La professeure Shari Forbes du Département de chimie, biochimie et physique de l’UQTR dirige le nouveau site extérieur REST[ES].
La professeure Shari Forbes du Département de chimie, biochimie et physique de l’UQTR dirige le nouveau site extérieur REST[ES].

Laboratoire extérieur de l’UQTR: les premières dépouilles humaines à l’étude

Amélie Houle
Amélie Houle
Le Nouvelliste
Bécancour — En octobre 2018, l’annonce de l’implantation dans le parc industriel et portuaire de Bécancour d’un Site sécurisé de recherche en thanatologie, où des chercheurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) viendraient étudier la décomposition de corps humains en plein air, avait de quoi surprendre, en raison notamment du caractère inusité de la chose. Deux ans plus tard, après quelques études préalables, voilà que le site extérieur de recherche en thanatologie de l’UQTR, seul du genre au Canada, a finalement démarré ses activités à la fin de l’été dernier, en accueillant les premiers corps humains destinés à l’étude de la décomposition cadavérique.

Il s’agit en effet d’un pas de plus pour le laboratoire de l’UQTR sur le site de Recherche en Sciences Thanatologiques [Expérimentales et Sociales] (REST[ES]), qui avait au cours de la dernière année entamé ses recherches sur trois carcasses de porcs afin de bien se préparer à l’utilisation du futur Site sécurisé.

Comme l’explique la professeure Shari Forbes du Département de chimie, biochimie et physique de l’UQTR et directrice de REST[ES], il s’agit d’un processus de recherche qui est loin d’être banal.

«Les corps utilisés au site REST[ES] arrivent généralement dans les 24 à 48 heures après la mort. Ils proviennent de personnes qui ont généreusement choisi d’offrir leur dépouille spécifiquement pour ce projet, par le biais du programme de don de corps du Laboratoire d’anatomie humaine de l’UQTR. Les cadavres sont étudiés dans le plus grand respect des normes éthiques, sur des périodes pouvant s’étendre jusqu’à plusieurs années. Les restes sont ensuite incinérés et rendus aux familles», explique Mme Forbes.

Aménagé dans une forêt à Bécancour, le site REST[ES] est dédié à l’étude de la décomposition de cadavres humains.

Une étude, plusieurs retombées

Le but d’une telle étude en plein air est ainsi pour l’équipe de recherche de pouvoir en apprendre davantage sur les processus physiques, chimiques et biologiques de la décomposition humaine en climat continental nordique, afin d’aider les forces policières dans leurs enquêtes sur les décès ou encore pour la recherche des personnes disparues.

«Il est particulièrement important d’étudier ce processus dans notre climat nordique canadien qui connaît des hivers extrêmement froids et d’importantes chutes de neige. [...] Actuellement, il existe peu de données sur la façon dont se déroule la décomposition humaine dans des régions où les températures peuvent varier de – 40 °C à 40 °C. Grâce à nos recherches au site de REST[ES], réalisées tout au long de l’année, nous comprendrons mieux les événements et facteurs qui affectent les restes humains après la mort, sous de telles conditions climatiques. Nous pourrons aussi améliorer notre estimation du temps écoulé depuis un décès», souligne la professeure Shari Forbes.

Ainsi, les travaux devraient permettre à l’équipe de perfectionner les méthodes utilisées pour la recherche, la localisation, la récupération et l’identification des personnes disparues et des victimes d’homicides et de catastrophes.

«Nous pouvons aider en trouvant de nouvelles méthodes pour rechercher, récupérer, identifier les restes humains et pour estimer le temps qui s’est écoulé depuis la mort. Pour ce faire, nous nous concentrons sur de nombreux domaines de recherche, notamment ceux concernant les chiens détecteurs, la télédétection, la microbiologie, l’entomologie, les empreintes digitales et l’ADN», précise Mme Forbes.

La professeure Shari Forbes.

Pour y parvenir, la professeure Forbes ne sera toutefois pas seule, puisque des chercheurs de plusieurs disciplines provenant de l’UQTR et d’autres établissements participeront également aux travaux du site REST[ES].

De plus, le site REST[ES] servira également de lieu de formation pour les forces de l’ordre, les équipes de recherche et de sauvetage, les médecins légistes, les étudiants et les consultants en matière d’enquêtes médicolégales sur les décès.

Rappelons que ces recherches ont reçu l’aval du Mapaq, du MELCCC, de la Santé publique et du Comité de développement durable de l’UQTR.