Isabelle Légaré
La mère de Gaétan Laperrière est récemment décédée de la COVID-19. Seuls les membres de la famille immédiate de Denise Mineau ont pu assister à ses funérailles.
La mère de Gaétan Laperrière est récemment décédée de la COVID-19. Seuls les membres de la famille immédiate de Denise Mineau ont pu assister à ses funérailles.

L’adieu à Denise au temps du coronavirus

CHRONIQUE / Sur la table ont été soigneusement disposés une gerbe de fleurs, un lampion et l’urne de la défunte dont la photo est exposée sur un chevalet. Le regard de la dame semble se poser sur les personnes réunies à sa mémoire. Elles sont au nombre de vingt, pas une de plus. C’est la consigne même si la salle pourrait en accueillir bien davantage. On dirait même que les boîtes de mouchoirs ont été placées à deux mètres de distance.

Il y a quelques années, Denise Mineau a demandé à son fils de régler pour elle ses préarrangements funéraires. Aux prises avec différents problèmes de santé, la dame l’avait informé de ses dernières volontés, dont celles d’être incinérée et de permettre à ses proches de se rassembler pour une cérémonie d’adieu.

«Je lui avais montré le contrat et elle était bien contente. Ça l’avait rassurée de savoir que tout était planifié.»

Gaétan Laperrière n’aurait cependant jamais pu prévoir l’imprévisible...

Sa mère est décédée le 22 mai 2020, à l’âge de 75 ans, en pleine pandémie mondiale, emportée par la COVID-19 qui a complètement bouleversé les rituels funéraires.

J’ai pu assister à l’hommage qui a néanmoins été rendu à celle qu’on a présentée comme une femme qui aimait danser et répéter que la vie n’est pas un combat même si elle est difficile parfois.

Je n’étais pas sur place lors du service religieux de Denise Mineau, mais en direct de chez moi, devant l’écran de mon ordinateur. Avec la permission de sa famille, le Complexe funéraire J.D. Garneau m’a acheminé le lien Internet me permettant de témoigner des funérailles au temps du coronavirus et des directives de la santé publique pour atténuer sa propagation.

Le positionnement de la caméra me donnait l’impression d’être dans la pièce, comme si j’étais assise discrètement dans la dernière rangée. Tout le monde était dos à moi, sauf le prêtre et la chanteuse qui s’accompagnait parfois à la flûte traversière.

La rencontre a été sobre et la plus chaleureuse possible, même quand les gens devaient, à tour de rôle, se désinfecter les mains après avoir mis la main sur l’urne en guise de salut.

«Nous n’étions pas nombreux, mais ça s’est très bien passé malgré tout, mieux que je pensais.»

Gaétan Laperrière fait remarquer avec raison: «C’est plate, mais c’est souvent au salon funéraire qu’on rencontre des gens qu’on n’a pas vus depuis longtemps.»

Des oncles et des tantes, des cousins et des cousines, d’anciens voisins et des amis d’enfance...

Cette photo de la cérémonie d’adieu de Denise Mineau est en réalité une capture d’écran d’ordinateur. Ses funérailles ont été présentées de façon virtuelle aux personnes qui, dans le contexte de la pandémie et des mesures qui s’appliquent, ne pouvaient pas être sur place.

Denise aurait aimé que ses funérailles soient l’occasion pour ces gens de se revoir, de se donner des nouvelles et de se rappeler de bons souvenirs à son sujet. Malheureusement, la pandémie les a privés de ce rassemblement où on pleure et on rit ensemble.

En raison des consignes sanitaires, seulement vingt personnes pouvaient être présentes en même temps dans le salon funéraire. Les autres devaient faire comme moi en se connectant sur le Web.

«Le plus dur, c’est de ne pas pouvoir prendre les gens dans nos bras...», souligne Gaétan Laperrière avec désolation.

Aucune accolade n’est permise alors que les personnes endeuillées ont tellement besoin de ressentir cette chaleur humaine. À l’entrée du complexe funéraire, on propose le geste de la main sur le cœur en signe de sympathie, et ce, en respectant toujours l’incontournable deux mètres de distanciation. C’est la règle. Pas le choix.

«Ronny Bourgeois a été d’un grand réconfort. Il s’est assuré qu’on ne manque de rien», tient à remercier Gaétan Laperrière en parlant du directeur général de la maison funéraire où sa mère a été confiée après son décès au CHSLD Cloutier-du Rivage, à Trois-Rivières.

La dame est décédée neuf jours après avoir eu la confirmation qu’elle était atteinte de la COVID-19.

«Le virus s’attaque à des gens sans défense», laisse tomber son fils qui s’est rendu à son chevet à trois reprises durant cette période où la grand-maman a pu voir les autres membres de sa famille à travers l’écran d’une tablette.

Gaétan Laperrière tenait à être au chevet de sa mère même si elle ne l’a pas reconnu la première fois en raison des vêtements de protection que son fils portait.

«J’étais habillé comme un scaphandre...»

Ce qui ne l’a pas empêché de caresser le bras de celle qui avait d’importants problèmes de santé, mais qui avait encore du temps devant elle, des mois précieux, voire une année ou deux qui ne reviendront pas.

«La COVID lui a enlevé des petits moments de bonheur qui lui restaient à vivre.»

Denise Mineau était la femme la plus heureuse après une partie de bingo. Elle adorait également siroter une canette de boisson gazeuse que lui offrait son fils tout en conduisant son fauteuil roulant dans le CHSLD.

Résilient, Gaétan Laperrière souhaite, une fois la pandémie et la distanciation sociale derrière nous, réunir tous ceux et celles qui appréciaient la compagnie de sa mère, une rassembleuse qui aimerait cette idée de sa famille en deuil.

«On pourrait faire une rencontre chez moi. Pas pour recevoir des condoléances, mais pour parler de Denise. Ça pourrait être une sorte de party, une façon de fêter notre mère, de parler d’elle et de ce qu’elle nous a apporté. Il y a des chances qu’on soit plus nombreux qu’à ses funérailles et qu’on puisse se serrer dans nos bras. Parce que c’est ce qui nous manque le plus en ce moment.»