Le Quotidien lance son projet de coop

Les employés du journal Le Quotidien ont jeté les premières pierres afin de maintenir ses activités et assurer son avenir en lançant la campagne « Je coopère pour Le Quotidien ». Le groupe cherche à amasser 500 000 $ dans un premier temps, et déjà, une somme de 400 000 $ a été récoltée auprès de divers intervenants régionaux, dont les trois syndicats de l’entreprise de communication de Chicoutimi avec un montant de 125 000 $.

La coopérative de solidarité vise à déposer une offre globale au syndic chargé de la relance des six journaux de Groupe Capitales Médias (GCM), qui se sont placés sous la Loi de protection et des arrangements avec ses créanciers.

La conférence de presse, tenue à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), vise à lancer la campagne régionale auprès du grand public, des gens d’affaires et des entreprises intéressés à supporter la coopérative. Elle s’est faite en présence d’ambassadeurs (voir autre texte plus bas).

« Lorsqu’on s’est lancé dans cette aventure, ça me semblait une montagne, surtout de récolter près d’un million de dollars. Mais j’ai constaté en parlant avec les gens jusqu’à quel point le journal était apprécié et intégré dans la vie de tous les jours, je me suis dit qu’il fallait faire l’effort », d’exprimer le président du Syndicat des communications du Quotidien (FNC-CSN), Louis Tremblay.

« Jusqu’à présent, nous avons accumulé 400 000 $. L’objectif est de 500 000 $ pour chaque coopérative. De notre côté, nous avons l’ambitieux objectif d’arriver à 800 000 $ et de présenter notre offre au syndic pour le 24 octobre. Notre offre globale comprendra une qualité d’information, une qualité de financement et une qualité pour le modèle d’affaires », ajoute le président, qui ne doute pas de la volonté des gens à vouloir supporter le journal.

Le Syndicat des communications du Quotidien a versé 100 000 $ à la Coopérative, le Syndicat des publicitaires du Saguenay (FNC-CSN) a remis 20 000 $ et le Syndicat Unifor, section locale 145 (photocomposition), a ajouté un montant de 5000 $.

Saguenay a déjà confirmé une aide financière de 100 000 $. D’autres joueurs importants confirmeront des sommes dans les jours à venir.

Le président syndical a remercié la mairesse de Saguenay, Josée Néron, qui a été la première à lever la main afin de maintenir les avis publics dans le journal et à confirmer un don.

M. Tremblay ne cache pas que l’annonce de la faillite de GCM en août dernier a créé une onde de choc auprès des employés des six journaux, mais aussi dans l’ensemble de la population du Québec.

Rien ne garantit que le syndic va retenir l’offre syndicale, mais les acteurs travaillent à présenter un montage financier pour maintenir les six quotidiens dans leur état actuel et à maintenir une couverture journalistique de qualité.

« Des ajustements devront être faits. Nous devrons transformer le modèle d’affaires, car même si nous sommes une coopérative, si nous ne faisons pas de transformation dans le modèle et si nous ne nous restructurons pas, nous allons arriver dans le mur aussi. Ce n’est vraiment pas simple », ajoute le président syndical.

Pour ceux qui s’interrogent sur l’indépendance de la salle de rédaction face aux donateurs, Louis Tremblay affirme que les journalistes conserveront leur indépendance sur ce qu’ils écriront, précisant que les donateurs savent à quoi s’attendre sur cet aspect.

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RICHARD GARNEAU INTERPELLE LE MILIEU

(Annie-Claude Brisson) – La retraite n’est pas une raison valable pour que Richard Garneau reste les bras croisés devant la précarité du Quotidien. L’ancien PDG de Produits forestiers Résolu lance un appel à la mobilisation au lendemain du lancement de la campagne Je coopère pour Le Quotidien.

« Pour moi, Le Quotidien a permis de sauver des centaines d’emplois quand les activistes ont attaqué Résolu à partir de 2012. Les articles de Montréal étaient teintés alors que Le Quotidien et ses journalistes ont regardé les arguments des deux côtés », a-t-il confié à la suite du lancement de la campagne régionale. 

Richard Garneau est d’avis que le travail de la presse écrite régionale a assuré l’imputabilité des fonctionnaires et a même obligé, par le passé, le premier ministre de l’époque, Philippe Couillard, à se commettre. 

M. Garneau ne s’en cache pas, il est plus qu’important de conserver Le Quotidien autant pour sauvegarder les emplois que dans l’intérêt des lecteurs et des résidants. « Si le journal régional disparaît, il n’y a personne à Montréal qui fera le travail de rechercher l’information et de la partager. »

Il rappelle l’importance pour tous les acteurs socioéconomiques de s’impliquer dans le projet de coopérative de solidarité. Ainsi, celui qui est retraité depuis février 2018 compte s’entretenir avec des acteurs des activités forestières. 

