Le président sortant de la CRCAQ, le Granbyen Kevin Paquette, se dit très fier de la réponse des jeunes caquistes à l’invitation de la commission de prendre part à ce grand remue-méninges.

La relève de la CAQ se livre à un grand remue-méninges

Un Netflix québécois, la valorisation du français sur les médias sociaux, des stages et des emplois en région, des cours de programmation et le développement de l’intelligence artificielle : la Commission relève de la Coalition avenir Québec (CRCAQ) a dévoilé lundi les propositions qui seront débattues lors de leur congrès, les 17 et 18 août prochains à l’Université Bishop’s, à Sherbrooke.

En tout, plus d’une centaine d’idées ont émergé d’une consultation en ligne auprès de jeunes militants et sympathisants du parti issus des quatre coins de la province. Du nombre, une quarantaine ont été retenues et figurent dans le document intitulé Horizons 2050.

Le président sortant de la CRCAQ, le Granbyen Kevin Paquette, se dit très fier de la réponse des jeunes caquistes, âgés de 30 ans et moins, à l’invitation de la commission de prendre part à ce grand remue-méninges. « Ça a été un exercice très intéressant, a-t-il indiqué en entrevue avec La Voix de l’Est. Nous avons reçu des idées de partout, même de gens qui ne sont pas membres de notre parti. »

« On souhaitait des propositions très audacieuses, qui brassent la cage, poursuit le président. Ce qu’on souhaite, c’est faire jaser, lancer le débat et inspirer le gouvernement. »

Les propositions des jeunes caquistes s’articulent autour de cinq grands thèmes — ou « horizons » —, à savoir la gouvernance, la santé, le numérique, les régions ainsi que la culture, la langue et la citoyenneté. Celles-ci seront soumises à un vote lors du congrès de la CRCAQ ; les suggestions ayant obtenu la faveur des congressistes deviendront en quelque sorte la plateforme de la commission.

« Nous voulions établir une vision qui amènerait le gouvernement à réfléchir à plus long terme, note M. Paquette. Nous souhaitons qu’il y ait une préoccupation sur les conséquences des décisions du gouvernement sur notre génération et celle de nos enfants. »

Certaines idées, comme une réforme de la fiscalité de l’État, l’inclusion des taxes de vente sur les prix affichés en commerce et l’amélioration de l’efficacité de l’État par un allègement réglementaire, ne datent pas d’hier et ont été proposées plusieurs fois au fil des ans, reconnaît M. Paquette. « Mais on souhaite que le gouvernement se penche là-dessus, alors on ramène ces sujets de l’avant pour que le débat se fasse », dit-il.

User des technologies intelligemment

L’horizon numérique occupe une place d’importance dans la réflexion des jeunes caquistes, confirme M. Paquette. « On veut voir comme société, comme État, comment devenir un leader dans cette économie du savoir tout en contrôlant les aspects plus négatifs des technologies. »

« L’utilisation responsable du numérique, c’est quelque chose de vraiment large. Ça couvre évidemment les médias sociaux et les fausses nouvelles, mais il y a aussi un aspect de santé publique à tout ça, ajoute le jeune caquiste. Une utilisation abusive des écrans et du numérique entraîne des problèmes de santé comme la sédentarité et l’isolement, entre autres. »

En ce sens, la CRCAQ propose ainsi d’éduquer les jeunes à une utilisation responsable des outils numériques à même leur cursus scolaire et d’offrir des cours de programmation au niveau secondaire. On jongle aussi avec l’idée de créer une école d’excellence universitaire spécialisée dans les technologies de l’information.

En contrepartie, la relève caquiste propose d’augmenter les services de soutien pour lutter contre la cyberdépendance chez les jeunes, mais aussi réformer la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé pour que celle-ci tienne compte de l’impact des nouvelles technologies. « C’est un sujet très chaud actuellement avec ce qui s’est passé chez Desjardins et Capital One », illustre M. Paquette.

L’intelligence artificielle a aussi fait partie des réflexions des jeunes militants, qui proposent que Québec explore cet univers pour améliorer sa gestion administrative, en traitant toutefois des enjeux éthiques qui pourraient survenir en cours de route.

Revitaliser les régions

En réaction à la dévitalisation observée à plusieurs endroits de la province, la relève caquiste souhaite mettre en place plusieurs mesures qui ramèneraient une partie de la population en région.

