Josée Néron

La mairesse veut placer Promotion Saguenay sous tutelle

Sous l’impulsion de la mairesse Josée Néron, la ville de Saguenay a demandé au ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT) de placer Promotion Saguenay sous tutelle et d’enquêter sur la gérance de l’organisme.

Le cabinet de la mairesse a contacté Le Quotidien samedi pour en faire l’annonce, en réaction à l’article sur la conseillère municipale indépendante Julie Dufour qui réclame une enquête du vérificateur général de la ville. Elle prépare une résolution omnibus pour la première séance publique du conseil.

«On travaille là-dessus aussi. Le bris de confiance est trop grand, la population doit voir que nous agissons. On est rendu à la tutelle. On doit envoyer un message clair à Promotion Saguenay. J’ai dit au directeur général vendredi de faire la demande auprès du gouvernement, et il a parlé au sous-ministre Marc Croteau. Il a assuré son entière collaboration et va nous recontacter lundi», a déclaré Mme Néron en entrevue téléphonique.

La publication du contrat de l’ancien président-directeur général de Promotion Saguenay, Ghislain Harvey, a fait déborder le vase de l'opinion publique. Il profitait d’un salaire annuel d’environ 200 000 $. Plusieurs clauses en sa faveur ont été ajoutées à l’entente en 2017, par rapport à la version de 2012. Le contrat a alors été signé par le maire Jean Tremblay, président de l’organisme, et le préfet de la MRC du Fjord-du-Saguenay Gérald Savard, vice-président. Ce dernier n’a même pas lu le document avant d’y apposer sa signature. 

Paiement suspendu

Le conseil d’administration est maintenant présidé par l’homme d’affaires Éric Larouche. La mairesse lui a demandé de retenir le chèque de 425 000 $ qui devait être remis à Ghislain Harvey pour compenser la fin de son contrat. Il devait s’étirer jusqu’en 2024. 

«J’aime mieux être prudente. On va voir comment la semaine va se passer. S’il y a quelque chose d’autre, les vérificateurs du ministère vont sûrement le trouver», estime Josée Néron.

La mairesse rappelle que «Promotion Saguenay n’est pas au-dessus de la ville», mais bien à son service. Selon elle, l’outil de développement économique aura toujours sa place, c’est sa gestion qui pose problème. Elle n’apprécie pas les contradictions dans les messages véhiculés par des membres du c.a. sous le couvert de l’anonymat et par la présidente-directrice générale Priscilla Nemey.

La forme de tutelle qui pourrait être appliquée à Promotion Saguenay n’est pas certaine, mais les administrateurs seront sûrement supervisés par un responsable externe dans leur prise de décisions, avance Mme Néron.

«Je pense que les vérificateurs du ministère pourront aller encore plus loin que notre vérificateur général. S’ils ont besoin d’aide, il sera à leur disposition, sinon il pourra s’occuper des autres organismes paramunicipaux.»

L’élue songe notamment à la Zone portuaire de Chicoutimi, qui a nommé récemment une ancienne candidate du Parti des citoyens de Saguenay, Marie-Pier Lemieux, à la direction par intérim du parc Mille lieux de la colline.

Il n’a pas été possible de joindre le service des communications du MAMOT en fin de semaine pour obtenir des détails sur la potentielle tutelle.

Appui politique

Le député de Jonquière à l’Assemblée nationale Sylvain Gaudreault appuie la démarche de Josée Néron. «La situation est intenable aux yeux des citoyens et ils ont raison», a-t-il gazouillé sur les réseaux sociaux samedi.

De son côté, la conseillère Julie Dufour maintient sa position pour son projet de résolution. «C’est beaucoup plus large que Promotion Saguenay. Il faut utiliser tous les outils à notre disposition à leur maximum. Le vérificateur général de la ville et celui du ministère auront des mandats différents. L’un n’empêche pas l’autre», réagit-elle.

La représentante du district #2 réitère qu’il faut un «diagnostic complet» sur l’état de la situation à Saguenay pour pouvoir intervenir de façon juste et efficiente. «Ce qui arrive, ce n’est pas anecdotique. C’est symptomatique de l’administration de Jean Tremblay», ajoute celle qui s’attend à un «téléroman municipal» dans la prochaine année. Les rebondissements s’accumulent depuis les élections du 5 novembre.

Crevier se réjouit et s'inquiète

Le conseiller municipal indépendant Jean-Marc Crevier se réjouissait de «l’excellente nouvelle» samedi, plus particulièrement de la somme de 425 000 $ destinée à Ghislain Harvey et retenue à la demande de la mairesse Josée Néron.

«Je suis excessivement content. J’avais l’impression que les gens pas corrects, on les récompensait pour pouvoir s’en débarrasser. Le plus inquiétant, c’est qu’on commence juste à gratter. Tous les organismes paramunicipaux sont concernés. Le ménage va se faire à coups de combien de dollars?», se questionnait-il, lorsque joint au téléphone par Le Quotidien.

Celui qui a été chef syndical fait le parallèle avec son ancien domaine, où les conventions collectives doivent être approuvées par l’ensemble des membres. Le dernier contrat de Ghislain Harvey a été signé seulement par le président et le vice-président du conseil exécutif de Promotion Saguenay. «Est-ce qu’il est valable? Est-ce qu’on pourrait le faire partir sans payer? Comme conseil municipal, on va devoir faire un budget bientôt, et ça fait mal au coeur de devoir dépenser des sommes astronomiques pour ça alors que les citoyens nous proposent plein de projets», fait valoir M. Crevier.

Le conseiller souhaite que tous les élus puissent travailler dans le même sens afin d’être plus forts. Il mentionne que le président actuel du conseil d’administration de Promotion Saguenay, Éric Larouche, donne l’impression de jouer «le bon rôle» à l’heure actuelle, mais qu’il était aussi présent autour de la table lorsque le contrat de Ghislain Harvey a été renouvelé.