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La DPJ blâmée pour avoir accusé sans preuve un père d’abus sexuels

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
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La Direction de la protection de la jeunesse a été sévèrement blâmée par un juge pour avoir accusé sans preuve un père d’abus sexuels et lui avoir ainsi retiré la garde de ses enfants pendant 15 mois.

Cet homme, dont on doit taire l’identité pour protéger celle de ses enfants, a été soupçonné d’agressions sexuelles sur ceux-ci après que son identité eut été usurpée sur les réseaux sociaux. Tel que l’a annoncé Radio-Canada Mauricie, le juge Yvon Cousineau de la Cour du Québec reproche à la DPJ d’avoir fait l’erreur de tenir pour acquis dès le départ qu’il s’agissait bien du père. Dans une décision rendue en mars, le juge Cousineau écrit ceci: «Les intervenantes ont procédé à leur analyse en tunnel, c’est-à-dire qu’elles ont interprété toutes les informations à partir de leur conclusion initiale.»

Le père entend maintenant intenter une poursuite civile pour dommages moraux contre la DPJ. «Elle fonctionne avec la peur. Je suis un homme ‘‘clean’’, dans la vie, je respecte les lois. Je trouve donc ça inconcevable de me faire accuser de la sorte. Oui, ce fut une année très lourde émotionnellement. Toute cette affaire a créé beaucoup de stress et d’insécurité pour moi et ma famille. C’est même dégueulasse!», a-t-il déclaré.

Du jour au lendemain, la vie de ce père de famille, qui avait la garde partagée de ses enfants avec son ex-conjointe, a complètement basculé lorsque la DPJ l’a rencontré en décembre 2019 pour lui faire part d’un signalement d’abus sexuels le visant. «Dès le départ, on m’a traité comme un abuseur et un pédophile. On m’a parlé d’un message texte sur un site de rencontres mais on n’a jamais voulu me montrer la preuve», a-t-il raconté.

En fait, il appert que la preuve de la DPJ reposait principalement sur des échanges effectués sur le site de rencontres Badoo. Une enseignante de la région, qui avait déjà eu dans sa classe l’un des enfants du père, croyait en effet discuter avec lui, d’autant plus qu’elle l’avait reconnu sur la photo après avoir vu son nom sur le site. Elle n’a jamais pensé qu’il puisse s’agir d’un imposteur.

Les échanges ont porté essentiellement sur la sexualité. «Au fil des messages, ils abordent les caresses qu’ils se font à eux-mêmes. À différentes reprises, l’autre personne mentionne que ses enfants le rejoignent pendant leur conversation. Il arrive même que ces derniers soient présents alors qu’il serait en érection. Il ajoute qu’un des enfants baisse sa culotte et touche ses parties intimes. Il mentionne également qu’il les flatte en se touchant les parties intimes», peut-on lire dans le jugement.

L’enseignante a mis fin aux échanges et a fait un signalement. Le père a ensuite été rencontré par la DPJ. Rapidement, on lui a retiré la garde de ses enfants. Les seuls contacts qu’il aura avec eux pendant les 15 mois suivants se feront sous la supervision d’une intervenante de la DPJ, d’une durée de trois heures par semaine, sans plus.

Le père a aussi été rencontré par les policiers. D’emblée, il a nié être la personne qui avait échangé sur le site Badoo avec l’enseignante. Il a fourni son cellulaire aux policiers et ces derniers n’ont rien trouvé qui pouvait permettre de l’inculper.

«Au début, je comprenais ce que faisaient la DPJ et les policiers. Pour le bien de l’enquête et de mes enfants, j’ai accepté de collaborer et je me suis plié à leurs exigences mais les intervenantes ont ambitionné. Elles m’ont menacé et m’ont intimidé en me traitant d’abuseur. Je me sentais tellement dénigré», a-t-il ajouté.

Dans son analyse, le juge Cousineau constate que la majorité des informations personnelles concernant le père venaient de l’enseignante.« Par exemple, le nom des enfants, c’est elle qui les donne. Il lui demande à plusieurs reprises de dire l’âge de l’un d’entre eux», précise-t-il dans son jugement.

Il ajoute que l’usurpateur donne plusieurs informations erronées sur son âge, le fait qu’il était de Lévis, que lui et la mère des enfants étaient naturistes et que ses enfants ont été élevés avec ces valeurs. Il mentionne également qu’il travaille comme masseur alors que cela n’a jamais été le cas.

Lors des audiences, la mère des enfants a d’ailleurs témoigné en réfutant toute forme de naturisme et en jurant qu’ils ne se promenaient pas nus à la maison. Elle s’est aussi portée à la défense de son ex-conjoint en disant qu’il a toujours été un très bon père, affectueux, près de ses enfants, et qu’il n’a jamais eu de comportements déplacés avec eux.

Les enfants ont eux aussi été interrogés par les policiers et n’ont mentionné aucun geste inapproprié. Le juge affirme également qu’ils ne présentent aucun indice qui pourrait laisser croire qu’ils ont été victimes d’abus sexuels.

Selon lui, les témoignages du père, de la mère et des enfants sont très crédibles. Et comme il considère que la DPJ n’a présenté aucune preuve pour soutenir ses accusations, il a rejeté sa demande visant à faire déclarer compromis la sécurité et le développement des enfants.

Le père, qui était défendu par Me Mario Melançon, a donc pu reprendre la garde de ses enfants. «Ils ont vécu ça difficilement eux aussi. Notre vie a repris son cours normal mais j’ai encore des crises d’angoisse. Les réseaux sociaux, c’est de la grosse merde. Tu n’es plus en sécurité, tu n’as plus de vie privée. Le pire est que c’est presque impossible de retrouver la personne qui a usurpé mon identité. Cependant, je n’ai pas l’intention d’abandonner mes plaintes contre la DPJ», a-t-il conclu.