Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a servi de guide au patron d’Hydro-Québec, Éric Martel, qui est venu constater les dégâts causés par la crue printanière à Gatineau.

Hydro-Québec se pose «beaucoup de questions»

Il y a eu la tornade à Gatineau, les vents qui ont causé une panne d’électricité majeure aux Îles-de-la-Madeleine, le verglas dans la grande région de Montréal, et maintenant les inondations qui frappent de nombreuses régions du Québec. Tout ça en huit mois. Pour le grand patron d’Hydro-Québec, Éric Martel, cela soulève « beaucoup de questions sur les changements climatiques » et sur les solutions à envisager pour mieux faire face à de telles catastrophes.

Le Droit a pu s’entretenir jeudi avec le président-directeur général d’Hydro Québec, quelques heures avant que l’alerte ne soit lancée quant à la possibilité de rupture du barrage de Grenville-sur-laRouge.

M. Martel s’est arrêté à Gatineau pour constater, en compagnie du maire Maxime Pedneaud-Jobin, l’ampleur des inondations qui frappent l’Outaouais.

« Ce sont des situations qui sont difficiles. Je regarde les gens ici, c’est vraiment triste », a-t-il mentionné en observant la scène de désolation sur la rue Saint-Louis, dans le quartier durement touché de Pointe-Gatineau.

Éric Martel s’est dit convaincu que la société d’État gère actuellement du mieux qu’elle le peut l’apport d’eau sur les rivières du Québec.

« Minimiser l’impact »

« C’est un peu un métier, chez Hydro, de gérer l’eau, et on a toujours en tête de minimiser l’impact chez les riverains, assure-t-il. […] Ce ne sera jamais une question [de production] d’électricité. »

M. Martel rappelle toutefois qu’Hydro-Québec ne contrôle pas toute l’eau. « Dame Nature est plus forte que nous, souligne-t-il. Il y a des choses qu’on ne peut pas contrôler. »

N’empêche qu’avec les catastrophes naturelles qui se font de plus en plus fréquentes, une analyse approfondie des solutions à envisager pour en minimiser les conséquences sur la population s’impose, affirme M. Martel.

« C’est clair qu’à Hydro-Québec, présentement, on se pose beaucoup de questions sur les changements climatiques, assure-t-il. […] On est en train de faire face à des changements climatiques qui nous mettent à l’épreuve plus souvent que ce à quoi on s’attendait avant. »

Pour répondre aux questions qu’elle se pose, la société d’État souhaite notamment évaluer si la construction de nouveaux réservoirs ou de barrages pourrait avoir un effet positif lors de crues printanières exceptionnelles.

Pour l’eau s’écoulant vers l’Outaouais, le grand patron d’Hydro-Québec a fait savoir que le réservoir Baskatong, situé au nord de Maniwaki, était rempli jeudi matin à 18 % de sa capacité. « On a encore de la marge de manœuvre, au moins pour retenir ce qui arriver du nord […], mais à un certain moment, quand il va être plein, on ne pourra plus rien faire », a-t-il expliqué.

Barrage de Carillon

M. Martel a aussi visité le barrage de Carillon, sur la rivière des Outaouais, plus tôt jeudi. « Il y avait beaucoup d’eau. En fait, on a battu le record de 1976 une autre fois, a-t-il fait savoir. On n’a pas encore atteint le niveau de 2017, mais on s’en rapproche. »

Alors qu’il discutait avec un résident de Pointe-Gatineau qui remplissait des sacs de sable, Éric Martel a dû expliquer qu’Hydro-Québec « ne peut pas » arrêter l’eau à la centrale de Carillon. « Si on arrête l’eau et qu’on ferme les vannes, ça va passer de toute façon par-dessus le barrage en quelques minutes, puis on aura juste créer un problème en amont », a-t-il indiqué.

Le président-directeur général d’Hydro-Québec note qu’après les inondations de 2017, « beaucoup de travail » a été fait pour expliquer le fonctionnement du réseau et les limites d’intervention de la société d’État.

Les représentants de la société d’État doivent tout de même relayer ces mêmes messages depuis le début de la présente crue.

Quant au citoyen avec qui M. Martel s’est entretenu jeudi à Gatineau, il a confié n’avoir « pas du tout » été convaincu par les arguments que lui a présentés le grand patron d’Hydro-Québec.