Marianne Farley et Jérémy Comte sont les deux réalisateurs de courts métrages québécois qui iront aux Oscars le mois prochain, la première pour son film Marguerite, le second grâce à Fauve.

Jérémy Comte s'en va aux Oscars

Après l’année de rêve, le rêve devenu réalité : alors que 2018 a été exceptionnelle pour son court métrage Fauve, lequel a récolté depuis sa sortie plus de 65 prix dans quelques 120 festivals présentés dans 39 pays, Jérémy Comte a vu l’impensable se produire hier. Son film, tourné dans la région de Thetford Mines avec deux jeunes acteurs de la région, a obtenu son passeport pour les Oscars 2019.

« C’est incroyable d’être nommé aux Oscars! Je vais être un Oscar nominee jusqu’à la fin de mes jours! » commente celui qui a tout fait pour modérer ses attentes dans les derniers jours. « Surtout que je suis déjà très heureux du parcours de Fauve », de commenter le réalisateur de 28 ans, qui a notamment vu son film plébiscité à Sundance, Palm Springs, Aspen, Melbourne et Vladivostok.

« On fait des films pour raconter les meilleures histoires, c’est ce qui est important. Tout l’amour que Fauve a eu était déjà tellement inattendu. »

Le hasard a voulu qu’un deuxième court métrage québécois, Marguerite de Marianne Farley, ait aussi été présélectionné pour les Oscars en décembre dernier et qu’il ait le même distributeur que Fauve (H264). « Les deux gangs se sont donc retrouvées dans deux salles côte à côte mardi matin pour regarder le dévoilement en direct. Tout le monde a sauté de joie! » raconte le jeune cinéaste, aussi accompagné de sa conjointe pour l’occasion.

« On est très heureux que les deux films aient réussi à se qualifier, un réalisé par un homme et l’autre par une femme, chacun avec un sujet différent représentant une facette de la culture québécoise », ajoute celui qui a vécu en Estrie et à Sherbrooke de l’âge de 8 ans à 18 ans environ, fréquentant notamment l’école Le Triolet et le Collège Champlain.

« C’est tellement surréel. Fauve est né d’un rêve récurrent que j’avais quand j’étais petit et durant cette même période, mon désir de faire du cinéma s’est enraciné. J’ai l’impression que tout vient de faire un full circle. Je suis profondément ému et fier de mon équipe, qui a travaillé tellement fort pour en arriver jusque-là. Rien de tout ça n’aurait été possible sans elle. »

Le cinéaste a pris le temps de téléphoner à ses deux jeunes acteurs, Félix Grenier et Alexandre Perreault, respectivement de Stratford et Adstock, pour leur annoncer lui-même la bonne nouvelle. « J’ai pu parler Félix juste avant qu’il entre dans son cours de maths. Disons qu’il n’avait plus vraiment la tête à ça après », rapporte-t-il en riant.

Au bout de leur siège

Jérémy Comte ne connaît pas encore tous les détails de sa participation à la cérémonie du 24 février, mais il sait qu’il doit se rendre à Los Angeles une première fois à la mi-février, pour participer à la campagne de promotion des Oscars. 

Tourné sur le site d’une ancienne mine d’amiante abandonnée, Fauve raconte l’histoire de deux garçons dont la complicité se transforme en confrontation, où chacun tente d’avoir le dessus sur l’autre. Le jeu se révèle finalement moins inoffensif qu’ils le croyaient lorsqu’un des deux reste coincé dans des sables mouvants, Le film peut facilement être trouvé et visionné en ligne, notamment sur le site de H264.

Quant à savoir ce qui, selon lui, a pu faire pencher le jury des Oscars en sa faveur, Jérémy Comte répond qu’il est très difficile de juger son propre film. « Mais la plupart des personnes qui ont vu Fauve, qu’il s’agisse de gens du public ou des jurys, m’ont dit qu’elles avaient été saisies par l’émotion, qu’elles étaient assises au bout de leur siège, et qu’elles retrouvaient leur enfance. Presque tout le monde, lorsqu’il était enfant, a déjà joué un mauvais tour qui est allé trop loin. »

Le réalisateur espère que cette nomination aux Oscars lui sera d’un grand recours pour le financement de son premier long métrage, dont l’histoire se déroulera entre le Québec et le Ghana et dont il termine l’écriture. « Cette nomination est la meilleure chose qui pouvait m’arriver. Ça m’ouvre une belle porte. »

Cinq nominations canadiennes

C’est la première fois de l’histoire que deux films québécois se retrouvent sur la prestigieuse liste des cinq meilleurs courts métrages de l’année. Marguerite de Marianne Farley (celle-ci est également actrice et on a notamment pu la voir dans le téléroman Mémoires vives) met en vedette Béatrice Picard et Sandrine Bisson. Le court métrage raconte l’histoire d’une dame âgée et de son infirmière qui développent une amitié poussant la vieille femme à déterrer des désirs et passions inavoués et ainsi faire la paix avec son passé.

Trois autres courts métrages canadiens (cette fois en animation), dont Animal Behavior (Zoothérapie), produit par l’Office national du film, figurent aussi dans la liste des finalistes.

Les cinéastes vancouvérois Alison Snowden et David Fine, déjà lauréats d’un Oscar en 1995 pour L’anniversaire de Bob, reçoivent ainsi leur quatrième nomination. Le film entraîne dans une séance de thérapie de groupe pour animaux qui se heurtent à des problèmes semblables aux humains.

Deux autres courts métrages d’animation valent des nominations à des Canadiens : Bao, de la Torontoise Domee Shi, et Weekends, du réalisateur d’origine canadienne Trevor Jimenez.

La 91e cérémonie des Oscars aura lieu le 24 février 2019 au Théâtre Dolby de Los Angeles. Avec La Presse Canadienne