Mario Cantin mène le groupe de participants sur le lac Saint-Jean durant le Double défi des deux Mario.

La fin de sept ans d'aventures

Je signe aujourd’hui pour Le Soleil ma dernière chronique plein air. Après 15 ans à œuvrer au sein de votre quotidien préféré, dont sept ans à vous partager ma passion pour l’aventure, j’ai décidé récemment de tourner la page pour voir quels autres défis professionnels la vie me réserve. Parce que l’existence est l’ultime aventure, je me devais de faire ce grand saut dans l’inconnu pour aller découvrir d’autres horizons. Question de conclure en beauté, je vous propose de revenir sur quelques moments marquants, rencontres mémorables et autres anecdotes de la chronique plein air.

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MARIO ET MÉLANIE AU SOMMET

J’ai encore un souvenir vibrant de ce moment intime dans l’immense dôme d’expédition pendant le Double défi des deux Mario. Sur les glaces du lac Saint-Jean en février 2017, les organisateurs Mario Cantin et Mario Bilodeau nous partageaient leur motivation à s’impliquer pour la fondation Sur la pointe des pieds, organisme qui vient en aide aux jeunes touchés par le cancer grâce à l’aventure thérapeutique.

Mario Cantin et Mario Bilodeau, les deux figures inspirantes derrière le Double défi des deux Mario, une randonnée sur le lac Saint-Jean au bénéfice de la fondation Sur la pointe des pieds.

Mario Cantin avait raconté comment la mort accidentelle de sa fille Mélanie l’avait poussé à donner un sens à la tragédie. À passer à l’action. Il rêvait d’aller au sommet de l’Everest pour inspirer et s’approcher le plus possible de son enfant disparue à l’âge de 19 ans. À sa deuxième tentative en sept ans, le 22 mai dernier, Cantin a finalement foulé le sommet.

L’expédition avait été particulièrement difficile. Malade après six semaines sur la montagne et battant en retraite au camp de base, Cantin a dû lâcher prise. «J’ai connecté avec ma petite Mélanie», m’a raconté dans un courriel l’alpiniste, à propos de ce moment où il croyait bien que tout était foutu. Mais cette prise de conscience, cet abandon avec Mélanie à ses côtés, lui a permis de revenir plus fort. «J’ai eu mon buzz du sommet un mois avant le sommet… Le sommet était uniquement une poursuite du bonheur.» On devine là-haut une fille bien fière de son papa…

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DES DÉFIS (UN PEU) FOUS

J’ai toujours cherché à me lancer dans l’action pour raconter le plus fidèlement les aventures à vous partager. En sept ans, certaines expériences ont été plus marquantes que d’autres. Je pense notamment au Défi kayak Montréal-Québec et à l’Ultra-Trail Harricana (UTHC). Dans les deux cas, des mois à l’avance que j’ai dû m’y préparer sérieusement. À l’entraînement, il m’est alors arrivé de me questionner sur les raisons qui me poussaient à déployer tant d’efforts pour une «simple histoire» dans le journal…

Autre longue journée au boulot, autre moment fort en bonne compagnie. Cette fois avec mon ami Patrice Boulay durant le Défi kayak Desgagnés Montréal-Québec en 2016.

Suivi par une physiothérapeute durant l’été 2017, j’ai même douté de pouvoir m’attaquer à l’épreuve de 65 km de l’UTHC. Mais une fois guéri et en course, j’ai apprécié davantage de pouvoir être là, en compagnie de tous ces athlètes qui avaient eux aussi dû surmonter des difficultés de toutes sortes. Idem pour mes deux participations au Défi kayak en 2015 et en 2016. En compagnie de tous ces sportifs prêts à tester leurs limites, ces moments forts ont gagné en intensité après tout ce temps passé à s’y préparer.

Après des mois d’entraînement, l’ultime journée au bureau en septembre 2017, après avoir rejoint le fil d’arrivée du 65 km de l’Ultra-trail Harricana.

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DES GENS INSPIRANTS

J’aimerais bien vous reparler de toutes ces sympathiques et inspirantes personnes croisées. Chaque texte a son histoire. Mais évidemment, je dois me limiter…

Je vous avais présenté en octobre 2013 Charles Roberge, un grimpeur malentendant. Fou d’escalade de glace, le jeune homme a poursuivi son ascension dans l’univers vertical de belle façon. J’ai notamment pris plaisir à le voir réaliser de sérieuses aventures d’exploration sur la Côte-Nord ces derniers hivers. Des expéditions d’exception qui ont eu un bel écho dans le petit monde de la grimpe, le Québécois s’associant même avec quelques gros noms de l’escalade, dont l’Américain Pete Takeda. Les aventures nord-côtières de Roberge et Cie ont même été relatées dans le prestigieux magazine Alpinist.

