercer sa surveillance».

Les membres du c.a. n’avaient pas donc pas accès à toutes les «informations clefs» –  notamment celles portant sur «son rendement et sur les risques» – leur permettant de prendre des décisions complètement éclairées, et ils ne pouvaient pas «suivre efficacement les progrès réalisés vers l’atteinte des objectifs stratégiques», détaille le vérificateur.


Viabilité à long terme «menacée»

L’auteur du rapport reconnaît que le Centre national des arts «disposait de moyens efficaces pour mener ses activités de programmation et de marketing»; il craint néanmoins que, si aucune mesure corrective n’est prise, les problèmes identifiés «menacent la viabilité à long terme [du CNA] et sa capacité à s’acquitter de son mandat. D’où l’usage du qualificatif «défaut grave».

Parmi les «faiblesses» organisationnelles, le Vérificateur note que des membres externes siégeant sur certains comités du c.a. n’étaient «pas assujettis au code déontologique» imposé aux membres du conseil, et qu’aucune processus n’avait été mis en place pour s’assurer de «l’indépendance des membres», lords de leurs réunions.

Le BVG a scruté la gestion du CNA entre le 14 septembre 2018 et le 31 octobre 2019.

Le Centre national des arts a célébré son 50e anniversaire le 2 juin 2019. «À l’approche de cet anniversaire important, [le CNA] avait presque terminé la mise en œuvre de deux vastes projets de renouvellement [des travaux rénovations] qui étaient financés par le gouvernement du Canada», rappelle le Vérificateur général, en préambule de ce rapport que le public peut consulter ici.

L’actuel président et chef de la direction du CNA, Christopher Deacon, avait pris ses fonctions un an plus tôt, en juin 2018, succédant à Peter Herrndorf – qui avait occupé le fauteuil pendant près de 19 ans (de septembre 1999 au 2 juin 2018).


Correctifs déjà apportés

«Nous accueillons très favorablement ce rapport d’examen, et sommes tout à fait en accord avec ses recommandations et conclusions», signale la directrice des communications du CNA, Annabelle Cloutier.

«On voit cela comme une excellent façon de nous aider à nous améliorer et d’être encore plus performants dans la gestion de notre organisation.»

Le CNA avait corrigé le tir avant même la publication de ce rapport, stipule-t-elle.

«Au moment ou le Vérificateur a commencé son travail, notre président Chistopher Deacon venait de commencer son mandat» et les lacunes qui allaient ressortir de cet audit avaient déjà été portées à l’attention du CNA et «on était donc déjà en train de mettre en place des correctifs», notamment en ce qui a trait aux «évaluations de rendement», indique-t-elle.

«Nous avons adopté et amélioré sans tarder nos processus, en travaillant de pair avec notre conseil d’administration, et ce avant même la fin de la période d’évaluation qui s’est terminée à l’automne 2019.»

«Le rapport d’examen du BVG dresse un portrait très favorable de la gestion de la programmation artistique – au cœur du mandat du Centre – et des pratiques promotionnelles et de marketing du CNA», se réjouit aussi Annabelle Cloutier, selon qui «le rapport du BVG continuera à guider nos actions présentes et futures.»

Christopher Deacon, le président et chef de la direction du CNA, est arrivé en poste en juin 2018, juste avant la période scrutée par le Vérificateur général, laquelle s'étend de septembre 2018 à octobre 2019.

Rénovations et déficit

En revanche, le BVG ne voit rien à redire au déficit accumulé du CNA, qui a augmenté de 2016 à 2018, passant de 1,38 million $ à 5,07 millions $ (pour se maintenir à 5,86 millions $ avec l’exercice 2017-2018), selon les chiffres de ses états financiers. 

Au cours des rénovations, le CNA a continué à organiser des spectacles, mais a dû se contenter de revenus moindres en ce qui concerne ses principales sources de financement (vente de billets, services de restauration, stationnement, locations de salle et subventions de la Fondation du CNA). «Pour réduire son déficit accumulé, qui avait augmenté au cours des rénovations, la Société avait prévu équilibrer son budget de l’exercice 2018-2019, puis dégager par la suite une série d’excédents», rappelle l’audit.

Le CNA reçoit «environ 35 millions $ du Parlement» chaque année, «ce qui représente à peu près 50 % du total de ses revenus», indique le rapport, pour éclairer le contexte financier. 

Pour l’année fiscale 2017-2018, sur les 75 millions $ dépensés par le CNA, environ «32 millions ont été consacrés aux salaires et aux avantages sociaux», note le vérificateur.

L’audit visait à déterminer si le CNA s’était donné les moyens «raisonnables» de s’assurer que ses «ressources étaient gérées avec efficience», et que ses actifs étaient «protégés et contrôlés», tel que l’exige la Loi sur la gestion des finances publiques.


Précédent rapport

Le rapport mentionne au passage qu’un précédent audit du CNA – celui-ci réalisé en 2010 – recommandait déjà à l’institution d’«officialiser ses méthodes de gestion des conflits d’intérêts au sein du conseil d’administration». 

Ce précédent rapport recommandait déjà, entre autres choses, de «mettre en œuvre des méthodes de gestion des risques plus systématiques et plus intégrées». Il constatait par ailleurs «un défaut grave dans les moyens et méthodes pour la gestion et l’entretien du bâtiment».

Les sociétés d’État doivent faire l’objet d’un audit du vérificateur général au moins une fois tous les 10 ans, tel que l’exige la Loi sur la gestion des finances publiques.