La victime de l’ex-enseignant Dany Aubry témoigne: «Il n’a tellement pas respecté mes limites»

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — La victime de Dany Aubry, un ex-enseignant de l’école secondaire Les Seigneuries à Saint-Pierre-les-Becquets, n’a pas hésité à quitter son pays afin de revenir momentanément au Canada malgré la pandémie pour qu’il réalise l’ampleur et les impacts des abus sexuels dans sa vie.

«Je voulais le faire pour moi-même, pour qu’il me voie et m’entende en tant qu’adulte et qu’il sache que les agressions n’étaient pas du tout correctes. C’est plus puissant d’être présente sur place que par vidéo», a-t-elle soutenu.

La jeune femme, maintenant âgée d’une trentaine d’années, a d’ailleurs dû faire plusieurs démarches auprès de l’ambassade du Canada pour obtenir l’autorisation d’entrer au pays pour des raisons humanitaires. Elle a également déboursé 630 $, a été placée en quarantaine pendant 15 jours dès son arrivée au Canada, et ce, dans le seul but d’être présente aux plaidoiries sur sentence de son agresseur afin de livrer son témoignage sur les conséquences des abus dans sa vie et ainsi pouvoir tourner la page.

Elle a utilisé la métaphore de la toile d’araignée pour expliquer à quel point elle avait été capturée par lui. «Au début, il était tellement gentil avec moi mais, petit à petit, il m’a approchée sur un plan sexuel. J’avais confiance en lui», a-t-elle raconté.

Rappelons que Dany Aubry a abusé sexuellement de cette étudiante étrangère de passage dans la région dans le cadre d’un programme d’échange. Il avait alors 42 ans et elle 16-17 ans. Il a profité de son autorité sur elle et de la confiance qu’elle lui accordait pour avoir des relations sexuelles complètes en 2005 et 2006 malgré sa virginité et ses refus.

Elle est ensuite retournée dans son pays, mais ce n’est qu’en 2017 qu’elle a porté plainte contre lui. «J’ai longtemps été dans le déni des agressions. Je crois que c’était une stratégie pour me défendre», a-t-elle expliqué. C’est à l’âge de 26 ans qu’elle a abordé de front cet aspect dans sa vie et a commencé à consulter un psychologue. Elle a également informé ses parents de ce qui était arrivé lors de son séjour au Québec.

Elle a vécu beaucoup de culpabilité, s’est sentie responsable des agressions sexuelles et a eu pitié de Dany Aubry, encore plus lorsqu’il lui avait déclaré son amour alors qu’elle ne partageait pas du tout ses sentiments. Elle a aussi vécu de la honte et beaucoup de tristesse. Les impacts ont été difficiles car elle s’est retrouvée par la suite prise au piège de relations abusives avec des hommes. «Il n’a tellement pas respecté mes limites. Cela a été difficile de s’en sortir. Maintenant que je suis une adulte, je sais ce que je vais accepter ou pas, mais, à l’époque, j’étais trop jeune», a-t-elle ajouté.

Interrogée par le procureur de la Couronne Me Julien Beauchamp-Laliberté à savoir si elle avait autre chose à dire au juge Simon Ricard, elle est restée neutre sur la sentence qui sera imposée. Par contre, elle estime que le plus important pour elle est qu’il soit surveillé après sa peine pour qu’il ne fasse pas d’autres victimes dans le futur.

Pour sa part, Dany Aubry, 57 ans, s’est dit démoli avant d’éclater en sanglots. En anglais, il a déclaré être désolé à jamais pour ensuite revenir vers le français et ajouter: «Je suis vraiment désolé. Je n’aurais jamais dû commencer ça. J’espère qu’elle va me pardonner un jour.»

Il a admis être conscient des gestes qu’il a commis et qu’ils sont prohibés par la loi. Il a d’ailleurs plaidé coupable aux accusations portées contre lui dans cette affaire. Quant à savoir pourquoi il a agi de la sorte, il a répondu. «Je le sais pas. J’étais en amour», pour ensuite ajouter: «À 42 ans, je suis tombé en amour avec une ado parce que j’ai été un con. »

Dany Aubry a par la suite consulté des spécialistes dont un sexologue et un psychologue «concernant son attitude envers la sexualité en général», mais seulement au début de l’année 2020 avant que la pandémie ne mette fin aux séances. Il affirme aujourd’hui qu’il voudrait justement poursuivre son suivi avec un sexologue.

Ce mercredi, ce sera au tour des avocats de livrer leurs plaidoiries sur la peine.

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