Une centaine de lockoutés de l’Aluminerie de Bécancour ont manifesté devant l’hôtel Westin à l'occasion de l’assemblée annuelle d’Alcoa, à Pittsburgh.

Le syndicat perçoit une ouverture

BÉCANCOUR — Même s’ils n’ont obtenu aucune promesse, les représentants des employés en lock-out de l’Aluminerie de Bécancour (ABI) disent avoir constaté de l’ouverture de la part du président et chef de la direction d’Alcoa, Roy Harvey.

Le conflit de travail s’est invité à la période des questions de l’assemblée annuelle du géant de l’aluminium, qui se déroulait mercredi à Pittsburgh, où M. Harvey a été interpellé à deux reprises sur le sujet par des membres du syndicat des Métallos.
Ces derniers avaient pu participer à l’événement puisqu’ils avaient obtenu des procurations d’actionnaires favorables à leur cause. Auparavant, une centaine de membres des Métallos ayant fait le trajet depuis le Québec avaient manifesté devant l’endroit où se tenait le rendez-vous annuel de la multinationale.
Interrogé par le directeur québécois du syndicat des Métallos, Alain Croteau, M. Harvey s’est montré prudent dans ses réponses, affirmant qu’Alcoa avait de «bonnes intentions» en retournant à la table des négociations.
«Nous croyons en notre équipe de direction à Bécancour. Nous allons aussi nous assurer que nous déployons toutes les ressources nécessaires afin d’avoir de réelles discussions pour obtenir un dénouement qui sera convenable pour tous», a dit le dirigeant d’Alcoa.
ABI a mis ses 1030 employés en lock-out le 11 janvier dernier, au lendemain du rejet des offres patronales. Les discussions devraient reprendre sous peu entre l’employeur et les syndiqués en présence du médiateur spécial Lucien Bouchard, qui a récemment été nommé par le gouvernement Couillard dans ce dossier.
«J’ai vu une ouverture dans un premier temps. Est-ce que c’est des vœux pieux? J’espère que cette fois tout le monde parlera d’une même voix et qu’on réussira à s’entendre», a expliqué M. Croteau.
Le directeur québécois du syndicat des Métallos estime que l’on saura rapidement si les propos de M. Harvey sont des «vœux pieux» puisqu’une rencontre est prévue vendredi avec le médiateur.
Depuis le début du lock-out, la direction de l’Aluminerie de Bécancour dit exploiter le site avec des cadres, mais à raison d’une série de cuves sur trois. L’entreprise continue donc de bénéficier d’un tarif d’électricité avantageux.
Les syndiqués font valoir que l’arrêt et le redémarrage des cuves coûtent environ 100 millions $ et qu’ABI se prive de profits d’au moins 16 millions $ par mois en raison de la baisse de production.
M. Croteau s’est également montré déçu que le lock-out chez ABI n’ait pas été évoqué par la direction d’Alcoa pendant sa présentation, alors que l’entreprise se vante d’avoir environ 1 milliard $US à retourner à ses actionnaires.
S’il est possible à son avis de dénouer l’impasse rapidement, le leader syndical a prévenu que les Métallos tablaient déjà sur une stratégie si les pourparlers échouent malgré la présence de M. Bouchard.
«Si ça bloque, c’est une campagne américaine que nous allons lancer le 29 mai pour faire connaître notre cause. Après, ça sera dans le reste de l’Amérique, en Europe et dans le reste du monde», a dit M. Croteau.
Ayant eu l’occasion de s’entretenir avec le patron d’Alcoa avant et après l’assemblée, le directeur québécois des Métallos dit avoir clairement fait savoir que les syndiqués désiraient une entente rapide, mais qu’ils étaient prêts à attendre «le temps qu’il faut» afin d’avoir un contrat de travail satisfaisant.
«On a atteint l’objectif de livrer les messages aux actionnaires. On a pu dénoncer le conflit, dire que ça coûte cher, qu’ils perdent de l’argent et que plus ils attendent avant de régler, plus ils vont en perdre», a raconté au Nouvelliste le président de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos, Clément Masse, sur le chemin du retour.
Après avoir échangé avec Roy Harvey et à la lumière de ses réponses durant l’assemblée annuelle, M. Masse se montre optimiste, mais prudent pour la suite des choses.
«C’est à la table des négociations qu’on va voir s’ils ont donné les bons mandats. Il souhaite un règlement du conflit. C’est ce qu’on a compris», a-t-il confié.
Jeudi,  une délégation d’une cinquantaine de syndicalistes de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), dont la présidente Louise Chabot et la vice-présidente Sonia Éthier, sera de passage sur la ligne de piquetage. Vendredi, ce sera au tour d’un groupe de 54 militants du Conseil régional des Métallos de Toronto de venir fraterniser avec les lockoutés. Et deux syndicalistes de l’Australian Workers Union, qui représentent des travailleurs d’installations d’Alcoa en Australie, seront aussi de passage.

Avec La Presse canadienne