Jenny Rock aime retrouver ses camarades à l’occasion de spectacles comme Le Noël des idoles, présenté le 23 novembre, au Théâtre du Palais municipal de La Baie.

Jenny Rock, influenceuse avant la lettre

Sa première performance a été réalisée à l’âge de quatre ans, alors qu’elle a volé la vedette à des noces en interprétant une chanson. Trois ou quatre ans plus tard, la fillette a gagné un concours amateur diffusé par une station de radio de Granby, où sa mère était propriétaire d’un restaurant. Puis, il y a eu la fois où, tenant une guitare plus grosse qu’elle, la petite s’est mise à faire du rock’n roll à la Elvis. Un destin prenait forme. Jeannine de Bellefeuille devenait Jenny Rock.

La métamorphose s’est opérée à la fin des années 1950 et aujourd’hui encore, le souvenir de ses succès passés continue de résonner. S’il reste peu de traces de ses tournées avec la troupe de Jean Grimaldi, ces folles équipées qui embrassaient autant l’Ontario et le Nouveau-Brunswick que le Québec, dont une avec le jeune Claude Blanchard, il est facile de suivre son ascension au sommet du palmarès.

«J’avais 18 ans quand la compagnie Sélect m’a recrutée. Elle cherchait une fille capable de faire du Brenda Lee et dès 1963, j’ai atteint la première position avec Donne-moi ta jeunesse. Ensuite, il y a eu Daddy et Fume ta cigarette, en plus de Douliou Douliou Saint-Tropez, sorti en 1964. Sur la vidéo de cette chanson, j’ai été la première à porter des jeans. Je l’ai fait parce que j’aimais ça. Je n’ai pas pensé à l’impact que ça aurait», a confié Jenny Rock au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Énergique sur scène comme à la télé, elle avait le don de frapper l’imagination grâce à sa garde-robe au goût du jour, pour employer une expression de l’époque. Sur ce registre, son principal coup d’éclat fut son apparition en mini-jupe et bottes blanches à l’émission Jeunesse d’aujourd’hui, produite par Télé-Métropole. Comme bien des manifestations de la vie moderne, la jeune femme avait découvert ces choses étranges à New York, où elle séjournait quelques fois par année.

«C’est là que j’avais fait fabriquer mes bottes blanches, puisqu’il n’y en avait pas au Québec. C’était populaire au Peppermint Lounge, une discothèque que je fréquentais là-bas. C’est aussi à cet endroit que je découvrais de nouveaux pas que je ramenais chez nous. Je les faisais à Jeunesse, parfois seule et parfois en compagnie des danseuses à qui je les montrais. Après, ça devenait à la mode», raconte Jenny Rock, influenceuse avant la lettre.

La fin... pour un temps

Si énergique soit-elle, la chanteuse a rencontré son Waterloo en 1968. Trop de déplacements. Trop de studio. Trop de promotions en tous genres. «J’étais fatiguée, à force de me promener d’un bord, pis de l’autre. Cette année-là, j’ai eu l’impression d’avoir vu rien que l’hiver», se souvient-elle. À l’âge de 22 ans, le moment était venu de recentrer sa vie, ce qui signifiait retourner aux études.

Elles avaient été interrompues en huitième année parce que sa mère tenait le restaurant à bout de bras. «Une femme ne pouvait pas obtenir un prêt, à cette époque. J’ai donc travaillé dans les cabarets pour l’aider», explique Jenny Rock, qu’on sent alors plus proche de Jeannine de Bellefeuille. Tenace, elle a comblé son retard académique, au point d’entrer à l’université. Puis est venu son mariage. Puis, le retour à la scène en pointillé.

La musique est redevenue une source de plaisir, que ce soit lors de spectacles en solo ou de productions comme Le Noël des idoles, qui fera escale le 23 novembre à 20h, au Théâtre du Palais municipal de La Baie. Ses complices sont Tony Massarelli, Michèle Richard, Gilles Girard, l’ancien des Classels, ainsi que Patsy Gallant. «C’est le fun. On est comme une famille qui se veut du bien, puisqu’à nos âges, on n’a plus rien à se prouver», estime la chanteuse.

Gilles Girard, c’est le comique de la bande. Il la fait rire depuis l’époque du radio transistor. Quant à Michèle Richard, leur première rencontre remonte plus loin encore, quand les deux filles avaient 11 ans. «Je l’ai connue à l’émission de son père Ti-Blanc, qui était enregistrée à Sherbrooke. Elle m’avait montré toutes ses poupées», rapporte Jenny Rock avec un sourire dans la voix.

Thème oblige, elle interprète des airs des Fêtes comme Jingle Bell Rock et Sainte nuit, mais pas question de filer dans les coulisses sans avoir repris Douliou Douliou Saint-Tropez. Et ça tombe bien, puisque le bonheur ressenti par les fans est aussi le sien. «Rendue à un certain âge, c’est juste du plaisir, même quand on refait les mêmes pièces. Ça procure de la joie aux gens. Ils assoient leurs souvenirs à eux sur la chanson», fait valoir la septuagénaire, qui réside aujourd’hui à Longueuil.