Inconsolables, les membres de la famille Batalla-Charis ont quitté leur logement de la rue Heneker, mercredi après-midi, accompagnés de proches, vers l’aéroport de Montréal.

La famille Batalla-Charris a quitté le pays

On a espéré un coup de fil, un miracle à moins d’un mois de Noël. Mais rien de tout cela ne s’est produit.

La famille de Normando Charris et de son épouse Carolina Batalla a quitté Sherbrooke mercredi en début d’après-midi en direction de l’aéroport à Montréal pour prendre un avion qui les ramènera en Espagne.

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La famille colombienne, comptant trois enfants et installée à Sherbrooke depuis quelques années, n’a pas reçu un signal leur disant que leur demande d’asile avait été acceptée par les autorités fédérales. 

Entourés de proches et de membres de la communauté colombienne, ils ont quitté leur petit logement de la rue Heneker pour prendre le chemin de la métropole. Le moment était hautement émotif, les larmes impossibles à retenir.

« Nous gardons espoir jusqu’à la fin. Je sais qu’il y a eu des pourparlers dans les hautes instances politiques », a commenté en s’essuyant les yeux Marc Nadeau, un ami de la famille. 

« Mais le miracle n’est pas venu. C’est l’inéluctable destin qui se réalise. Malheureusement. C’est un moment crève-cœur. Je me rends compte aujourd’hui à quel point ce n’est pas facile la vie d’immigrant. On ne réalise pas à quel point la citoyenneté canadienne est précieuse. »

On a installé les bagages de la famille, des deux enfants d’âge scolaire et d’un bébé né au Canada dans un véhicule. Normando Charris et Carolina Batalla, qui rappelons-le ont épuisé tous leurs recours pour rester au Canada, ne se sont pas adressés aux médias nombreux pour capter leurs derniers moments en sol sherbrookois. 

Marc Nadeau

Mouvement de sympathie

Leur expulsion a soulevé un mouvement de sympathie dans la population envers cette famille immigrante bien intégrée. M. Charris a quitté son emploi il y a quelques jours tandis que Mme Batalla a fermé la garderie qu’elle dirigeait. Les deux enfants d’âge scolaire ont fait leurs adieux à leurs camarades de classe.

À Montréal, la famille devait se rapporter à des représentants de l’Agence des services frontaliers du Canada. Ils devaient s’assurer qu’elle prenne l’avion en direction de l’Espagne, le pays d’où elle est arrivée.

S’il faut se fier à un voisin venu observer toute l’agitation qui entourait ce départ, les Batalla-Charris ne perturbaient certainement pas leur environnement. « Je ne savais pas qu’ils habitaient à côté de chez moi », assure l’homme sans vouloir se nommer. 

« Ils ne faisaient pas de bruit. Je savais qu’il y avait une garderie là, mais pas plus. »

Une fois la famille partie, on devra travailler à leur retour au pays, assure M. Nadeau. C’est en fait le souhait de la famille colombienne expulsée. « J’ai su qu’il leur coûte 7000 $ pour faire le voyage », dit-il.

« Maintenant, on va lancer une campagne de financement. Demain (jeudi), on va lancer une campagne de financement pour leur trouver l’argent nécessaire pour qu’ils reviennent parmi nous. On va se battre pour eux. »

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 Le maire Lussier se dit déçu

Le maire de Sherbrooke Steve Lussier n’a pas accepté de voir cinq de ses concitoyens être expulsés du pays sans au moins avoir tenté de les retenir.

Il a multiplié les appels téléphoniques dans le but qu’on évite à la famille Batalla-Charris de quitter Sherbrooke pour prendre un vol vers l’Espagne mercredi.

« Ce n’est pas normal. Comme maire d’une ville, je sais qu’il y a des règles et des lois. Qu’il faut les respecter », argumente-t-il, lors d’un entretien accordé à La Tribune mercredi après-midi.

« Mais il y a aussi le gros bon sens. Ces gens-là sont bien intégrés chez nous. Monsieur et madame travaillent. Elle a même mis sur pied sa petite entreprise. Les enfants vont bien à l’école. »

M. Lussier demandait qu’on leur accorde un sursis de six mois, « le temps qu’on puisse refaire leurs livres et rencontrer les bonnes personnes. »

« Je ne comprends pas. J’ai vraiment de la misère avec cette situation », s’insurge-t-il.

« Chaque année, je participe à des missions à l’étranger, pour accueillir des entreprises chez nous. Et aussi pour attirer des travailleurs pour nos besoins de main-d’œuvre. Ces gens en sont un très bon exemple », répète-t-il.