La prison et des travaux pour avoir tenté de soudoyer une victime d’agression

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
En le condamnant à 150 heures de travaux communautaires à sa sortie de prison dans 90 jours, le juge Serge Champoux espère de Charles Breton Catudal qu’il «redonnera alors à la société, qu’il démontrera qu’il est apte à aider son prochain et peut-être, à cette occasion, gagnera-t-il enfin en maturité».

En juin, le jeune homme avait plaidé coupable aux trois accusations qui pesaient contre lui, soit d’avoir volontairement tenté d’entraver le cours de la justice en offrant 2500$ à une victime d’agression sexuelle pour qu’elle retire sa plainte contre un ami, en mars 2019 à Waterloo, d’avoir endommagé un mur et un urinoir d’une halte routière de Magog, en octobre 2018, et d’avoir commis un méfait sur une voiture stationnée près d’un bar de Bromont la semaine prédécente.

Un rapport présentenciel a été préparé sur le prévenu de 23 ans, qui aurait été grandement affecté par le divorce de ses parents et la mort, quelques années plus tard, de son père lui ayant laissé un héritage.

Même si les infractions lui étant reprochées sont les premières qu’il a commises en étant d’âge majeur, M. Breton Catudal possède en outre un «lourd passé» criminel en tant que mineur. «Entre 2013 et 2015, il fait face à plusieurs accusations relatives à des introductions par effraction, surtout, mais aussi à des bris de conditions, possessions simples de stupéfiants, menaces et port d’armes dans un dessein dangereux», révèle le rapport, qualifié de «pas si reluisant» et de «loin d’être favorable» par le juge Champoux.

«En général, on constate que l’accusé se déresponsabilise relativement aux infractions portées contre lui : il était influencé par de mauvais amis, il était intoxiqué, il s’agit d’un manque de jugement. On parle d’immaturité, de manque d’autonomie et de son caractère influençable. Il se pose en victime, a peu d’introspection et n’envisage pas véritablement de changement dans sa vie», observe le magistrat.

Il a ajouté que M. Breton Catudal ne reconnaît pas de problème de consommation d’alcool ou de drogue, malgré «l’inventaire des substances qu’il consomme».

L’agent de probation du prévenu évalue par ailleurs son risque de récidive comme étant modéré.

«Acte antisocial»

Si la Couronne réclamait quatre mois d’emprisonnement, la défense souhaitait pour sa part que l’accusé écope plutôt d’une peine de 3 à 5 mois à purger dans la collectivité. Les deux parties se sont toutefois entendues sur la nécessité d’imposer une probation de deux ans à la suite de la peine.

«Le crime le plus grave commis par Charles Breton Catudal et pour lequel la peine doit être prononcée est celui d’entrave à la justice, mentionne le juge Champoux dans sa décision. Le crime d’entrave est particulièrement grave, car il vise à pervertir le processus judiciaire. Ces crimes sont des gestes, des actes antisociaux.»

«Éviter à un agresseur sexuel de faire face aux conséquences de ses gestes n’affecte pas que les victimes immédiates. Il affecte la société au complet et potentiellement toute personne qui pourrait croiser la route de cet individu», a ajouté le juge, convaincu que les deux méfaits devaient aussi être punis.

Les travaux communautaires seraient, à son avis, «hautement salutaires» pour M. Breton Catudal, afin qu’il voie de près «que des personnes qui l’entourent pourtant, ont besoin d’aide, qu’il peut et doit participer socialement de manière active et non seulement comme un spectateur».