Pierre Duguay va porter plainte, car il estime que le décès de sa mère a été causé par un manque d’encadrement du personnel hospitalier.

«Ils m'ont volé ma mère»

TROIS-RIVIÈRES — Les proches de Juliette Fauché sont en colère. La dame est décédée le 16 mai dernier des suites d’une chute subie au centre hospitalier de Trois-Rivières dix jours plus tôt. Alors que s’amorce son deuil, le fils de Mme Fauché, Pierre Duguay, dénonce vivement le manque de sécurité qu’il estime être à l’origine de la mort de sa mère. Il entend d’ailleurs déposer formellement une plainte.

«Elle est allée à l’hôpital par prévention. Et ils ont tué ma mère», dénonce vivement et avec émotion Pierre Duguay, le fils de Juliette Fauché.

Quelques jours avant sa chute, soit le 3 mai, Juliette Fauché a été admise au centre hospitalier pour du sang dans les selles. Il s’agissait, selon Pierre Duguay, d’une admission par mesure préventive. Après avoir mené des examens, les médecins ont déterminé que cela n’était pas une situation alarmante.

Trois jours plus tard, Juliette Fauché a chuté de son lit d’une chambre du 5e étage de l’établissement de santé. En essayant de se relever, elle aurait agrippé un poteau pour les solutés qui était à côté de son lit même s’il n’était pas utilisé. Fixé sur des roulettes, le poteau ne pouvait bien sûr pas la retenir. Les barres de sécurité n’étaient pas montées. Mme Fauché est alors tombée sur le sol, s’infligeant des blessures sur le côté gauche de son corps.

D’importantes ecchymoses se sont formées sur son corps, notamment sur son visage. Son bras gauche était aussi enflé. «Personne ne nous a avertis qu’elle était tombée. Nous l’avons découvert en allant la visiter le lendemain», soutient Pierre Duguay. «Et ils nous ont dit que c’était de notre faute, parce que nous n’avions pas demandé les barrières pour le lit. C’était à nous de le demander et de remplir un formulaire.»

Juliette Fauché est décédée dix jours après avoir chuté de son lit d’une chambre du centre hospitalier de Trois-Rivières. Sa chute lui avait laissé des ecchymoses notamment au visage.

Cette demande d’installer les barres de sécurité sur le lit a donc été faite par la famille. Toutefois, cette demande ne concernait que le soir et la nuit. Pierre Duguay était alors hors de lui, car il croyait que les barres de sécurité étaient montées en tout temps.

«On nous disait que c’était souvent plus dangereux de mettre les gardes de sécurité parce que les personnes se débattent et veulent sortir. Mais ma mère était lucide», tonne M. Duguay. «Elle voulait les avoir pour sa sécurité. Ç’a été de la bataille constamment.»

M. Duguay affirme qu’après la chute, sa mère était terrorisée à l’idée de s’endormir et de retomber au sol. La souffrance physique était alors si intense que Juliette Fauché a demandé à un de ses fils si elle pouvait en finir, indique M. Duguay.

Dix jours après s’être infligé des blessures en tombant de son lit, Juliette Fauché s’est éteinte. C’était dans la nuit du 16 mai et elle avait 76 ans. «Ils m’ont volé ma mère. Je mangeais tous les matins avec elle. C’est très dur à vivre», confie M. Duguay.

La famille de Juliette Duguay va déposer une plainte formelle. Les fils de Mme Duguay estiment que les soins donnés à leur mère n’ont pas été adéquats. «Il y a toujours des excuses, comme: ‘‘on est débordé, on a trop d’ouvrage’’. Mais si ce n’est pas la faute à quelqu’un, il faut changer la loi.»

Respecter la dignité et l’autonomie des patients
Le Centre intégré universitaire de santé et de service sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) a brièvement réagi jeudi. Valérie Provencher, agente d’information pour le CIUSSS, explique que tout le soutien nécessaire a été offert aux proches de Mme Fauché. «Nous sommes au fait de leur insatisfaction. Nous avons pris le temps de bien donner toute l’information à la famille», a-t-elle souligné. «Mais par souci de confidentialité des informations personnelles des patients, nous ne transmettons pas d’informations additionnelles.»

Toutefois, questionnée au sujet des règles encadrant l’utilisation des gardes de sécurité dans les lits, la porte-parole du CIUSSS MCQ indique qu’il s’agit bien d’une mesure de contention. Elle précise que pour respecter la dignité et l’autonomie des patients, les gardes sur les lits ne sont utilisés que lorsque le personnel soignant détermine qu’ils sont justifiés par des raisons médicales.