« Les jeunes quittent les régions pour s’installer en ville. Nous, on veut soutenir les régions, mais on sait que pour que les jeunes y retournent, ils doivent y trouver un intérêt », mentionne Kevin Paquette.

Ce faisant, il est suggéré d’accroître l’offre de formation en région et d’instaurer un programme de bourses pour encourager les étudiants à venir y effectuer leur stage.

En plus de ramener en région des emplois de la fonction publique rapatriés dans les grands centres au cours des dernières années, Québec devrait également soutenir davantage les jeunes entrepreneurs et mieux communiquer les offres d’emplois disponibles en région.

D’ailleurs, pour amoindrir la pénurie de main-d’œuvre, la Commission relève suggère de défiscaliser les heures supplémentaires pour certains types d’emplois. « C’est extrêmement intéressant [comme proposition], allègue M. Paquette. On vit une grave pénurie de main-d’œuvre. On sait depuis quelques années que les Québécois sont les plus taxés en Amérique du Nord. Avec une telle mesure, on serait capables de changer ce paradigme et encourager le travail supplémentaire. »

Du même coup, les jeunes caquistes souhaitent se défaire des paiements de péréquation que reçoit la province. « On veut que le Québec devienne l’un, sinon le moteur économique du Canada, quitte à devenir la province qui paie de la péréquation. Pour nous, ce serait un immense sentiment de fierté », mentionne le président, convaincu qu’une telle vigueur économique donnerait davantage les coudées franches au Québec.

Pour une jeunesse plus en santé

La santé des jeunes se situe également au cœur des propositions de la CRCAQ, qui suggère entre autres d’augmenter les ressources dédiées à la santé psychologique des élèves dans le réseau scolaire et de bonifier la formation du personnel scolaire afin que celui-ci soit mieux outillé pour intervenir. Enfin, elle propose de soutenir et de promouvoir le réseau de cliniques de santé sexuelle pour les jeunes.

« La jeunesse ne se porte pas mal, mais il y a un grave problème de ressources dans nos écoles », reconnaît Kevin Paquette.

En plus d’interdire la vente de boissons gazeuses ou énergisantes en milieu scolaire, le mouvement jeunesse de la CAQ aimerait que des programmes de sports-études soient implantés dans toutes les régions du Québec.

Enfin, pour encourager le bénévolat chez les jeunes et favoriser la cohabitation intergénérationnelle, on propose d’aménager des chambres pour étudiants à même les futures Maisons des aînés.

Le français à l’avant-plan

Les jeunes caquistes souhaitent que Québec protège de manière plus agressive la langue française, que ce soit en soutenant davantage les francophones vivant hors de la province, en investissant dans les organismes d’alphabétisation ou en mandatant l’Office québécois de la langue française (OQLF) de développer un plan d’action pour encourager les jeunes à mieux s’exprimer en français sur les réseaux sociaux.

« En dehors de l’école, les médias sociaux représentent la plateforme de choix, et parfois même la seule, où les jeunes ont l’occasion de s’exprimer, argumente le président. Il faut trouver un moyen de les interpeller pour qu’ils trouvent ça cool de bien écrire en français. »

D’ailleurs, on suggère la création d’un poste de commissaire à la langue française pour juger des plaintes reçues par l’OQLF. « En ce moment, l’office a un drôle de statut : c’est elle qui applique la charte, qui juge de son application et qui traite les plaintes liées à celle-ci », illustre M. Paquette.

Et pour protéger, voire mettre en valeur la culture québécoise, faut-il que l’État développe sa propre version de Netflix ? La question sera abordée en congrès, alors qu’une proposition en ce sens sera soumise aux membres.

« Est-ce qu’une plateforme numérique valorisant les produits culturels québécois serait la réponse aux Netflix et Spotify de ce monde ? questionne Kevin Paquette. À la CAQ, on est moins interventionnistes, on préfère généralement laisser les entreprises privées s’en occuper, mais on va voir ce que nos membres en pensent. J’ai très hâte de voir dans quelle direction ça va aller. Je pense que ça va donner lieu à un beau débat. »

RÉVÉRENCE

Dans deux semaines, Kevin Paquette cédera la présidence de la Commission relève du parti à Keven Brasseur, un partisan d’Acton Vale élu sans opposition en juillet dernier. 

«J’ai eu la chance de l’avoir comme vice-président durant les deux années de mon mandat, confie le principal intéressé. C’est quelqu’un avec qui j’ai collaboré étroitement et qui a été mon plus proche conseiller.»