Le grimpeur malentendant Charles Roberge a poursuivi son exploration verticale ces dernières années, comme ici durant l’un de ses voyages sur les hautes parois reculées de la Côte-Nord.

Ils ne s’en doutaient pas à l’épo­que, mais les mordus du trail Florent Bouguin et Alexandre Genois m’ont contaminé. C’est après leur rencontre en février 2015 que j’ai eu envie à mon tour de me tester dans un ultra-trail. Le hasard a fait que j’ai recroisé Florent en course deux ans plus tard, dans un ravito pendant l’UTHC 2017. En route vers une jolie quatrième position à l’épreuve reine du 125 km, le résident de Québec était alors dans le rouge. Assis à proximité et aux prises avec mes propres difficultés à l’épreuve du 65 km, je repensais à cette entrevue qui m’avait amené là. Plus tard sur le sentier, au moment où Bouquin me dépassait dans un étonnant retour à la forme, les encouragements allaient de soi. «Allez Florent! Allez! Tu sais que c’est de ta “faute” si je suis là?»

Les Sébastien Lapierre, Louis Rousseau, Jacob Racine, Frédéric Dion, Marie-Andrée Fortin, Jean-Pierre Ouellet, Martin Trahan, Bruno-Pierre Couture, Pierre Pépin, Jennifer Gosselin et j’en passe… Ils sont nombreux les aventuriers et aventurières qui m’ont généreusement partagé leur passion au fil des ans. Impossible de les nommer tous et toutes. Une grande famille au fond, une belle communauté de passionné(e)s. Plusieurs sont devenus de bons ami(e)s. Et c’est toujours un immense plaisir d’avoir de leurs nouvelles, de découvrir leurs plus récents succès, leurs projets à venir.

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DES FAMILLES PEU ORDINAIRES

Possiblement l’une de mes chroniques les plus lues, «Neuf beaux “fous” autour du monde» racontait en juillet 2016 l’histoire de mon ami Marcus Forns et de sa femme Johanne Gauthier, qui partaient explorer les océans à la voile avec leurs sept enfants, au départ âgés de 11 ans à… deux mois! Depuis, la petite Florence a bien grandi — comme les autres de la famille d’ailleurs! — et l’équipage du Pinocchio poursuit sa découverte du monde. Tous possèdent déjà plus de traversées transatlantiques que l’on pourrait en rêver dans une vie : quatre! Aux dernières nouvelles, après un séjour dans les Canaries, ils étaient au large du Brésil, en route vers la Patagonie. Rien que ça!

Partis pour explorer le mon­de à la voile en juillet 2016, Marcus Forns, sa femme Johan­ne Gauthier et leurs sept enfants poursuivent leur aventure et ont complété jusqu’ici quatre traversées transatlantiques.

Autre famille de voyageurs qui a fait rêver, François-Xavier Delemotte, sa femme Cécile et leur fille Emma avaient partagé leur Rêve nomade au printemps 2013. Après leur grand périple à vélo de 17 mois et 15 000 kilomètres sur la route entre Vancouver et Panamá, le trio est retourné en France. Depuis, la famille s’est installée au pied des Alpes et profite des montagnes dans sa cour arrière pour combler son besoin d’aventure. Une passion qui suit «FX» au boulot, lui qui travaille pour le fabricant d’équipements de sports de montagne Blue Ice.

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DES ACTIVITÉS, DES SOUVENIRS

Depuis août 2012, j’ai une revanche à prendre. De toutes les activités que j’ai pu essayer en sept ans, la planche à voile reste celle qui m’a donné le plus de fil à retordre. Je repense à ma journée à la baie de Beauport et je suis soudainement épuisé. Tirer la voile, tenir sur la planche, tenter de ne pas se faire assommer par le mat, lire les caprices du vent… Aujourd’hui, après quelques saisons à faire du surf à pagaie (SUP), j’imagine que je serais plus agile. Mais ça reste à voir…

Parlant de SUP, je ne saurais remercier assez mon ami Lewis Lévesque de m’avoir initié à l’activité au printemps 2012. Depuis, j’ai pu explorer sur ma planche quelques superbes endroits d’une manière originale, à commencer par le réservoir Kipawa, au Témiscamingue, et celui du Poisson blanc, dans les Laurentides. C’est même devenu une activité familiale. Prochain défi, apprivoiser la rivière!

