François Jacques, député de Mégantic : « L’idée est d’avoir une entrée directe entre Québec et l’est des États-Unis. »

Le retour du train entre Thetford Mines et Sherbrooke ?

Le train fera-t-il un retour dans les paysages des MRC du Haut-Saint-François et des Appalaches? Le ministère des Transports du Québec étudie la possibilité de réhabiliter les anciennes voies ferrées reliant Thetford Mines à Sherbrooke.

C’est le gouvernement qui a commandé cette étude. Ni entreprise ni mairie de la région n’ont fait part de leur volonté de voir le train revenir sur l’ancien tracé du Quebec Central.

« L’idée est d’avoir une entrée directe entre Québec et l’est des États-Unis », explique François Jacques, député de Mégantic, en entrevue avec La Tribune.

L’ancien parcours ferroviaire longe la route 112 et traverse entre autres les municipalités de Saint-Joseph-de-Coleraine, Weedon, Dudswell, East Angus, Ascot Corner.

Construite en 1870, la voie ferrée du Quebec Central faisait 284 km entre Charny et Sherbrooke.

Après l’avoir acquis du Canadien Pacifique en 1999 pour 10 millions $, le défunt homme d’affaires Jean-Marc Giguère avait mis le chemin de fer sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers en 2006 après qu’il ait accumulé un passif de 21,4 millions $. Le MTQ s’en est par la suite porté acquéreur. Une section du tracé, entre Vallée-Jonction et Charny, est toujours en activité. 

Consultations et sommet ferroviaire

D’un point de vue plus général, une consultation régionale sur la réhabilitation des voies en Estrie sera tenue à Bromont le 3 septembre. Huit autres consultations régionales auront lieu au Québec à l’automne. Les conclusions de ces consultations seront portées au Sommet ferroviaire prévue le 9 décembre à Drummondville où 400 personnes sont attendues. Les recommandations émanant de cette rencontre devraient être connues au mois de mars ou avril 2020.

« Nous sommes dans une optique d’analyser l’ensemble des voies ferroviaires au Québec pour voir quel tronçon on peut réhabiliter ou pas et à quel coût », affirme M. Jacques.

Le MTQ est propriétaire de 2600 kilomètres de tronçons ferroviaire.

La recrudescence du transport ferroviaire pourrait aider le Québec à réduire ces émissions de gaz à effet de serre, soutient le député caquiste.

 « On regarde la mobilité durable au niveau du transport de marchandises et au niveau du transport de personnes. Si on est incapable de mettre l’équivalant de trois ou quatre camions de 53 pieds dans un wagon, ça devient une économie de gaz à effet de serre importante. Et en plus, ça élimine du trafic sur nos routes. C’est un type de mobilité qu’il faut étudier pour notre réduction de GES, mais également dans le contexte de pénurie de travailleurs qui touche entre autres le camionnage », croit M. Jacques.

Le député de Mégantic cite en exemple le développement du chemin de fer en Europe.

« Si on regarde là-bas, le réseau est développé de façon différente de l’Amérique du Nord et il est plus efficace qu’ici. Est-ce qu’on peut se rendre aussi efficace qu’ailleurs et comment y arriver? Le Sommet devrait nous le dire », croit M. Jacques qui ne craint pas de devoir affronter un syndrome de « pas dans ma cour ».

« On a la chance dans plusieurs villes de s’être développée grâce à l’avènement du chemin de fer. Sans le train, le développement en région aurait pas été aussi loin. C’est un mode de transport que l’on se doit d’analyser pour le futur », résume M. Jacques.  

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Un frein à la piste cyclable

Le projet de piste cyclable multifonctionnelle devant relier Sherbrooke à Saint-Joseph-de-Coleraine est bloqué. Le ministère des Transports du Québec refuse de délivrer les baux nécessaires pour démanteler et adapter les anciennes voies ferrées où rouleraient les vélos.

Le comité chargé de piloter ce dossier est prêt à s’attaquer à un premier tronçon situé entre Weedon et Disraeli. Quelque 1,2 M$ ont été réservés pour lancer les travaux, provenant majoritairement du Fonds d’appui au rayonnement des régions.

L’obtention du bail rattaché à ce tronçon de voie ferrée est nécessaire pour aller de l’avant. Or depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Legault, les fonctionnaires du MTQ ont comme directive de ne pas céder des baux reliés à d’anciens chemins de fer.

C’est que le gouvernement caquiste étudie présentement la possibilité de réhabiliter des tronçons de rails inutilisés dont celui du Quebec Central où est destinée la future piste cyclable [voir autre texte].

« Le gouvernement Couillard était d’accord pour nous céder les baux, mais depuis que le nouveau gouvernement est au pouvoir, il y a comme un gel du côté des fonctionnaires », explique Richard Tanguay, maire de Weedon et président du comité chargé de la piste cyclable. 

Les travaux du comité se poursuivent tout de même, entre autres dans la recherche de financement pour les étapes subséquentes.

« Mais c’est certain qu’on a hâte de pouvoir commencer les travaux. Nous sommes en attente du MTQ avec lequel nous n’avons pas beaucoup de contact », poursuit M. Tanguay.

Au final, le projet de piste cyclable est évalué à plus de 20 M$ et devrait faire 98 km. 

Le choix du premier tronçon situé entre Weedon et Disraeli n’est pas anodin, souligne le maire de Weedon.

« C’est une très belle partie du tracé qui longe les lacs Louise et Aylmer. On voulait donc marquer le coup avec une section particulièrement intéressante dès le départ. C’est aussi une section qui demande moins de travaux qu’entre Dudswell et East Angus par exemple. »

« Prendre le temps de bien faire les choses »

Le député de Mégantic explique que le gouvernement ne veut pas « céder facilement les 2600 kilomètres de voies ferrées » dont il est propriétaire.

« On veut prendre le temps de bien faire les choses. Je sais que les MRC du Haut-Saint-François, des Appalaches et que Sherbrooke veulent une piste cyclable, mais on doit réfléchir à ce que l’on veut faire avec ces tronçons », affirme François Jacques.

« Économiquement parlant, qu’est-ce qui est mieux entre une piste cyclable ou une voie ferrée pour le Québec? On doit commencer par analyser si c’est envisageable de refaire ce tronçon et à quel coût », soutient le député caquiste.M. Jacques précise qu’il n’est pas contre le projet de piste cyclable, au contraire.

« Je ne suis pas en train de dire qu’il n’y aura pas de piste cyclable. Je dis seulement qu’il faut prendre le temps de prendre les bonnes décisions », termine M. Jacques, en précisant que le gouvernement devrait statuer quant au futur de ces voies ferrées au printemps 2020.