La députée de Verdun Isabelle Melançon est de passage cette semaine dans la région alors que se déroule le caucus présessionnel du Parti libéral du Québec au Domaine Château-Bromont, jusqu’à jeudi. Elle a profité d’un arrêt dans les locaux de La Voix de l’Est pour revenir sur la Commission parlementaire sur l’avenir des médias et sur les mesures à mettre en place pour soutenir le journalisme.

Isabelle Melançon de passage à La Voix de l'Est: « On a perdu un an pour aider les médias »

Le temps presse pour soutenir les médias d’information, mais diverses solutions existent. La députée de Verdun Isabelle Melançon est de passage cette semaine dans la région alors que se déroule le caucus présessionnel du Parti libéral du Québec au Domaine Château-Bromont, jusqu’à jeudi. Elle a profité d’un arrêt dans les locaux de La Voix de l’Est pour revenir sur la Commission parlementaire sur l’avenir des médias et sur les mesures à mettre en place pour soutenir le journalisme.

Le fait que les déboires de Groupe Capitales Médias aient été dévoilés au grand jour à peine une semaine avant le début des travaux de la commission parlementaire a permis au gouvernement de saisir « toute la mesure de la crise, de ce qui doit être fait, mais aussi de ce qui a été fait et des leçons qu’il faut en tirer », estime Mme Melançon. « Une commission comme celle qu’on a tenue, c’est transpartisan, tout le monde travaille ensemble, poursuit-elle. Il ne faut pas commencer à se diviser politiquement quand il est question de la survie des médias du Québec. »

La porte-parole de l’opposition officielle en matière de culture et de communications s’est néanmoins montrée particulièrement critique à l’endroit de sa vis-à-vis au gouvernement, qu’elle a qualifiée « d’absente » dans le débat. « Quand la ministre [NDLR : Nathalie Roy] s’est dite surprise de connaître la situation des journaux de Groupe Capitales Médias, quand il a été annoncé qu’ils étaient au bord de la faillite, je n’en revenais pas. Moi je le savais que ça n’allait pas bien depuis plusieurs mois, certains médias en avaient parlé », note-t-elle.

« Tout de suite, j’ai dit qu’il ne fallait pas laisser ces journaux fermer, sinon ils ne rouvriraient jamais. C’est auprès du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, que j’ai eu de l’écoute. Il a entendu mon appel alors que la ministre Roy a dit qu’il était hors de question de ‘‘garrocher’’ de l’argent », renchérit-elle.

« La ministre doit agir »

L’ancienne ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques sous le règne de Philippe Couillard estime que « ça nous prend un pilote dans l’avion. La ministre doit sortir de son mutisme et agir » avant que des médias ne disparaissent.

« Ça fait un an que le gouvernement est en place : rien n’a été fait dans la dernière année. On a perdu un an pour aider les médias », a-t-elle déploré.

En mai dernier, Mme Melançon fut l’instigatrice d’une motion sur l’exemplarité de l’État dans les investissements publicitaires dans les médias locaux, visant à soutenir financièrement les producteurs d’information. « Ça aurait dû être facile, dit-elle. Je m’attendais à ce que la ministre, dès le lendemain, envoie une directive pour que tout le monde passe à l’action. Mais quand j’ai su que rien n’avait été fait, en commission parlementaire, ça m’a glacé le sang. Il n’y a personne en charge. »

La députée souhaite de tout cœur que les journaux de Groupe Capitales Médias — sur le respirateur artificiel jusqu’à la mi-novembre grâce à une aide d’urgence de 5 millions de dollars consentie par le gouvernement du Québec —, et d’autres médias dans la province, tiennent bon jusqu’à l’octroi de crédits d’impôt sur la masse salariale des médias, une mesure qui semble préconisée au terme de la commission parlementaire et qui pourrait être annoncée lors d’une mise à jour économique, début décembre.

« Mais ça prend un plan global, car il faut protéger la diversité des voix », réitère-t-elle.

Mettre la pression sur Ottawa

Mme Melançon rappelle que le précédent gouvernement, formé par le Parti libéral, a eu l’audace d’imposer la TVQ à Netflix. Elle souhaite maintenant qu’Ottawa emboîte le pas et somme le gouvernement provincial de faire pression afin que le Canada suive les traces de la France et de la Norvège, par exemple, en taxant les géants du Web.

La campagne électorale fédérale, qui doit être déclenchée d’un jour à l’autre, représente le prétexte parfait pour insister auprès des partis politiques fédéraux. « Notre parti a déjà fait la liste de ses attentes et notre deuxième demande concerne une taxe sur les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon et cie) », dit-elle.

« Sinon, allons chercher nous-mêmes les cinq points de la TPQ qui traînent, propose-t-elle. Si on les applique à Netflix seulement, c’est 40 millions $ de plus. »

Par ailleurs, l’élue s’est dite particulièrement séduite par la proposition mise de l’avant par l’Association des journalistes indépendants du Québec, qui inclurait les journalistes et les artisans de l’information dans la Loi sur le statut de l’artiste. « Cette idée, je l’embrasse ! lance-t-elle. On avait prévu ouvrir les lois ; profitons de cette brèche pour créer un parapluie pour les journalistes et mieux les protéger. »

Mme Melançon est aussi d’avis que des représentations doivent être faites à Ottawa pour inclure le travail journalistique dans la Loi sur les droits d’auteur. « Il faut arrêter de se dire que parce que c’est une compétence fédérale, qu’on ne peut rien y faire. Que la ministre prenne le bâton, qu’elle aille à Ottawa pour nous. »

Automne chargé

Le caucus présessionnel du PLQ donnera l’occasion aux différents députés du parti de se préparer en vue de la session parlementaire qui débutera la semaine prochaine à Québec. « Être l’opposition officielle, ce n’est pas s’opposer systématiquement, c’est amener des idées sensées dans le débat pour améliorer les projets de loi et en faire les meilleurs projets possible, explique Mme Melançon. Différents projets de loi sont sur la table, mais nous, contrairement à de nombreux membres du gouvernement, avons l’expérience des travaux parlementaires. »

Le parti travaillera aussi à l’élection d’un candidat libéral dans la circonscription de Jean-Talon, à Québec, récemment délaissée par son collègue Sébastien Proulx. « Il a choisi sa famille. Je respecte ça. C’est à nous de trouver la meilleure personne pour prendre sa place », commente la députée, néanmoins surprise du départ de son confrère.

Enfin, les libéraux seront dirigés dans les prochains mois par un nouveau chef, alors que la course au leadership du parti s’amorcera officiellement en novembre. Comme officier de son parti, Mme Melançon doit demeurer neutre et ne pas soutenir un candidat. Cependant, le fait que deux femmes aient annoncé leur candidature — les députées Dominique Anglade et Marwah Rizqy — la réjouit en tant que féministe. « On est en 2019, et je pense qu’il faut voir le monde avec les lunettes de 2019, indique-t-elle. Je suis ravie de voir l’intérêt des femmes en politique [...]. »