Michelle Manseau
Michelle Manseau

Héberger un jeune dangereux sans le savoir

Gabriel Delisle
Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Le meurtre de Suzanne Desjardins, cette mère de Drummondville qui souhaitait que son fils subisse une évaluation psychiatrique avant qu’il commette vraisemblablement un matricide, replonge Michelle Manseau dans un profond sentiment d’inquiétude. La gestionnaire d’une ressource intermédiaire pour personnes autistes a aussi accueilli un garçon troublé ayant des problèmes de santé mentale sans qu’elle n’en soit informée par les services sociaux.

Ce n’est qu’après son arrestation par les policiers tout juste avant de commettre un vol qualifié que Michelle Manseau, également éducatrice spécialisée, a découvert que son jeune pensionnaire cachait de multiples armes dans sa chambre. 

«Les intervenants [des services sociaux] ne m’ont jamais dit que ce jeune avait des comportements de psychopathe», dénonce vivement l’éducatrice spécialisée gestionnaire d’une ressource intermédiaire. 

En mai 2019, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) demande à Michelle Manseau si elle souhaite accueillir Henri*, un nouveau pensionnaire de 18 ans, dans son milieu de vie accueillant alors très stable et comptant déjà cinq personnes. À ce moment, Henri est présenté comme un garçon attachant avec plein de potentiel.

«On me l’a décrit comme un gros nounours», affirme-t-elle. 

Henri est accueilli à bras ouverts dans sa nouvelle famille. Michelle Manseau le sent fragile et tente de lui donner un environnement sain en l’amenant avec elle et sa famille de trois enfants au chalet le week-end. Tout se passe en apparence bien, mais l’éducatrice spécialisée ne se doute pas de ce que le jeune homme planifie. 

Michelle Manseau a commencé à se douter que quelque chose n’allait pas chez Henri lorsqu’elle a rencontré la pédopsychiatre qui connaissait bien l’état psychiatrique du jeune homme de 18 ans. «J’ai senti qu’elle était préoccupée par le fait que j’avais ce jeune chez moi. Ça allait pourtant bien avec lui», note-t-elle.

Henri avait pourtant bien des comportements qui s’avèrent troublants lorsqu’on en connaît plus sur lui. Mme Manseau indique même que le jeune homme lui avait signifié qu’il voulait aller tuer une autre personne «un couteau de cuisine». «Mais il était tellement calme et doux que ce n’était pas clair», ajoute Mme Manseau.

Tout cela a déclenché une sonnette d’alarme chez Michelle Manseau. Elle a abordé la question avec les intervenants du CIUSSS MCQ, mais «ils ne disaient rien».

«Ils faisaient tout en catimini sans jamais me tenir au courant. Je ne savais pas que cette personne était violente comme ça», dénonce-t-elle. 

«Mais eux, ils le savent. Et ils mettent la sécurité de toute ma famille en danger.»

Lors du dernier week-end de Henri chez Michelle Manseau, les choses ont déboulé. Le jeune homme a d’abord volé le téléphone cellulaire du fils de Mme Manseau pour aller le vendre. Désorganisé à la suite du vol du téléphone, Henri est allé consulter à l’hôpital, mais il a été retourné à la maison. 

«Ils disaient qu’il n’était pas en crise, qu’il n’était pas dissocié. Il avait un diagnostic de schizophrénie, mais ce n’est pas dangereux en soi. Il ne consommait pas et c’était contrôlé. Il n’était pas en psychose», affirme l’éducatrice spécialisée. 

De retour à la maison, Henri a téléphoné à une personne à Magog pour lui faire des menaces de mort. Alertée par la police de Magog alors qu’elle n’était pas chez elle, Michelle Manseau apprend que Henri a quitté la résidence. «J’ai appelé les policiers de Trois-Rivières et soudain douze véhicules sont arrivés à la maison», se souvient-elle. 

Visiblement inquiets, les policiers patrouillaient dans le secteur à la recherche d’Henri. Il a avoué plus tard qu’il attendait dans un dépanneur pour le voler, mais qu’il y avait toujours des autopatrouilles dans le secteur. 

«Les policiers ne l’avaient pas fouillé avant d’arriver à la maison. Je lui ai demandé de vider ses poches devant eux et il a sorti son fusil, des poignards, une cagoule, des ‘’tie-wraps’’ et des gants», soutient Michelle Manseau, encore troublée par les événements. 

«Il a été conduit en psychiatrie, mais on m’a demandé de le réintégrer chez nous. Il n’en était pas question, même si ça me faisait de la peine.»

Il a été impossible d’obtenir les réactions du CIUSSS MCQ concernant les reproches de Michelle Manseau.

* nom fictif