Laurence Vincent Lapointe se considère privilégiée d’être bien entourée, une semaine après avoir rejoint les membres de l’équipe nationale ainsi que ses entraîneurs, en Floride.

Laurence Vincent Lapointe entre bonheur et paranoïa

TROIS-RIVIÈRES — Tel que promis par ses coéquipières de l’équipe nationale de canoë, Laurence Vincent Lapointe a eu droit à un grand souper de retrouvailles en rejoignant son groupe en Floride, la semaine dernière. Le lendemain matin, on l’attendait pour un contrôle antidopage. Depuis quelques jours, la Trifluvienne nage entre joie, impatience... et paranoïa.

«D’être testée dès mon premier matin avec l’équipe, c’était assez heavy! On peut dire qu’il y avait un peu de paranoïa. La dernière fois qu’ils m’ont contrôlée, en juillet, j’étais certaine de ne pas être contaminée et pourtant, je l’étais. Ça fait réfléchir.»

Rassurez-vous, l’athlète de 27 ans va bien. Entourée de ses coéquipières dont certaines sont des amies, elle retrouve petit à petit sa forme des beaux jours, celle qui lui a permis de s’imposer comme la meilleure canoéiste au monde et la grande favorite pour tout rafler à Tokyo, aux Jeux olympiques l’été prochain.

«J’ai eu une semaine très chargée, mais ce fut une belle semaine. D’être ici, ça fait un bien fou! J’ai l’impression de retourner chez moi. C’est comme si je remettais de vieilles pantoufles.»

Côté mental, ça va. Sur le plan physique par contre, elle avoue ressentir le poids des mois perdus, loin de l’encadrement de ses entraîneurs. Même si elle n’a jamais complètement arrêté l’entraînement durant sa suspension par la Fédération internationale de canoë, elle a encore du chemin à faire avant d’être à 100 %. Elle l’a constaté, parfois à la dure, depuis une semaine.

«C’est ma quatrième semaine sur l’eau, ma deuxième avec l’équipe nationale. Mes entraîneurs me le disent, il y a déjà une amélioration. Aujourd’hui, je l’ai mieux qu’hier et demain, ce sera encore meilleur. J’ai confiance en mes capacités parce que j’ai toujours été forte physiquement. Dans une situation comme ça, on n’a pas le choix d’y aller au jour le jour: il faut éviter de projeter dans un futur trop loin. C’est ce qui est le plus difficile, car je veux tellement aller aux Jeux! Mon entraîneur croit que je serai de retour à 100 % dans environ un mois.»

Bien entourée

C’est probablement ce qui rassure le plus Laurence Vincent Lapointe depuis qu’elle a mis les pieds en Floride: le soutien de toute son équipe, des coéquipiers en passant aux entraîneurs, dont Mathieu Pelletier du Club de canoë-kayak de Trois-Rivières, ainsi que des spécialistes en santé travaillant au sein de la fédération canadienne.

«Ils m’aident beaucoup. En ce moment, j’aimerais tellement avoir le niveau d’entraînement que j’affichais avant ma suspension du mois d’août, sauf que c’est impossible. Je ne dois pas exagérer sur ce que je demande à mon corps. Il y a toujours un danger de vouloir brusquer les choses, car je pourrais me blesser. À date, je n’ai pas de douleur!»

Plus à l’aise en C2

Vincent Lapointe n’a pas perdu de temps: dès ses premières heures dans le sud, elle a retrouvé le bateau de C2 qu’elle partage avec sa compatriote Katie Vincent lors des compétitions internationales. Les filles sont pratiquement imbattables et si tout se déroule comme prévu, elles viseront la médaille d’or sur la distance du 500 m, à Tokyo.

«Je suis agréablement surprise, ça va super bien avec elle! Je sentais le bateau glisser, c’est le fun pour moi, car j’avais hâte de me sentir comme ça.»

En C1, c’est un peu plus compliqué, quoique loin d’être inquiétant. «Je n’ai pas toujours de bonnes sensations en C1. La présence de Katie me permet de mesurer où j’en suis dans mon entraînement. Contrairement à l’été dernier, nous ne sommes pas l’une contre l’autre, car il y a sept filles de l’équipe nationale ici, en plus d’une Française. Je prends ça à mon rythme.»

La Trifluvienne s’étonne de la réaction des canoéistes des autres nations à son endroit. «Vraiment une belle surprise! Les messages sont positifs, les filles sont contentes de me revoir. J’ai aussi reçu beaucoup de messages d’appuis du public, de gens que je ne connais pas.»

«Je suis plus forte que je pensais»

Depuis que la Fédération internationale de canoë l’a blanchie des soupçons qui pesaient contre elle dans l’histoire de dopage au ligandrol, après qu’elle ait subi un contrôle positif en juillet 2019, Laurence Vincent Lapointe entend des gens dire qu’elle a remporté une grande victoire. «Je ne considère pas ça comme une victoire. Mes victoires, je les gagne sur l’eau. Mais c’est certain que dans toute cette histoire, je me rends compte que je suis plus forte que je pensais. Je veux appliquer ce que j’ai découvert de moi-même vers mon entraînement en vue des Olympiques.»

Le clan de Laurence Vincent Lapointe n’a toujours pas reçu de nouvelles sur un appel possible de l’Agence mondiale antidopage ou du Centre canadien pour l’éthique dans le sport, par rapport à la décision de l’ICF, annoncée le vendredi 24 janvier et dévoilée publiquement trois jours plus tard. On attend encore la décision motivée expliquant le choix de l’ICF de ne pas prolonger sa suspension.

La canoéiste a réussi à convaincre l’IFC que les traces de ligandrol découvertes dans son urine l’été dernier s’expliquaient par un échange de fluides avec son conjoint de l’époque. Celui-ci ignorait qu’il ingérait du ligandrol, croyant plutôt consommer un autre produit. Vincent Lapointe l’a quitté après cette histoire.

«Il n’était pas heureux que son nom sorte dans un journal. Je n’étais pas très contente moi non plus. Il n’est pas une figure publique, je trouve ça triste.»

Les Essais nationaux auront lieu en Géorgie, du 16 au 19 avril.