Jean Boulet, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale.

Le crédit d’impôt pour solidarité versé automatiquement aux prestataires de l’aide sociale

TROIS-RIVIÈRES — Les prestataires de l’aide sociale recevront désormais une partie du crédit d’impôt pour solidarité même s’ils ne remplissent pas leur déclaration de revenus, a annoncé dimanche matin le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet.

Selon le ministre, environ 40 000 personnes recevront automatiquement le montant de base de la composante relative à la TVQ de ce crédit d’impôt, soit 292 $ pour l’année en cours. Cette mesure est rétroactive jusqu’en juillet 2019 et le montant versé sera indexé les années suivantes. Les personnes qui peuvent en bénéficier recevront ce montant d’ici juin 2020, a promis le ministre. Le coût total de cette mesure s’élèverait à près de 12 millions $ par année.

«En permettant aux personnes bénéficiant d’un programme d’assistance sociale de recevoir les montants auxquels elles ont droit, votre gouvernement agit concrètement et poursuit son action pour la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, toujours pour faire du Québec une société plus équitable, plus juste et plus inclusive», a déclaré le ministre Boulet lors d’une conférence de presse qui avait lieu à Trois-Rivières.

La mesure annoncée dimanche vient ainsi répondre à une préoccupation soulevée par la protectrice du citoyen, Marie Rinfret. Dans son dernier rapport, Mme Rinfret déplorait le fait qu’un certain nombre de personnes parmi les plus vulnérables au Québec ne recevaient pas le crédit d’impôt pour solidarité. Le ministre Boulet a rappelé dans sa conférence de presse que ces personnes vivent souvent avec des limitations ou un faible niveau de littératie et de diplomation, ce qui explique les difficultés qu’elles ont à remplir leur déclaration de revenus par elles-mêmes.

Les prestataires de l’aide sociale devront toutefois produire leur déclaration de revenus s’ils veulent bénéficier des deux autres composantes du crédit d’impôt, soit celle relative au logement et celle relative à la résidence sur le territoire d’un village nordique. Le ministre Boulet a d’ailleurs rappelé que Revenu Québec soutient plusieurs organismes communautaires et bénévoles qui aident les personnes à faible revenu à remplir leur déclaration de revenus.

«Il faut aussi penser aux autres crédits d’impôt et allocations auxquelles ces familles ont accès, également au provincial. Revenu Québec va continuer à travailler pour les inciter et les soutenir pour qu’elles produisent leur déclaration de revenus», a-t-il ajouté.

La conférence de presse avait lieu dans les bureaux du Centre d’intervention budgétaire et sociale de la Mauricie (CIBES), un organisme qui aide justement les personnes vivant des difficultés liées au budget et les personnes en situation de pauvreté à produire, gratuitement, leur déclaration de revenus. La coordonnatrice de l’organisme, Nathalie Champagne, a salué l’annonce faite par le ministre Boulet. «Quand on vit de l’aide sociale, faire un budget avec aussi peu que 700 $ par mois, c’est difficile, surtout si on ne bénéficie pas du montant du crédit d’impôt pour solidarité. Alors, 80 $ par mois, pour bien des gens, ça ne fait pas une grosse différence, mais c’en est une pour ces gens-là», a-t-elle souligné.

Incitation à l’emploi

Le ministre Boulet a profité de cette conférence de presse pour réitérer sa volonté d’inciter les personnes vivant avec une limitation ou une contrainte sévère à l’emploi à retourner sur le marché du travail. Saisissant la balle au bond, Mme Champagne lui a demandé de revoir le plafond de revenus additionnels auxquels ont droit les personnes vivant de l’aide sociale sans que leur versement soit diminué. Ce plafond est présentement établi à 200 $ par mois.

«Ce montant n’a pas été revu depuis longtemps et ça ferait une grosse différence pour les personnes sur l’aide sociale (d’augmenter ce plafond)», a-t-elle soutenu.

Mme Champagne a également demandé au gouvernement d’adopter une «approche moins coercitive» envers les personnes bénéficiant de l’aide sociale.
En réaction à ces demandes, le ministre Boulet s’est dit ouvert à revoir le plafond en question.

«J’ai annoncé il y a quelques semaines, dans le cadre de ma grande corvée 2.0, que j’allais tendre la main à tous les prestataires d’aide sociale qui y sont depuis moins de deux ans et tous ceux qui participent au programme objectif emploi. On va les contacter, on va établir leur profil, on va s’assurer de mettre à jour leurs qualifications et on va les intégrer dans le marché du travail ou on va les remettre sur le chemin de la formation pour leur permettre de réintégrer la société de façon pleine et entière. C’est un objectif qui est important et ça fait partie de la mission de mon ministère», a-t-il souligné.