Les barrages policiers permettent de vérifier l’état des conducteurs.

La pose d’antidémarreurs va exploser

Le nombre de véhicules munis d’un antidémarreur pourrait connaître un boom important à compter du 18 décembre 2018, alors que les conducteurs condamnés pour une conduite avec les facultés affaiblies n’auront plus à attendre trois mois pour en obtenir un. Ils pourront faire installer un appareil éthylométrique dès le moment de la condamnation.

Actuellement, le délai pour l’obtention de cet appareil est de trois mois. Cela signifie que l’accusé doit trouver une solution alternative pour se déplacer durant cette période.

Une fois cette période écoulée, le conducteur fautif peut demander à la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) de faire installer un appareil.

Mais avec le changement des règles, les demandes de mise en place de l’appareil pourraient exploser dans les prochaines semaines, d’autant plus que plusieurs conducteurs se font encore prendre en état d’ébriété en 2018.

Si les opérations policières servent à épingler les automobilistes en état d’ébriété, il faut savoir que plusieurs fautifs sont aussi dénoncés par la population.

Les policiers de la Sûreté du Québec (SQ) et du Service de police de Saguenay (SPS) arrêtent en moyenne, bon an mal an, plus de 500 automobilistes ayant un taux d’alcool plus élevé que la limite autorisée de 80 milligrammes d’alcool par 100 millilitres de sang (0,08) (voir tableau).

Autre élément qui devrait favoriser l’installation de l’antidémarreur pratiquement la journée même est la réduction des frais reliés à l’appareil.

Présentement, les frais d’installation sont de 160 $ (plus taxes), alors que les frais mensuels sont établis à 100 $ (plus taxes) et qu’une somme de 50 $ (plus taxes) s’ajoute pour le retrait de l’appareil.

Au cours des prochaines semaines, la SAAQ fera affaire avec un nouveau fournisseur et les coûts seront modifiés à la baisse.

Les antidémarreurs installés dans les voitures obligent les conducteurs à s’arrêter à diverses intervalles variant de 15 à 45 minutes afin qu’ils soufflent dans l’appareil.

L’installation coûtera 50 $, les frais mensuels seront de 61 $ et il n’y aura aucuns frais pour le retrait de l’appareil.

« Le changement du fournisseur nous permet d’offrir les appareils à un prix moins élevé pour les utilisateurs. Les changements seront faits graduellement d’ici la fin du mois de novembre 2019. Pour ceux dont la période obligatoire de l’appareil éthylométrique tire à sa fin, ils ne seront pas changés, mais pour ceux qui en auront besoin pour la prochaine année ou encore pour des périodes plus longues, nous allons pouvoir procéder à l’installation des nouveaux appareils », explique Gino Desrosiers, porte-parole de la SAAQ.

Actuellement, il est possible de procéder à l’installation de ces appareils chez deux détaillants autorisés, un à Jonquière et un autre à Alma. Comme le nombre de garagistes autorisés passera de 60 à 115 pour le Québec, il est fort probable que le Saguenay-Lac-Saint-Jean en aura plus de deux afin de répondre à la demande.

Fonctionnement

Pour la grande majorité des conducteurs automobiles du Québec, la notion de l’utilisation de cet appareil est inconnue.

Au moment de l’installation, un petit cours est donné à l’utilisateur pour savoir comment souffler afin qu’il détecte ou non une odeur d’alcool dans le but de mettre en marche le véhicule.

« Une fois que le véhicule est en marche, l’appareil éthylométrique demandera au conducteur, de façon aléatoire, de souffler à nouveau à l’intérieur de périodes de 15 à 45 minutes. Pour un trajet Saguenay-Montréal, le chauffeur aura besoin de s’arrêter à quelques reprises », ajoute M. Desrosiers.

« Le conducteur a trois minutes pour souffler dans l’appareil. S’il ne le fait pas, le véhicule ne s’arrêtera pas. C’est une question de sécurité. Mais le klaxon s’actionnera et les lumières du véhicule clignoteront, ce qui va attirer l’attention des autres automobilistes ou encore d’un policier », poursuit le porte-parole de la SAAQ.

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DIFFICILE DE S'EN DÉBARASSER

Si l’installation d’un antidémarreur permet aux automobilistes d’utiliser leur véhicule durant la suspension de leur permis de conduire, il n’est pas rare que cette procédure persiste au-delà des neuf mois que le conducteur avait planifiés.

Chaque fois qu’un automobiliste est condamné pour une conduite avec les facultés affaiblies ou avec un taux supérieur à la limite autorisée de 0,08, il sait que son permis est suspendu pour une année, mais qu’il aura droit à l’appareil éthylométrique après une attente de trois mois (qui n’existera plus en décembre).

Et durant la période d’utilisation de l’appareil, l’automobiliste doit se soumettre à une évaluation sommaire auprès d’experts médicaux embauchés par la Société d’assurance-automobile du Québec (SAAQ) et passer le test d’Alcofrein.

Or, c’est souvent lors de ces épreuves que les conducteurs échouent et voient leur période obligatoire avec l’antidémarreur être prolongée.

Certaines personnes touchées par ces mesures, avec qui Le Quotidien s’est entretenu, n’y voient là qu’une façon pour faire payer davantage le conducteur fautif.

L’évaluateur pose de nombreuses questions, notamment sur la consommation d’alcool à la maison ou encore lors de sorties dans les bars. Si le conducteur est franc et avoue prendre plus de deux consommations, cela est suffisant pour obtenir un échec. 

Certains croient qu’ils doivent mentir aux spécialistes sur leur consommation afin de réussir l’évaluation sommaire et ainsi pouvoir se défaire de l’antidémarreur le plus rapidement possible. 

« Les évaluations sommaires visent à déterminer si le conducteur automobile est en mesure de dissocier la consommation d’alcool et la conduite automobile. Si les réponses sont incorrectes, les évaluateurs (des spécialistes des centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux) prolongeront la durée de l’antidémarreur. Ça peut durer en moyenne de sept à neuf mois et ça peut aller jusqu’à une année supplémentaire », note Gino Desrosiers, porte-parole de la SAAQ.

« Nos spécialistes vont analyser les réponses écrites des clients, mais aussi le non verbal. Ils peuvent se faire une certaine perception avec l’attitude de la personne qui se trouve devant eux », ajoute-t-il.