Asbestos entend faire valoir que les résidus miniers, notamment le gisement de magnésium présent dans les haldes, constituent un actif pour la région.

Le BAPE chargé d’enquêter sur l’amiante

Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) tiendra une enquête pour éclairer le gouvernement sur les orientations à donner à tout type de projet qui prévoit la présence d’amiante ou de ses résidus au Québec. Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, en a fait l’annonce lundi, de concert avec la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann.

« Même si l’amiante est maintenant interdit, il est toujours présent au Québec, notamment sous forme de résidus sur le territoire des municipalités où il a été exploité, explique Benoit Charette. À ce stade de notre histoire, je pense qu’il convient de faire le point sur les impacts de l’amiante et de ses résidus sur la santé et l’environnement en nous appuyant sur la science. » 

« Si l’amiante est interdit au Canada, il convient d’être prudent également avec ses résidus, ceux qui se retrouvent dans l’environnement de Thetford Mines, d’Asbestos et d’autres municipalités, ajoute Mme McCann. C’est une question de santé publique qu’il faut examiner attentivement, puisque l’amiante est un cancérogène démontré et qu’il n’y a pas de seuil d’exposition jugé sécuritaire pour les effets sur la santé. »

Le BAPE devra donc établir un portrait de la présence de l’amiante au Québec. Dans cet état de situation, il devra se pencher sur l’utilisation actuelle de l’amiante, sur ses formes, sur les projets visant sa valorisation et son élimination, et sur tout autre aspect qu’il jugera utile. 

Le BAPE devra également dresser un état des connaissances scientifiques sur les répercussions de l’amiante et de ses résidus, en particulier sur la santé. Le ministre lui demande aussi d’analyser la pertinence d’élaborer un cadre de valorisation des résidus miniers amiantés au Québec et, le cas échéant, d’en proposer un qui tienne compte à la fois des aspects économiques, sanitaires, sociaux et environnementaux de la question. 

Enfin, le BAPE est chargé de proposer des méthodes de « disposition » des résidus amiantés qui respectent l’environnement et protègent la santé. 

Le mandat confié par le ministre Charette au BAPE débutera le 25 novembre. Le rapport présentant ses constats et l’analyse qu’il aura faite de la problématique devra être transmis au ministre au plus tard le 24 juillet 2020. 

Résidus miniers

La Ville d’Asbestos, où se trouve la mine Jeffrey, accueille avec intérêt et entend collaborer à l’enquête du BAPE. Le mandat du BAPE devrait permettre selon la municipalité de clarifier la situation ambiguë des résidus miniers d’amiante au Québec.

Asbestos entend notamment faire valoir que les résidus miniers, notamment le gisement de magnésium présent dans les haldes, constituent un actif pour la région.

« C’est de la matière qui a été passée dans l’usine pour extraire plus de 98 % de l’amiante, mentionne le maire d’Asbestos Hugues Grimard. Il reste une infime partie de l’amiante. Je m’attends à avoir des règles claires et que les résidus miniers soient reconnus par le gouvernement du Québec comme une matière essentiel pour le développement économique. Si on est capable de savoir quoi faire avec, ça va être bon pour l’ensemble des Québécois. Parce que les résidus miniers oui c’est bon pour Asbestos, pour la MRC des Sources et pour l’Estrie, mais c’est bon pour l’ensemble du Québec. »

Avant 1990, l’amiante était principalement employé pour isoler et insonoriser les immeubles et les maisons, et pour les protéger contre le feu. Les secteurs de l’industrie, du commerce et de la construction l’ont utilisé dans divers produits. 

Les résidus miniers d’amiante, pour leur part, ont été utilisés notamment comme matériaux de remblai, comme abrasifs d’hiver, dans les infrastructures routières, dans les emprises ferroviaires et dans des travaux municipaux d’aqueduc et d’égout. 

Depuis le 30 décembre 2018, l’amiante est inscrit sur la Liste des substances toxiques à l’annexe 1 de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement.

Hugues Grimard

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Alliance Magnésium veut aider

L’entreprise Alliance Magnésium de Danville espère que ses travaux d’extraction du magnésium pourront servir à la réflexion du BAPE concernant les résidus miniers.

« Il y a eu plusieurs décennies d’extraction de la fibre chrysotile à Asbestos, explique Karine Vallières, directrice, communications et affaires publiques chez Alliance Magnésium. Ça a engendré énormément de résidus et ils ont un potentiel de valorisation extraordinaire. Ils contiennent entre autres 25 % de magnésium et il y a la possibilité de valoriser le fer et le nickel à l’intérieur des résidus aussi. »

Les résidus possèdent une teneur de 1,5 à 1,7 % de fibre d’amiante selon Mme Vallières.

« Dès la première étape pour faire du magnésium, on élimine complètement les fibres d’amiante, assure-t-elle. On est toujours plus bas que les seuils détectables en ce qui concerne la dispersion atmosphérique. »

Alliance Magnésium croit que les travaux du BAPE devraient servir à brosser un portrait des normes et seuils en vigueur actuellement afin d’en clarifier l’utilisation et les secteurs d’activités touchés. De plus, l’entreprise soutient qu’il importe d’arrimer et d’uniformiser les méthodes d’analyse.

La demande explose

Le magnésium est de plus en plus recherché dans le monde selon Mme Vallières. L’industrie automobile en est particulièrement friande.

« Le magnésium est 33 % plus léger que l’aluminium et 70 % plus léger que l’acier, explique-t-elle. L’industrie automobile en veut et en veut encore parce que ça permet d’alléger les véhicules et ainsi réduire la consommation d’essence ou augmenter l’autonomie des batteries pour les véhicules électriques. »

Le magnésium permet également de combattre l’émission de gaz à effet de serre.

« La Chine occupe 85 % du marché, résume Mme Vallières. Avant elle en vendait, mais elle privilégie maintenant son marché intérieur. Il y a de moins en moins de magnésium disponible et en plus la Chine produit un magnésium extrêmement polluant. Pour chaque tonne de magnésium qu’on va produire ici, on va permettre de sauver 22 tonnes de GES vis-à-vis une tonne de magnésium produite en Chine. Et en plus quand on va l’utiliser dans l’industrie du transport pour alléger les véhicules, on va permettre de sauver 23 tonnes de GES de plus. » 

Alliance Magnésium croit que les travaux du BAPE devraient servir à brosser un portrait des normes et seuils en vigueur.