Un adulte sur quatre qui présente des signes d’anxiété ou de dépression majeure.
Un adulte sur quatre qui présente des signes d’anxiété ou de dépression majeure.

La pandémie malmène la santé mentale des adultes

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Un jeune sur deux de 18 à 24 ans souffre de symptômes significatifs d’anxiété ou de dépression majeure. Chez les adultes de tous les groupes d’âge, c’est un adulte sur quatre qui présente des signes d’anxiété ou de dépression majeure.

« Les travailleurs de la santé ont toujours eux aussi une prévalence élevée d’anxiété ou de dépression probable (31 %). Les personnes en télétravail s’ajoutent maintenant au lot des personnes affectées psychologiquement par la pandémie dans une proportion de 27 % », explique la Dre Mélissa Généreux.

Les idées suicidaires sérieuses sont aussi deux fois plus fréquentes qu’avant.

Voilà les principales constatations qui ressortent d’une étude menée par la Dre Mélissa Généreux, professeure-chercheuse à l’Université de Sherbrooke et médecin-conseil à la Direction de santé publique de l’Estrie. Celle-ci vient de terminer une deuxième phase de l’étude québécoise sur les impacts psychosociaux de la pandémie. Réalisée auprès de 8500 adultes, l’enquête s’est déroulée du 6 au 18 novembre dernier dans sept régions du Québec, dont l’Estrie.

« La pandémie, tout comme les autres types de catastrophes, engendre des séquelles psychologiques importantes dans la population », indique celle qui a coordonné avec la communauté de Lac-Mégantic des projets contribuant à renforcer la résilience des individus et des collectivités après la tragédie ferroviaire de 2013.

Mélissa Généreux

L’exception estrienne

Fait à noter, les Estriens semblent aller mieux que l’ensemble des Québécois des six autres régions sondées.

Dans la première phase de l’étude québécoise sur les impacts psychosociaux de la pandémie, 20% des Estriens présentaient des signes d’anxiété ou de dépression majeure. La situation est restée stable lors du sondage de novembre, alors qu’elle s’est détériorée dans plusieurs autres régions, dont Montréal où les troubles psychologiques sont nettement plus présents (32% des adultes).

« On a longtemps parlé de l’exception estrienne, alors que l’Estrie réussissait à rester en zone orange alors que nous étions entourés de régions en zones rouges. On pense que cette solidarité, cette notion de synergie, de réussir à rallier une population à une cause commune, celle de rester en zone orange, a permis non seulement de ralentir la propagation de la COVID-19, mais qu’il y a aussi eu des impacts psychosociaux importants », souligne la Dre Généreux.


« Alors que l’homologation de vaccins approche, le désir de se faire vacciner diminue. »
Dre Mélissa Généreux

Moins l’intention de se faire vacciner

Parmi les autres faits saillants qui ressortent de l’enquête, notons que l’infodémie influence la santé psychologique, que le sentiment de cohérence demeure un facteur protecteur très important, et que la consommation abusive d’alcool est en hausse chez les 35 ans et plus.

 «Alors que l’homologation de vaccins approche, le désir de se faire vacciner diminue. Elle ne se traduit pas par un refus, mais plutôt par une plus forte hésitation à se faire vacciner. Nous attribuons une partie de ce phénomène au faible sentiment de cohérence et aux attitudes négatives face aux consignes gouvernementales: selon l’étude de novembre, ces consignes sont perçues comme étant exagérées et peu claires par plus du quart de la population», explique la Dre Généreux.

De plus, les consignes sanitaires sont perçues comme étant exagérées et peu claires par plus du quart de la population.

Les résultats peuvent paraître inquiétants, mais Mélissa Généreux est confiante malgré tout parce qu’au Québec, contrairement à ailleurs dans le monde, on a déjà commencé à poser des actions pour amorcer le rétablissement.

«Plus nous en connaissons sur la nature, l’ampleur, la distribution et l’évolution des impacts psychosociaux de la pandémie et les facteurs de risque ou de protection associés, plus nous pouvons éclairer les décisions prises par les autorités», mentionne-t-elle.

La Dre Mélissa Généreux est médecin-conseil à la Direction de santé publique de l’Estrie et à l’INSPQ, responsable médicale de l’Équipe de rétablissement à la direction de santé publique de l’Estrie, conseillère à la Direction des services en santé mentale du MSSS et professeure agrégée à l’Université de Sherbrooke.