Nathan Choinière, qui s’identifie comme une personne queer, affirme s’être senti humilié et intimidé en se voyant refuser le droit de se présenter à son bal de finissants en robe, l’an dernier.

Il voulait aller à son bal en robe [VIDÉO]

Un an plus tard, Nathan Choinière digère toujours mal de s’être vu refuser le droit de se présenter en robe à son bal de finissants. L’ancien élève de l’école secondaire du Verbe Divin, à Granby, espère que son cri du coeur fera en sorte qu’aucun autre élève dans sa situation ne vive une telle injustice.

« Je me suis senti exclu sur la base de mon identité de genre et de mon choix vestimentaire, clame le jeune adulte de 18 ans, dans une vidéo de près de cinq minutes publiée sur Facebook, dimanche, et partagée plus de 200 fois. Il s’agit d’intimidation sociale ainsi que de discrimination. »

M. Choinière, qui s’identifie comme queer, raconte avoir été convoqué par la direction de l’école, l’an dernier, pour se faire informer qu’il ne pourrait pas se présenter à son bal de cinquième secondaire vêtu d’une robe, comme il en avait l’intention. « Dès le début de la rencontre, le directeur m’a expliqué qu’il avait déjà son opinion sur le sujet [...] À mon sens, il voulait me faire savoir que je n’avais pas ma place », raconte le Farnhamien, qui avait pourtant pris l’habitude de se présenter en classe maquillé et chaussé de talons hauts.

« Il m’a dit que les parents ne payaient pas pour voir un homme habillé en femme, que ça allait déranger ou provoquer, poursuit-il. Je n’allais pas là pour provoquer, mais pour être la personne que j’ai toujours été. »

L’élève aurait été confronté à deux options, soit de ne pas se présenter au bal ou d’y aller vêtu « normalement », donc en habit. Il a passé son tour. « J’aurais préféré être plus à l’aise avec mon corps et moi-même. Me résigner à y aller autrement allait contre mes valeurs de liberté et de respect de soi », lâche celui qui étudie maintenant au Cégep de Jonquière.

La déception était d’autant plus grande que, comme de nombreux adolescents de son âge, il attendait avec impatience cette célébration marquant la fin d’un chapitre.

« J’ai l’impression que mes droits ont été bafoués », note celui qui avait finalement célébré la fin de ses études secondaires avec une amie, au Collège Mont-Sacré-Coeur.

Selon Jean Striganuk, la direction de l’école du Verbe Divin a toujours fait preuve d’ouverture à l’endroit de ses élèves membres de la communauté LGBTQ2+. Il soutient que Nathan souhaitait offrir une prestation de drag queen à son bal de finissants.

« Du spectacle »

Interpellé par La Voix de l’Est, le directeur général de l’École secondaire du Verbe Divin, Jean Striganuk, a tenu à remettre les pendules à l’heure.

« Ce n’est pas le fait qu’un élève porte une robe ou un tailleur qui nous a dérangés. C’est le fait que Nathan voulait personnifier son personnage de drag queen. Il m’a dit qu’il voulait [proclamer] le droit des drag queens. Un bal de finissants, ce n’est pas la place pour ça. On lui a suggéré de le faire à l’après-bal, qui est organisé par des élèves », dit-il.

« Ce qui a été dit, c’est que les gens ne payaient pas pour voir un spectacle de drag queens, qu’il y’avait des endroits pour ça », poursuit-il.

Nathan Choinière reconnaît avoir eu l’intention d’offrir une prestation en drag queen a priori, mais après avoir compris que la direction de l’école privée n’était pas chaude à l’idée, il était prêt à la laisser tomber. « Mais j’aurais voulu pouvoir aller à mon bal vêtu comme je le voulais », a-t-il réitéré lors d’une entrevue avec La Voix de l’Est, mardi.

Sa tenue aurait respecté le code vestimentaire imposé par l’école, ajoute-t-il, puisque des éducatrices spécialisées du Verbe Divin l’avaient aidé à la choisir. « Il y a pourtant des filles à l’école qui ne le respectaient pas », déplore-t-il.

Ouverture

Le directeur a par ailleurs fait parvenir au journal une copie d’une lettre envoyée en juin 2018 à tous les parents d’élèves concernant le bal de finissants. « Nous vous rappelons que le bal est organisé par l’école et nous demandons aux participants de respecter le code de vie et vestimentaire de celle-ci. Advenant qu’un élève se présente de façon non conforme et de façon trop excentrique, il pourrait être refusé lors de la soirée et serait invité à aller se changer », peut-on y lire.

Selon M. Striganuk, la direction de l’école a toujours fait preuve d’ouverture à l’endroit de ses élèves membres de la communauté LGBTQ2+, qui recevaient régulièrement la visite de l’organisme Divers-Gens, dédié à l’entraide et à la sensibilisation à ces enjeux en Haute-Yamaska. « Il y a une différence entre changer de genre et se donner en spectacle », nuance-t-il.

Le directeur affirme avoir tenté de rencontrer les parents de l’élève pour connaître sa situation et pour dénouer l’impasse, mais il aurait essuyé un refus.

Peur et manque de confiance

« Qui est-il pour juger de la transition de quelqu’un ? », demande Pal Green, qui était, au moment des faits, responsable de la coordination des activités de Divers-Gens.

La situation est toujours source de colère pour la personne intervenante, qui estime que l’école a manqué d’ouverture dans le cas de Nathan Choinière. « Je pense que la direction avait peur. [...] Je pense aussi que c’est la démonstration d’un manque de confiance envers Nathan, qui a répété plusieurs fois que ce n’était pas son intention de provoquer. »

Selon Pal Green, ce ne sont pas toutes les personnes queer qui ressentent le besoin d’entamer une transition complète, mais elles peuvent et ont le droit de ressentir « le besoin inné d’exprimer l’étendue du spectre du genre humain, tant dans la masculinité que dans la féminité, et dans des proportions propres à chacun. M Striganuk semble considérer la transitude de façon très binaire ».

« C’est très restreint comme façon de penser, renchérit le principal intéressé. M. Striganuk a l’air de croire qu’il y a des gars, des filles et des personnes trans, mais rien entre. Je ne me suis pas senti compris. Même si je ne suis pas trans et que je ne suis pas en transition, je suis quand même valide dans qui je suis. »

Précédent

S’il a mis près d’un an avant de diffuser une vidéo pour parler de son expérience, c’est parce qu’il lui a fallu du temps pour prendre conscience de la gravité de celle-ci et qu’il a voulu étoffer son propos de différents faits, souligne le jeune homme, qui a consulté la Commission des droits de la personne et qui présente des extraits de la Charte canadienne des droits et libertés de la personne pour appuyer ses dires.

Il craint aussi que d’autres élèves de la communauté LGBTQ2+ ne vivent la même mauvaise expérience, c’est pourquoi sa vidéo vise à sensibiliser les gens en plus de dénoncer la situation. « L’école m’a expliqué que si un futur élève souhaitait se présenter en robe, que la situation allait être gérée de la même façon. Je trouve injuste qu’un autre élève pourrait avoir à passer par le même chemin que moi », allègue Nathan Choinière, qui dit avoir reçu plusieurs témoignages et encouragements depuis la diffusion de sa vidéo.

Jean Striganuk assure que ce ne sera pas le cas. « Si un élève masculin ou féminin est en processus de changement de genre, nous allons l’accompagner comme nous l’avons fait l’an dernier pour une de nos élèves », dit-il.