Les étudiants de l'UQTR ont manifesté leur mécontentement.

Inquiétudes et colère chez les étudiants

Trois-Rivières — Après avoir négocié intensivement tout le week-end avec le Syndicat des professeur(e)s, l’Université du Québec à Trois-Rivières a indiqué que les négociations se sont poursuivies lundi. Rappelons que le plancher d’emploi de même que l’imposition d’un cinquième cours aux professeurs sont les principaux enjeux qui achoppent entre les deux parties.

En attendant, les inquiétudes se multiplient chez les 14 000 étudiants de l’établissement. Lundi matin, les étudiants ont tenu un rassemblement devant l’entrée principale du campus auquel plusieurs professeurs ont assisté de même que plusieurs enseignants du réseau collégial venus en appui.

L’UQTR a indiqué au Nouvelliste qu’elle a accepté de rencontrer les étudiants, lundi après-midi, à la demande de l’Association générale des étudiants.

Les organisateurs de la manifestation étudiante ont fait valoir que la situation qui prévaut présentement «témoigne d’une problématique beaucoup plus profonde que le redressement des finances à l’Université. Les universités du Québec doivent jongler avec des restrictions budgétaires monstres. On leur demande de faire plus avec moins. On marchandise l’éducation, au Québec, et, maintenant, on nous prend en otage. C’est inacceptable», a fait valoir Valérie Deschamps, membre du groupe de cinq étudiants qui ont organisé la manifestation de lundi.

Notons qu’une lettre signée par 369 personnes sera été envoyée à la direction de l’Université demandant la fin immédiate du lock-out. Les étudiants vont aussi déposer une pétition signée par plus de 2000 citoyens de partout au Québec. Ils sont aussi en train de monter un document qui illustrera les conséquences du lock-out sur les différents programmes.

Les étudiants sont en effet ceux qui sont le plus pénalisés par cette décision de la direction, à commencer par les étudiants internationaux.

Mohamed-Ali Hadji, de Tunisie, qui vient de terminer un MBA en gestion des entreprises, comme ses collègues de l’étranger venus étudier à l’UQTR, a un permis d’études du gouvernement qui n’est valide que pour la période des études. Dans son cas, il doit obtenir son diplôme au plus tard le 30 août 2018. «Si je n’arrive pas à avoir ça, j’ai un problème avec l’administration de l’immigration canadienne», explique-t-il. «Je viens de finir mon mémoire et je suis en attente de mon dépôt.»

«On paie quatre fois plus cher que les étudiants québécois, soit 6000 $ par session. Nos parents investissent gros dans ce projet et on travaille fort. J’ai rempli toutes les exigences vis-à-vis l’Université. Avec le lock-out, toute ma situation est bloquée actuellement», déplore-t-il. «Pour nous, c’est le blackout.»

Si les professeurs ne livrent pas les résultats, «c’est le blocage total» indique Assila Nawfel du Maroc, étudiant en marketing qui n’a plus d’argent pour prolonger indéfiniment son séjour au Québec sans devoir travailler à plein temps. Or, le permis d’étude du gouvernement canadien ne le lui permet pas.

Le Nouvelliste a aussi rencontré deux finissants chinois dont le permis d’études se terminera aussi fin août. L’un d’eux devra retourner dans son pays sans diplôme si rien ne se règle à temps.

Une pétition circule d’ailleurs parmi les étudiants internationaux. «On implore, comme tous les étudiants de l’Université, le conseil d’administration de lever ce lock-out», indique M. Nawfel.

Shweta Todkar, qui est venue de l’Inde pour réaliser son rêve d’étudier dans une université canadienne, un geste difficile à poser pour une femme dans son pays précise-t-elle, est infirmière et étudie en sciences biomédicales pour la deuxième année. Les retards occasionnés vont l’obliger à prolonger ses études. Elle avait une bourse de 50 000 $ pour venir étudier ici. Elle devra en demander une autre.

Lyne Cloutier, professeure au département des sciences infirmières, compte à elle seule 167 étudiants qui attendent leurs notes de session d’hiver. «J’en avais 130 d’inscrits pour un cours qui ne se donne que l’été. Ils se désinscrivent à la vitesse de l’éclair. Ils devront attendre à l’été prochain pour reprendre le cours, ce qui va avoir un impact sur leur capacité à avoir un poste dans la pratique», dit-elle.

La professeure Cloutier prévoit une perturbation dans les stages aussi puisqu’il sera impossible d’en doubler la capacité d’accueil. Il n’y aura en effet pas plus de bébés ni de personnes aux soins palliatifs pour accommoder les étudiants-stagiaires retardés par le lock-out, fait-elle valoir.

Lysandre Lauzon, étudiante à la maîtrise en orthophonie, indique que dans son programme, une session d’été de 10 crédits est obligatoire. Seulement trois sont maintenus. «Tout est suspendu», dit-elle, inquiète de savoir comment tout cela s’articulera après le lock-out. «Ce sont déjà des impacts irréparables. Plus on attend, plus les impacts sont grands», dit-elle.

Synda Ben Affana, professeure au département des lettres et communication sociale et directrice du comité de programme de premier cycle, indique qu’elle se sent comme une personne qui courait un marathon et qui se fait arrêter subitement. Ce marathon, c’est le travail intense de fin de session qu’elle ne peut plus faire, une situation qui affecte le moral.

Le Regroupement des étudiants en sciences de l’environnement a écrit au conseil d’administration de l’UQTR, le 4 mai, pour demander lui aussi la levée immédiate du lock-out et en énumérant tous les impacts de ce geste pour le mois de mai: annulation de séminaires et d’ateliers de travail de même que l’annulation d’une école internationale sur l’écologie du fleuve Saint-Laurent et d’un colloque du Groupe de recherche sur les interactions des bassins versants-écosystèmes aquatiques.

Les candidats de Québec Solidaire, Valérie Delage et Steven Roy Cullen étaient présents à l’UQTR, lundi, pour appuyer les étudiants.