La page Facebook « Universitas, une réforme qui coûte cher aux petits épargnants » dépasse le millier d’abonnés. Des épargnants lésés envisagent d’intenter un recours collectif.

La grogne persiste chez Universitas

Avec les modifications au régime enregistré d’épargnes-études (REEE) collectif Universitas, Edouard, un étudiant de l’Université de Sherbrooke, affirme perdre l’équivalent de ce qu’il avait budgété pour une année pour payer son logement, sa nourriture et ses dépenses personnelles.

« Pour moi, le montant que je perds est important. Je m’attendais à toucher trois versements lors de mes études universitaires, alors que j’ai reçu un seul chèque d’un montant d’environ les deux tiers de ce qui était prévu. Le montant que je perds est équivalent à tout l’argent que j’ai gagné en travaillant l’été dernier », explique l’étudiant qui veut être identifié seulement par son prénom.

Ses parents qui ont contribué à un REEE via Universitas se sont joints à un groupe de clients qui réclament un retour à l’ancien mode d’attribution du paiement d’aide aux études (PAE).

« Nous réclamons seulement de revenir aux règles du contrat que nous avons signé avec eux. Nous voulons simplement le retour à nos acquis », explique une cliente d’Universitas et porte-parole des parents mécontents, Nathalie Delisle.

Cette dernière explique que ces épargnants se sentent lésés depuis le changement du mode d’attribution des bourses d’études Universitas, connu sous le terme paiement d’aide aux études (PAE).

Auparavant, l’attrition faisait en sorte que les enfants qui effectuaient des études universitaires recevaient trois PAE, ceux qui ne se rendaient pas aux études universitaires laissant leur part de bourse aux autres épargnants. Avec le nouveau mode de distribution plus flexible, ceux qui poursuivent leurs études jusqu’à l’université perdent cet avantage financier et bénéficient comme tous les autres d’un seul versement de PAE.


« Avec ces changements, c’est comme si Universitas déchirait les clauses du contrat que nous avons signé. »
Nathalie Delisle

Les enfants bénéficient de leur PAE dès qu’ils atteignent les études postsecondaires, dont les définitions ont d’ailleurs été élargies.

« C’était précisément pourquoi nous avions choisi Universitas. Nous voulions que nos enfants puissent profiter de cette attrition s’ils se rendaient jusqu’à l’université. Avec ces changements, c’est comme si Universitas déchirait les clauses du contrat que nous avons signé. Je ne sais pas encore si mes filles vont faire des études universitaires, mais si c’est le cas, je passe d’une possibilité de 3000 $ par unité à 571 $ », mentionne Mme Delisle qui a souscrit à des REEE collectifs d’Universitas pour ses quatre filles âgées de 3 à 13 ans.

Le groupe d’épargnants estime qu’ils n’ont pas été informés adéquatement des conséquences de ces changements lors du vote qui s’est tenu en octobre 2017.

Le groupe Facebook Universitas, une réforme qui coûte cher aux petits épargnants, dépasse le millier d’abonnés.

« C’est difficile à dire combien nous sommes, mais 1800 personnes suivent notre page Facebook », mentionne Nathalie Delisle.

Lors du vote, plus de 90 pour cent des épargnants qui se sont prononcés ont voté pour les modifications avec un taux de participation de 15 pour cent.

Universitas réagit

La vice-présidente aux affaires corporatives chez Universitas Isabelle Grenier explique que cette réforme a été mise en place pour favoriser un accès à plus d’enfants d’épargnants aux PAE en réduisant les critères d’admissibilité. Elle tient à préciser que le capital investi par les épargnants et les subventions gouvernementales demeurent garanties.

« Nous voulions que plus d’enfants aient accès au programme d’aide financière. Il nous était demandé par plusieurs clients que le programme soit plus flexible. On reprochait de ne pas avoir accès à l’argent quand les étudiants en avaient besoin et que l’on ne reconnaissait pas la grande diversité des programmes d’étude. L’AMF et les autorités gouvernementales fédérales nous demandaient aussi de revoir nos critères. C’est ce que nous avons fait après avoir consulté les épargnants », soutient Mme Grenier.

Elle assure que la démarche entreprise par Universitas a été validée tant sur les plans légaux que de la gouvernance. Le processus de consultation de l’automne 2017 s’est déroulé sous la supervision de la Société de fiducie AST du Canada.

« Nous sommes un organisme à but non lucratif dont l’objectif est de favoriser l’accès aux études supérieures au plus grand nombre d’enfants. Nous savons que notre processus est légal, légitime et qu’il a été fait dans les règles de l’art », soutient Isabelle Grenier.

AMF

L’Autorité des marchés financiers (AMF) confirme avoir reçu « beaucoup de plaintes » concernant Universitas sans être capable d’en quantifier le nombre

« Une seule plainte demeure suffisante pour qu’on la regarde. Nous sommes en train d’analyser ces plaintes et vérifier ce qui en retourne. Nous allons essayer de comprendre ce qui peut motiver cette insatisfaction », assure le porte-parole de l’AMF, Sylvain Théberge.

Les parents lésés ont rencontré les dirigeants d’Universitas la semaine dernière sans obtenir les réponses escomptées. Le groupe a aussi sollicité des députés et des avocats pour obtenir un avis juridique dans l’objectif d’intenter un recours collectif.