Jérémie Perron
Jérémie Perron

L’agresseur sexuel de Kénogami écope de 10 ans de pénitencier

L’agresseur sexuel de Kénogami Jérémie Perron a écopé d’une peine de 10 ans de pénitencier, rendue jeudi matin par la juge de la Cour du Québec Sonia Rouleau, au Palais de justice de Chicoutimi. Masqué de lunettes de ski et d’un cache-cou et s’exprimant en anglais pour brouiller les pistes, l’homme de 27 ans s’était introduit par effraction chez sa victime de 17 ans, dans la nuit du 14 au 15 juillet 2018. Il l’avait attachée, lui avait mis un sac en tissu sur la tête et l’avait agressée sexuellement durant environ deux heures, avant de prendre la fuite. Le nom de Jérémie Perron sera inscrit au Registre des délinquants sexuels jusqu’à la fin de ses jours.

La Couronne réclamait une sentence de 12 ans d’incarcération pour ce crime prémédité, qui a laissé de lourdes séquelles à la jeune fille, qui peine encore à rester seule à la maison. La défense, qui a toujours clamé l’innocence de son client, prétextant que la relation était consentante, avait plaidé pour une peine de quatre ans de pénitencier.

La juge Sonia Rouleau n’a pas pris beaucoup de temps avant de rendre sa décision, puisque les observations sur la peine avaient eu lieu lundi. Deux jours plus tard, la magistrate a rendu la sentence devant l’accusé, sa mère, et devant les proches de la jeune victime. La jeune fille s’était déplacée en cour le jour de son témoignage, mais le processus judiciaire était trop difficile pour qu’elle puisse assister à toutes les étapes du procès.

Dans son jugement, la juge Sonia Rouleau a répété qu’elle avait cru l’entièreté de la preuve de la Couronne. Une preuve faisant état d’une préméditation, d’un caractère de violence, d’hypocrisie et d’une absence totale de sens moral chez Jérémie Perron. La vulnérabilité de la victime, qui se croyait en sécurité chez elle et qui dormait lorsque Perron a fait irruption dans la maison, a également été prise en compte par la magistrate, qui a tenu à rendre une peine exemplaire et dissuasive.

Arrêté cinq mois plus tard

Jérémie Perron, qui connaissait la victime, a été arrêté cinq mois après les événements, puisqu’il s’était défilé à plus d’une reprise pour ne pas remettre d’échantillon d’ADN. L’enquête a longtemps stagné. Alors que les enquêteurs recherchaient un suspect anglophone, les policiers avaient demandé aux hommes gravitant autour de la victime, de près ou de loin, de subir ce test volontairement. Jérémie Perron ne s’y est jamais soumis. C’est en saisissant un mégot de cigarette fumé par le suspect que les enquêteurs ont pu relié Perron à l’agression. Son sperme avait été prélevé sur le corps de la victime et sur le divan sur lequel avait été perpétrée l’agression sexuelle. 

Jérémie Perron a été arrêté le 14 décembre 2018. Il est incarcéré depuis.

Les différents stratagèmes pour échapper au prélèvement d’un échantillon d’ADN utilisés par Jérémie Perron au fil de l’enquête, notamment de prétendre qu’il entendait des voix et qu’il avait de graves problèmes de santé mentale, ont été rejetés par la juge Rouleau.

« Le crime était presque parfait. Mais il y a eu l’ADN », a déclaré la magistrate.

La juge n’a retenu que deux facteurs atténuants à l’accusé, soit son jeune âge et l’absence d’antécédents judiciaires. 

« Les facteurs aggravants, il y en a beaucoup », a souligné la juge Rouleau. Le fait que l’accusé connaissait sa victime, l’abus de confiance, le fait d’avoir agressé une personne mineure et vulnérable et qu’il l’ait restreint dans ses mouvements en l’attachant figurent parmi les facteurs qui expliquent la peine rendue. 

Jérémie Perron a déjà environ 28 mois de détention de purgés en tenant compte du temps et demi. Il lui reste donc environ 7 ans et demi à passer derrière les barreaux.

« Tout crime sexuel est un crime de violence » 

La procureure de la Couronne au dossier, Me Nicole Ouellet, s’est dite très satisfaite de la peine rendue, qu’elle qualifie d’exemplaire et de dissuasive. 

« La juge a démontré que tout crime sexuel est un crime de violence », a souligné la procureure de la Couronne, ajoutant que la famille de la victime était soulagée que justice ait été rendue. Du côté de la défense, l’avocat de Jérémie Perron, Me Nicolas Gagnon, a préféré ne pas faire de commentaire, notant toutefois que la peine rendue était très sévère.

Une mère outrée

Quant à Jérémie Perron lui-même, le jeune homme n’a eu aucune réaction lors du prononcé de la sentence, comme il n’avait pas eu de réaction lorsqu’il a été déclaré coupable. C’est plutôt sa mère, Nathalie Tremblay, qui a tenu à s’adresser aux journalistes présents au Palais de justice de Chicoutimi. 

Elle s’est dite outrée par la peine écopée par son fils, affirmant « qu’il n’y avait pas de justice et que la vérité allait sortir un jour, qu’elle s’en faisait un devoir ». Questionnée à savoir quelle était cette vérité, Mme Tremblay a répété que « ça allait sortir un jour ».

Lorsqu’un journaliste lui a demandé si elle avait de la compassion pour la jeune victime, la mère de Jérémie Perron a affirmé que non, qu’elle n’avait aucune compassion pour elle.

Me Nicolas Gagnon n’écarte pas du revers de la main de porter la cause en appel, mais il pense que les chances ne sont pas très bonnes, puisque la juge a rendu sa décision sur le principe de la crédibilité des témoins.