« Il y a quelques grandes communautés comme Alma et Saguenay, ensuite Roberval, Saint-Félicien et Dolbeau-Mistassini. Il y a tous les autres. Il faut s’assurer d’avoir une voix pour ces gens et d’avoir les ressources pour leur offrir une couverture », conclut-il. 

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CE QU'ILS ONT DIT

« Dans le milieu communautaire, nous mettons la dignité des gens en avant. Il reste 17 jours pour conserver la dignité de notre région. Pour le milieu communautaire, Le Quotidien est le seul endroit où l’on a la chance de mettre en valeur nos actions. C’est aussi un outil d’intervention dans notre organisation. Les journaux permettent d’entrer en relation, de discuter et de briser l’isolement. Le journal Le Quotidien est notre premier contact pour intervenir avec une personne. »

- Yannick Gagnon, directeur général du Patro de Jonquière

« Je lance un cri du coeur aux gens d’affaires de la région, peu importe l’importance de l’entreprise. Lorsque j’ai été approchée, j’ai trouvé normal de m’impliquer. J’ai pensé aux gens que je connais qui travaillent au Quotidien et ceux que je ne connais pas et je me suis rendu compte que ça avait un impact humain. Notre culture doit garder cette institution. »

- Émilie Gauthier, propriétaire de la Boutique Marie-Josée

« L’émergence d’une démocratie ouverte est indissociable de la présence des médias indépendants, à l’abri des intérêts des grandes sociétés de toutes sortes. Des médias vulnérables financièrement peuvent difficilement répondre à cette mission. Pour ce faire, nous devons compter sur une masse critique de journalistes pour mener des enquêtes et avoir le temps d’approfondir leur dossier. Pour y arriver, la mobilisation des institutions présentes ici est nécessaire, mais c’est celle de toute la population de la région qui est la plus essentielle. La diversité des sources d’information est importante pour l’émancipation d’une population. Les médias permettent à notre démocratie de demeurer forte. Nous avons la chance de vivre dans un pays où cette liberté est possible, mais il ne faut jamais rien tenir pour acquis. »

- Nicole Bouchard, rectrice UQAC

« Les belles histoires méritent de se poursuivre, de continuer et de vivre dans le temps. Oui il y a celle du Quotidien avec son empreinte fort impressionnante dans la région, mais il y a celle aussi entre Le Quotidien et le programme d’ATM. Le Cégep de Jonquière fournit depuis 50 ans la relève journalistique et médiatique. C’est pourquoi le cégep se positionne sans équivoque comme ambassadeur de la future coopérative du journal pour une région fière et qui mérite d’être couverte en entier et objectivement. Cette coopérative à naître est indispensable afin de favoriser la pluralité des voix et pour faire en sorte que l’on puisse bénéficier d’une information objective, indépendante et de qualité. »

- Raynald Thibeault, directeur général du Cégep de Jonquière

« Je suis fier de voir des gens de tous les milieux pour une cause aussi importante que celle levée par M. Tremblay, qu’il livre avec passion. Ça démontre ce que nous sommes les Saguenéens et les Jeannois. Nous sommes autonomistes. Nous n’attendons pas après les autres pour nous prendre en main. La cible de la coopérative de solidarité, c’est que le membership est composé de travailleurs et de gens du milieu. Il n’y a rien de plus solide en frais d’appropriation qu’un modèle collectif. C’est le meilleur véhicule. On a tous un devoir de responsabilisation envers notre média majeur. On a un certain niveau de responsabilité pour le maintenir en vie. »

- Dominique Perron, président de Nutrinor

« Proco, c’est une entreprise 100 pour cent régionale, qui a son siège social ici et dont les propriétaires travaillent au sein de la compagnie. Ça fait une entreprise impliquée dans le milieu. Nos gens sont fiers de nous lorsque nous nous impliquons et ils sont fiers d’eux. Si on réussit à se mobiliser et que l’on arrive à mener à terme le projet, nous serons fiers de faire un journal qui va produire de la qualité. La fierté va se transcender dans le contenu. Mon objectif dans ce projet collectif, c’est de faire comprendre que lorsque l’on travaille avec notre monde ici, on a toutes les ressources nécessaires pour produire une grande qualité de produits régionaux. »

- Jean-Denis Toupin, Proco

« C’est un moment important pour la région. Notre journal est à sa destinée. Je ne sais pas quel modèle il y aura, mais il ne peut pas partir. On doit tous s’impliquer à le protéger, car il protège la démocratie, l’information régionale que l’on a besoin. Le journal m’a servi dans ma carrière et me sert encore. On a tous pu profiter d’une couverture médiatique exemplaire et de savoir que tout cela est mis en péril m’inquiète beaucoup. Je crois beaucoup au modèle de la coopérative. Notre journal, c’est notre cause et on doit y contribuer avec un don volontaire. »

- Pierre Lavoie, GDPL