Selon Kevin Paquette, M. Brasseur assurera la continuité de ce qu’il a amorcé à la présidence.  Il a donc le sentiment du devoir accompli et de laisser la Commission relève de la CAQ entre de bonnes mains.

Le Granbyen, élu président de la CRCAQ en 2017, après avoir aussi occupé les fonctions de secrétaire, trésorier et vice-président, demeurera toutefois très actif au bénéfice de son parti, indique-t-il. «Je demeurerai toujours un caquiste, souligne Kevin Paquette. Je ne sais pas où la vie me mènera, mais c’est certain que je resterai impliqué d’une façon ou d’une autre.» 

LES PROPOSITIONS DE LA COMMISSION RELÈVE DE LA CAQ

Gouvernance

Défiscaliser les heures supplémentaires dans certains secteurs d’activité ; 

Créer un Secrétariat à l’Économie collaborative et à l’Innovation ;

Réformer la fiscalité pour simplifier les mesures fiscales de l’État ;

Inscrire le prix incluant les taxes de vente sur les prix de vente ; 

Créer un comité de travail indépendant sur la pérennité du financement du système de santé au Québec ;

Établir un plan pour que le Québec ne soit plus dépendant de la péréquation ;

Mettre en place une stratégie d’allègement réglementaire afin d’améliorer l’efficacité de l’État et de sa bureaucratie.

Santé

Augmenter les ressources dédiées à la santé psychologique dans le réseau scolaire ;

Mettre en place des mesures de sensibilisation pour réduire le nombre d’acouphènes chez les jeunes ; 

Soutenir davantage les municipalités pour qu’elles offrent plus d’activités sportives ainsi que le développement de programmes sportifs scolaires dans toutes les régions du Québec ;

Interdire la vente des boissons gazeuses et énergétiques dans les milieux éducatifs ;

Bonifier la formation initiale et continue du personnel enseignant et éducatif aux problèmes de santé des jeunes ;

Soutenir et promouvoir davantage le réseau de cliniques de santé sexuelle pour les jeunes ;

Développer dans les Maisons des aînés des chambres pour les étudiants afin de favoriser la cohabitation intergénérationnelle et le bénévolat chez les jeunes ;

Investir afin que des défibrillateurs soient accessibles dans les espaces publics stratégiques.

Numérique

Bonifier le cursus scolaire pour améliorer l’éducation des jeunes pour une utilisation responsable du numérique ;

Augmenter les services de soutien pour lutter contre la cyberdépendance chez les jeunes ;

Réformer la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé pour que celle-ci tienne compte de l’impact des nouvelles technologies ;

Créer un cours de programmation au secondaire ;

Mettre en place des mesures afin d’explorer et de développer l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la prise de décision administrative au niveau de l’État ;

Encadrer le développement de l’intelligence artificielle afin de répondre aux enjeux éthiques qui y sont liés ;

Créer une école d’excellence universitaire en technologie de l’information ;

Mettre en place un programme provincial de ressources éducatives libres.

Régions

Établir un plan de mobilité québécois pour favoriser le transport en commun en région ;

Accroître l’offre de services d’éducation collégiale et universitaire en région ; 

Instaurer un programme de bourses afin d’augmenter le nombre d’étudiants qui font leur stage en région ;

Appuyer davantage la relève agricole en faisant en sorte de faciliter le transfert des entreprises agricoles ;

Créer davantage d’emplois de la fonction publique en région ;

Soutenir davantage les jeunes qui souhaitent se lancer en affaires en région ;

Octroyer des ressources humaines, financières et technologiques supplémentaires afin de favoriser le maintien des écoles de village ;

Informer davantage les jeunes des emplois disponibles en région.

Culture, langue et citoyenneté

Protéger la liberté d’expression dans les campus universitaires ;

Soutenir davantage les francophones d’Amérique du Nord résidant à l’extérieur du Québec ;

Prioriser le français dans les communications gouvernementales avec les citoyens, à l’exception de la communauté historique anglophone pour laquelle les communications seraient bilingues ;

Demander à l’OQLF de mettre en place un plan pour valoriser le français sur les médias sociaux ;

Soutenir davantage les organismes d’alphabétisation ;

Valoriser davantage le français dans les formations collégiales et universitaires ;

Développer une plateforme numérique valorisant les produits culturels québécois ;

Créer un commissaire à la langue française ;

Interdire les thérapies de conversion.