Originaire de Trois-Rivières, Gaël Chiarello a été arrêté et détenu en marge d’une manifestation visant à dénoncer le G7 à Québec.

«J’ai été un prisonnier politique»

TROIS-RIVIÈRES — «J’ai été arrêté pour des raisons politiques. Bien que je n’ai pas été torturé ou quoi que ce soit, mon arrestation était politique et j’ai été un prisonnier politique». C’est en ces termes clairs et convaincus que Gaël Chiarello résume l’expérience qu’il a connue au cours des derniers jours. Ce militant anti-capitaliste originaire de Trois-Rivières a été arrêté et détenu, au même titre que douze autres personnes, alors qu’il prenait part à une manifestation à Québec, organisée pour dénoncer la tenue du G7 dans Charlevoix.

L’étudiant, qui habite maintenant dans la région de Montréal pour ses études en philosophie, a en effet été détenu à la prison d’Orsainville pendant près de 100 heures, après avoir été arrêté vendredi midi. Une arrestation qu’il dénonce aujourd’hui, même s’il se dit prêt à respecter toutes les conditions que la Cour lui impose en attendant la tenue de son procès pour attroupement illégal.

Gaël se trouvait en marge d’une manifestation qui venait d’être déclarée illégale lorsqu’il a été pris en souricière entre des policiers et un immeuble, raconte-t-il. «Ce qu’on nous a dit très clairement, c’est: vous avez le droit de parler, mais à partir du moment où vous criez trop fort, ou ce que vous dites ne nous plaît pas, on a aussi le droit de vous dire d’arrêter de parler. On a brimé notre liberté d’expression, et ensuite on a brimé notre liberté physique», constate le jeune homme.

Détenu pendant près de 100 heures, Gaël Chiarello estime que ses droits ont été bafoués, d’autant plus que la détention s’est poursuivie jusqu’à sa deuxième comparution pour, lui aurait-on dit, éviter tout risque de récidive. Or, les manifestations pour lesquelles on venait de l’accuser d’attroupement illégal étaient terminées, ce qui ne justifiait pas, selon lui, qu’on plaide un risque de récidive. Un fait qui a aussi été relevé et dénoncé par Amnistie Internationale, qui avait dépêché des observateurs sur le terrain pour l’occasion.

Issu d’une famille très politisée et intéressée aux réalités sociales depuis longtemps déjà, Gaël Chiarello confie être devenu militant anti-capitaliste à la longue, à force de constater le mal-fonctionnement du système capitaliste et les inégalités qu’il engendre. D’abord comme étudiant, Gaël a voulu parfaire ses connaissances par la lecture, puis par des séances d’informations données, notamment, par des regroupements comme le RRAG7, qui est à l’origine de l’organisation de certaines manifestations tenues à Québec. C’est d’ailleurs pour son indignation pour le symbole que représentait le sommet du G7 qu’il a choisi de se rendre à Québec pour manifester, pacifiquement, assure-t-il.

L’étudiant explique être motivé par deux points majeurs, soit la «non-place actuelle du citoyen dans l’espace de décision publique», mais aussi le manque d’équité et de justice sociale. «C’est un clou sur lequel le néo-libéralisme cogne, et le G7 ne fait que cogner toujours plus fort. Le G7 lui-même est possiblement le regroupement le plus fort qui représente cette oppression sociale-là, la continuité du racisme, du sexisme, de la destruction de l’environnement, et les écarts toujours plus grands entre les classes sociales», mentionne Gaël Chiarello, qui estime qu’il est de son devoir social que de sortir dans la rue et de réclamer du changement.

«Je n’ai pas le choix de dire que mon sacrifice individuel d’aller militer, de prendre le risque de peut-être être frappé par un policier, d’être arrêté et d’avoir une charge criminelle, j’ai ce devoir-là d’aller dans la rue. C’est un devoir socialement de le faire pour ceux qui nous entourent», martèle-t-il. Un ami qui l’accompagne, et qui a préféré garder l’anonymat, renchérit que ce n’est pas de gaieté de cœur que les militants et militantes se rendent manifester, mais davantage un passage obligé vers le changement. Les deux amis prônent d’ailleurs davantage une vision sociale basée sur le communautarisme, mais revendiquent avant tout que le peuple puisse décider par lui-même et pour lui-même du système politique qu’il souhaite adopter, plutôt que de se le faire imposer par le 1% des plus riches de la planète.

À ce sujet, Gaël est catégorique: la présence policière massive à Québec la fin de semaine dernière est un indice clair de l’extrême faiblesse du système capitaliste. «Si on a besoin de mettre 600 M$ dans la sécurité, et ce, à chaque fois, ça témoigne d’une extrême faiblesse du système. Le 1% a besoin de se protéger avec des millions de dollars contre 1000 manifestants et manifestantes, de faire une campagne de peur, de dire que la ville va être mise à feu et à sang. Il n’y a eu aucune vitre brisée, et toutes les manifestations se sont déroulées pacifiquement. Ce n’était pas pour la sécurité des citoyens, ils ont placardé eux-mêmes leurs vitres. La Ville de Québec a protégé le 1%», constate Gaël.

Quant aux arrestations survenues et aux conditions imposées par la Cour, les deux militants soulignent à quel point ces conditions visent d’abord à décourager les militantes et militants, mais aussi à mener vers la désorganisation des mouvements de mobilisation. Gaël Chiarello insiste pour sa part sur le fait qu’il respectera les conditions qui lui ont été dictées par la Cour, dont celle de garder la paix, de ne pas entrer en contact avec ses codétenus et même de ne plus se trouver ou même passer par le territoire judiciaire de Québec. Mais il n’arrêtera pas de militer pour ses convictions.

«Le jour où il va y avoir l’égalité entre les sexes, entre toute personne de toute couleur et de toute origine, le jour où une personne qui n’est pas capable de vivre dans son pays aura le droit de venir chez moi et de ne pas m’être nécessairement redevable, le jour où on va commencer à s’organiser tous ensemble, à parler et commencer à avoir des réels liens sociaux pas détruits par l’économie, je vais peut-être considérer m’asseoir chez moi tranquillement», conclut-il.