Deux ans après sa défaite aux dernières élections municipales, l'ancien maire Bernard Sévigny publie un livre intitulé L’aquarium municipal.

L’ancien maire Bernard Sévigny règle des comptes

Deux ans après sa défaite aux dernières élections municipales, Bernard Sévigny sort de son mutisme. Dans un livre intitulé L’aquarium municipal, l’ancien maire de Sherbrooke commente sa dernière campagne électorale et certains dossiers importants, révèle quelques anecdotes sur ses années à la mairie et règle ses comptes avec ses détracteurs et La Tribune.

« Je n’ai pas vu venir la défaite le soir du 5 novembre. Le choc a été très violent. »

C’est en ces termes que Bernard Sévigny commente pour la première fois sa défaite au profit de Steve Lussier en novembre 2017 dans son ouvrage de quelque 500 pages lancé mardi.

Dans un chapitre intitulé Ma dernière campagne, M. Sévigny affirme penser « avoir mené une campagne électorale correcte. Une campagne de fond, au contenu crédible, peut-être un peu trop classique dans sa forme ou pas assez énergique dans les réactions, mais certainement une campagne très respectueuse... trop peut-être. »

À mon avis, et je pèse mes mots, ce sont en grande partie le paradoxe de l’usure du pouvoir, les quelques pièges et les faux pas, jumelés aux assauts acrimonieux des adversaires politiques, présentés sous l’effet grossissant de la loupe médiatique, qui ont provoqué le glissement », écrit celui qui fut conseiller pendant deux mandats avant d’en faire autant à titre de maire.

« Véritable recul » pour Sherbrooke

M. Sévigny consacre deux chapitres de son livre à deux projets phares de ses années à la mairie : Well inc. et l’aéroport de Sherbrooke.

À propos du développement du centre-ville, M. Sévigny affirme qu’il s’agissait « d’une approche collective sans précédent à Sherbrooke ».

« [Well inc.] avait été élaboré dans l’enracinement en consultant le milieu », affirme l’ancien maire qui raconte en détail l’histoire de ce projet. Il explique entre autres sa décision de signer une entente d’exclusivité avec un consortium.

Selon lui, la version 2.0 de Well inc. portée par l’administration Lussier, Well Sud, est un copier-coller de son projet initial. 

« La nouvelle administration a voulu se dégager de ma vision. C’est le choix de la population et ce choix demeure légitime. Néanmoins, je considère que l’abandon de la stratégie Well inc. constitue objectivement un véritable recul pour Sherbrooke, recul dont on n’a pas fini de prendre la mesure. Non seulement il se traduit par une perte de temps et d’argent, mais aussi par une perte de momentum, de vision et de cohésion entre les principaux acteurs du territoire », témoigne-t-il.


« Comment peut-on confier la gouvernance et la gestion d’une grande ville à un néophyte? »
Bernard Sévigny

Concernant l’aéroport, celui qui fut également journaliste pendant plusieurs années accuse le gouvernement conservateur d’avoir été d’un « mépris exemplaire » envers les Sherbrookois, « la pire indifférence à laquelle [il] [s]’est frotté dans [sa] carrière politique. »

« Avec le recul, je ne comprends toujours pas comment un gouvernement peut en venir à un état de surdité aussi avancé alors qu’un simple geste, [...], aurait permis à un transporteur national d’entreprendre des vols commerciaux à Sherbrooke dès janvier 2014 », révèle-t-il.

Bien qu’encore aujourd’hui le dossier fasse du surplace, M. Sévigny estime qu’il est toujours possible d’avoir des vols commerciaux à l’aéroport de Sherbrooke.

« Avec le brassage des dernières années, je crois sincèrement qu’il s’est dégagé une piste pour atterrir. »

Relations avec les médias

L’Aquarium municipal est l’occasion pour l’ancien président de l’UMQ de décocher plusieurs flèches à ses détracteurs et opposants politiques. À travers plusieurs anecdotes, il règle ses comptes avec d’anciens conseillers et avec l’ex-député de Sherbrooke Luc Fortin quant aux négociations entourant la reconstruction du pont des Grandes-Fourches. Il écorche à quelques reprises le maire Steve Lussier, allant jusqu’à affirmer qu’il est grotesque qu’une personne sans expérience politique puisse viser la chaise de maire.

« Comment peut-on confier la gouvernance et la gestion d’une grande ville à un néophyte sans aucune connaissance, aucune expérience, ni aucune idée de la gouvernance locale et régionale? »

Comment un aspirant dont les premières sorties publiques consistaient à brandir une bande dessinée intitulée ‘‘Où est Bernie’’ et jouer du balai en promettant de faire le ménage à l’hôtel de ville, approches indignes et de la fonction et annonciatrices d’une candidature burlesque, peut-il se glisser jusque dans la chaise du maire d’une grande ville? » questionne-t-il dans un chapitre intitulé N’importe qui peut devenir maire.

À plusieurs reprises, M. Sévigny critique également la couverture médiatique de son travail à titre de maire, particulièrement de sa dernière campagne électorale. Il revient notamment sur une table éditoriale de La Tribune où le chroniqueur du quotidien l’avait questionné sur son projet phare Well inc. M. Sévigny semble considérer ce moment comme le point de bascule de sa campagne et estime avoir été victime d’une manipulation de l’intérêt public.

Une section complète du livre traite d’ailleurs de la relation entre les élus locaux et les médias. Selon lui, il existe un malentendu entre ces deux acteurs. 

M. Sévigny consacre également des chapitres de son ouvrage au rôle de l’acteur politique municipal, à la gouvernance, à l’administration municipale. Il traite également de sa vision de développement pour Sherbrooke.

Rappelons que depuis sa défaite électorale de 2017, Bernard Sévigny n’a jamais accepté de commenter sa campagne ou ses années à la mairie.

Bernard Sévigny lors de sa défaite électorale en novembre 2017: «Le choc a été très violent».