Jonathan Bettez et ses parents poursuivent la Sûreté du Québec et la Procureure générale du Québec.

La famille Bettez a vécu «un calvaire»

Trois-Rivières — En déposant une poursuite de près de 10,5 M$ contre la Sûreté du Québec, certains de ses préposés de même que la procureure générale du Québec, Jonathan Bettez et sa famille souhaitent surtout que le corps policier rende des comptes. C’est ce qu’a soutenu l’avocat de la famille Bettez, Me Jessy Héroux, dans une entrevue accordée à Radio-Canada jeudi.

«On ne peut pas impunément détruire la vie de trois personnes sans donner d’explications. C’est tout ce qu’ils demandent», a signifié Me Héroux, qui a publié un communiqué de presse plus tard en journée annonçant les intentions de la famille et demandant du même coup aux médias de respecter leur volonté de ne pas vouloir accorder d’entrevues dans cette affaire.

Selon Me Héroux, à la suite de l’arrestation de Jonathan Bettez le 29 août 2016 sur les lieux de l’entreprise familiale qu’il dirigeait, Emballages Bettez, la famille Bettez a vécu un véritable calvaire, notamment ses parents André Bettez et Huguette Dion. «Ils ont été pourchassés par les médias, ils ont fait l’objet de menaces, d’intimidation, on a vandalisé leur maison, on a vandalisé leur auto. Des agents de la SQ les ont contactés directement et leur ont dit des choses qui dépassent le cadre de l’entendement en insistant sur les conséquences qu’auraient pour eux le refus de leur fils de passer un test polygraphique. On a explicitement fait référence à ce qui arriverait à l’entreprise. Il y a peu de mots pour décrire ce qu’est devenu leur quotidien», mentionne l’avocat, soulignant aussi le fait que le couple a dû liquider ses actions dans l’entreprise Emballages Bettez, qu’ils ont finalement vendue à rabais, perdant du même coup leur fonds de pension et une entreprise dans laquelle ils avaient investi plus de trente années de leur vie.

Quant à Jonathan Bettez, Me Héroux insiste sur le fait que l’homme est désormais devenu persona non grata partout au Québec. La requête déposée jeudi indique qu’il vit maintenant de l’aide sociale et ne pourra, à toutes fins pratiques, jamais retrouver un emploi au Québec dans les circonstances. «Jonathan a été isolé socialement, on a essayé de briser le lien avec ses parents, avec ses amis», constate-t-il, ajoutant qu’il a évidemment perdu son poste de directeur général chez Emballages Bettez.

On se souviendra qu’en octobre 2018, le juge Jacques Lacoursière avait innocenté Jonathan Bettez de toutes les accusations portées contre lui quant à la possession et distribution de pornographie juvénile, estimant que ses droits avaient été bafoués dans l’enquête menée par la Sûreté du Québec. Il avait même qualifié l’opération de «partie de pêche». Quant au fait que l’homme serait considéré comme le principal suspect pour la Sûreté du Québec dans l’enquête sur l’enlèvement et le meurtre de Cédrika Provencher, précisons que Jonathan Bettez n’a jamais été accusé dans ce dossier.

Pour Me Jessy Héroux, les policiers sont les principaux responsables des déboires de la famille Bettez. «Le lien qu’on a fait entre le dossier de pornographie juvénile et la disparition et le meurtre de Cédrika Provencher, c’est la faute de la police. Quand on décide d’ouvrir une enquête dans un dossier de pornographie juvénile alors qu’on n'a absolument aucun élément de preuve qui permet de croire que le suspect a, à un moment, commis des infractions de cette nature-là, quand on fait une enquête, qu’on la mène à bout, qu’on procède à l’arrestation et qu’intentionnellement on lie le dossier de pornographie juvénile avec le dossier de l’enlèvement et du meurtre d’une jeune fille, je pense que ça dépasse l’entendement. On a harcelé ces gens-là toujours dans le même objectif: que Jonathan Bettez passe le fichu test polygraphique, qu’il renonce à son droit au silence et on le fait par tous les moyens possibles et inimaginables», souligne l’avocat à Radio-Canada.

Me Héroux est conscient que la question du polygraphe sera soulevée lors d’un éventuel procès. «Ce que l’on sait maintenant et qui apparaît de la procédure qui est déposée aujourd’hui, c’est qu’il y a énormément de faussetés qui ont circulé dans les médias. M. Bettez, à l’encontre des recommandations de son avocat en 2007, était disposé à passer le test polygraphique. Il a accepté de le faire sous conditions, qui visaient à s’assurer entre autres que les agents de la Sûreté du Québec respectent leur serment de discrétion, à s’assurer que dans l’éventualité d’un faux positif, parce que le test polygraphique pose de nombreux enjeux, l’information ne serait pas coulée dans les médias, Ces conditions-là n’empêchaient pas le dépôt de procédures criminelles. La SQ a systématiquement refusé ces conditions-là jusqu’en 2015. On parle d’une longue période de temps, de 2007 à 2015, où M. Bettez était disposé à passer le test», soutient Me Jessy Héroux.

À l’intérieur de la requête déposée jeudi à Montréal, et qui fait plus de 35 pages, on comprend que Jonathan Bettez, ses parents et l’entreprise Emballages Bettez réclament 9 454 500$ en dommages compensatoires, de même qu’un million de dollars en dommages punitifs. Outre la Sûreté du Québec et la Procureure générale du Québec, l’ancien inspecteur-chef Martin Prud’homme de même que ses collègues Katherine Guimond, Chantal Daudelin et Jean Lafrenière sont visés par cette poursuite.