Hélène Pedneault, l’âme de la bibliothèque de Jonquière

Si la dépouille d’Hélène Pedneault repose au cimetière de Shipshaw, depuis jeudi, son esprit réside à la bibliothèque municipale de Jonquière. Non seulement porte-t-elle le nom de l’écrivaine, mais son visage tel que représenté par le peintre Pascal Picard, ses livres, ainsi que des objets ayant balisé sa trop courte vie, témoignent du lien indissociable que vient de consacrer le conseil municipal de Saguenay.

Rappelons que le conseiller Jonathan Tremblay portait ce projet depuis le début de son premier mandat, dans la foulée des démarches initiées peu après le décès d’Hélène Pedneault, survenu en 2008. Ses premières tentatives avaient reçu un accueil glacial de la part de l’ex-maire Jean Tremblay, mais l’élu jonquiérois est revenu à la charge à la suite de l’élection de Josée Néron. Enthousiaste, celle-ci lui a confié le mandat de porter ce dossier, parallèlement à la remise à jour de la politique de nomination de la ville.

« Je suis heureuse de commémorer autant l’artiste que la femme et la militante. Elle a contribué à changer le monde, un petit pas à la fois », a souligné la mairesse au début de la cérémonie tenue en fin d’après-midi, dans la salle polyvalente de la bibliothèque Hélène-Pedneault. Elle a également salué le travail de son collègue, dont l’émotion était si vive qu’il a préféré lire un texte pour être certain de ne rien oublier.

S’exprimant devant plusieurs dizaines de personnes, parmi lesquelles on remarquait des artistes, des membres de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie, des représentants des médias, des élus de tous ordres, mais surtout, plein de membres du clan Pedneault, Jonathan Tremblay a fait écho à la personnalité d’Hélène Pedneault en décrivant la cérémonie qui venait de débuter. « Ce n’est pas du protocole. C’est une fête », a-t-il résumé.

De son côté, le député de Jonquière à l’Assemblée nationale, Sylvain Gaudreault, a fait ressortir trois lignes de force du parcours de la Jonquiéroise, soit le nationalisme, le féminisme et la littérature. Il a également adressé un coup de chapeau à la famille, en particulier au cadet, Sylvain, de même que ses soeurs Raymonde et Danielle : « Je ne peux pas imaginer comment vous vous sentez aujourd’hui. »

Pour en avoir une idée, il a suffi de voir le touchant hommage rendu par Sylvain Pedneault, d’abord par l’entremise d’un film, puis de vive voix. Plusieurs auront appris que sa soeur était passionnée par les sciences, et ce, bien avant d’écrire la pièce de théâtre La déposition, jouée dans plusieurs pays, de s’investir dans le journalisme et la création de spectacles, de pondre trois biographies de Clémence Desrochers, de même que des chansons et des essais où filtrait son goût prononcé pour l’engagement.

S’exprimant sous le regard bienveillant de sa soeur Hélène, Sylvain Pedneault a remercié le conseil municipal de Saguenay, jeudi, à la suite de sa décision de nommer la bibliothèque de Jonquière en son honneur.

« Avoir son nom sur une bibliothèque, il n’y a pas de plus grand honneur pour une écrivaine, a énoncé Sylvain Pedneault. C’est ainsi qu’Hélène revient à ses racines, près de l’église Saint-Dominique où elle a été baptisée, du Côté-Cour où elle a donné des spectacles, de la rivière et du bar Le Bock, ce lieu mythique qui a inspiré Plume. À l’automne 2008, elle m’avait demandé comment on faisait pour mourir. Je n’ai pas pu répondre, mais 11 ans plus tard, à la lumière de ce qui se passe aujourd’hui, je saurais quoi lui dire. »

Plusieurs ont profité de leur intervention pour faire ressortir la personnalité de la Jonquiéroise, tellement chaleureuse, un brin narquoise, dont le réseau d’amis et de connaissances aurait fait l’envie d’un chasseur de têtes. Celle qui a le mieux réussi à la cerner, jeudi, a été la chanteuse Sylvie Tremblay, originaire de Kénogami. Elle était accompagnée par Monique Fauteux, sa partenaire dans le spectacle Viens, on va se faciliter la vie, mis en scène par leur amie.

« À Montréal, tout le monde a travaillé sous l’égide d’Hélène Pedneault. On embarquait dans ses trips, ses spectacles souvent interminables », a rappelé Sylvie Tremblay.

« Qu’est-ce qu’on s’ennuie d’elle », a ajouté sa consoeur avant de s’installer au piano.

Les deux complices ont chanté leur version d’Inventaire, toute douce et chaudement applaudie. On croyait que leur participation se résumerait à cette interprétation, mais une surprise attendait l’assistance.

De retour à la tribune, le duo devait reprendre Du pain et des roses, le thème de la marche mondiale des femmes effectuée en 1995. C’est à ce moment que l’esprit d’Hélène Pedneault s’est manifesté par le truchement de Sylvie Tremblay, qui a invité le violoniste Bruno Chabot et la violoncelliste Annick Paquet à les rejoindre. « On va essayer de quoi parce qu’Hélène aimait ça. On va faire comme dans une répétition », a-t-elle annoncé.

C’est maintenant fait. Désormais, il faudra parler de la bibliothèque Hélène-Pedneault pour désigner l’édifice érigé par la Ville de Saguenay, à l’angle des rues Saint-Dominique et du Vieux-Pont. Parmi les personnes qui ont participé à la cérémonie tenue jeudi, afin de souligner cette désignation, on remarquait le député Sylvain Gaudreault, la mairesse Josée Néron, Sylvain Pedneault, Raymonde Pedneault, les conseillers municipaux Michel Thiffault et Jonathan Tremblay, Danielle Pedneault, le conseiller Kevin Armstrong et la directrice générale du Conseil des arts de Saguenay, Kathy Boucher.

Or, dès que les quatre artistes ont amorcé l’interprétation de la pièce, des gens se sont mis à fredonner, puis tout le monde, d’une voix de plus en plus forte. C’était une forme de communion et entre les notes, dans les microsilences, on a cru entendre une sorte de respiration qui ne devait rien à la musique, ni au texte. Le souffle d’une âme qui, doucement, prenait ses aises dans sa nouvelle maison.