Depuis ma découverte du surf à pagaie en 2012, l’activité m’a permis d’explorer de nouveaux plans d’eau de manière originale.

Sur ma liste de sorties dignes de mention, il y a notamment : être le premier «client» à tester — avec le concepteur — la via ferrata du parc de la Chute-Montmorency (2013). Un séjour à la spectaculaire Auberge de montagne des Chic-Chocs (2012). Fouler à l’été 2016 le deuxième sommet de la province, le mont Jacques-Cartier (1270 m). Aller à la rencontre des quatre membres du Projet Karibu, au dernier ravitaillement de leur expédition tout juste sous le 54e parallèle Nord (2014). Découvrir Squamish en vélo de montagne et en rando avec la bande de créatifs de MEC (2012). Puis, cette fabuleuse et froide balade de groupe en raquette sur la crête des monts Vallières-de-Saint-Réal, au cœur de Chic-Chocs, durant la 14e Traversée de la Gaspésie (2016). Spectaculaire!

Visite du deuxième sommet de la province, le mont Jacques-Cartier (1270 m).
Un journaliste plein air bien entouré! Rencontre avec les quatre membres du Projet Karibu, Bruno-Pierre Couture, Sébastien Dugas, Jacob Racine et Marie-Andrée Fortin, avant le dernier droit de leur expédition.
Moment magique au sommet du Chief, à Squamish, en Colombie-Britannique, à l’occasion de la visite du bureau chef de MEC en 2012.
Toucher le ciel en raquette! Virée spectaculaire sur la crête des monts Vallières-de-Saint-Réal, durant la Traversée de la Gaspésie en 2016.

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BADLUCKS AU BUREAU

J’ai été chanceux… ou prudent! En sept ans d’aventure de toutes sortes, je n’ai jamais eu d’accident sérieux. Du moins jusqu’à l’été dernier! Une chute à vélo sur le gravier, à près de 30 km/h, m’a mené à l’urgence pour huit points de suture au coude et plein d’éraflures et de contusions du genou à l’épaule. Une dure journée au bureau!

Vêtement de circonstance pour une soirée à l'urgence après une sortie de vélo gâchée par une jolie glissade sur le gravier.

Sur le point de passer sous la tente par une nuit à -36 degrés Celsius sur le lac Saint-Jean pendant le Double défi des deux Mario, j’apprends qu’une bouteille d’eau chaude aurait coulé dans mon sac de couchage! C’est la vapeur qui s’échappe de mon sac dans l’air glacial qui alerte mes compagnons. Je constate les dégâts : mon sac est détrempé et glacé. J’ai fait la gaffe de mal visser ma bouillotte d’un litre avant de la lancer dans ma momie en synthétique. Le goulot glacé au départ m’avait donné l’impression que tout était étanche... Disons que je me suis couché tard après avoir passé une éternité à sécher autant que possible mon sleeping bag à l’aide d’une petite chaufferette d’appoint. On ne m’y reprendra plus…

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UN IMMENSE MERCI!

Comment tirer ma révérence sans vous dire un immense merci! Quand tout a commencé en novembre 2011, j’étais loin de me douter que l’aventure durerait aussi longtemps. J’ai apprécié vous rencontrer, vous lire, échanger avec vous sur les réseaux sociaux. Merci de votre intérêt sans faille au fil des ans. Merci également à tous ceux et celles qui ont alimenté mes histoires. Sportifs, aventuriers, organismes et fabricants, vous avez été essentiels à cette belle aventure. Votre confiance à mon endroit m’a toujours touché.

Idem pour celle accordée au quotidien par mes différents patrons, qui m’ont toujours donné carte blanche pour mes sujets et ma façon de les aborder. Merci d’avoir embarqué dans mes folies! Au revoir également à mes précieux et talentueux collègues.

Enfin, je tiens à saluer mes deux fillettes ainsi que mes proches, qui ont été à la fois des partenaires d’aventure, une précieuse source d’inspiration et un soutien de tous les instants.

Encore une fois, un grand merci à vous tous! En attendant de vous recroiser en nature, n’hésitez pas à rester en contact à facebook.com/JSMassicottePRO. Et vive l’aventure!

Partenaires d’aventure de prédilection, mes deux princesses ont pris plaisir à m’accompagner à mesure qu’elles grandissaient, comme ici à l’automne 2017 au Parc national des Hautes-Gorges-de-la-rivière-Malbaie.