Le spectacle de la fête nationale a réuni une pléiade de grands noms de la chanson québécoise.

Grand spectacle de la fête nationale: «Je suis fier de ce qu’on a fait»

TROIS-RIVIÈRES – S’il existe une émotion bien précise traduisant la mission accomplie, c’est ce que Jean-François Blais ressent ce matin. À la tête d’une très grosse production offerte malgré des conditions excessivement contraignantes, le réalisateur mauricien a livré la marchandise.

«Je peux dire que ç’a été intense, laissait-il entendre au lendemain de l’enregistrement réalisé le 22 juin. On a enregistré exactement comme s’il s’agissait d’un spectacle en direct, sans montage, alors, on a travaillé dans l’énergie du direct. Il n’y a que quelques séquences qui avaient été enregistrées au préalable qui ont été greffées. J’avoue que je n’avais pas pensé que ce serait aussi complexe à réaliser.»

Et ses impressions de l’ensemble? «C’est sûr qu’on entretient toujours un certain doute avant d’avoir les réactions du public mais je peux dire que je suis content. Je suis fier de ce qu’on a fait. Les animateurs sont eux aussi très heureux du produit final et j’ai reçu une caisse de mercis de la part des artistes. Ils m’ont à peu près tous dit qu’ils se considéraient chanceux d’en faire partie.»

Évidemment, les circonstances ont forcé à explorer d’autres zones que celles habituellement exploitées lors de pareils évènements en présence de foules énormes. «C’était important pour nous qu’il y ait un propos cette année, une ligne directrice, un message qui ressorte du spectacle, soutient Blais. Je pense que nous avons été très actuels dans ce propos, très ancrés dans la réalité que nous connaissons tous.»

«L’idée, c’était de se poser la question de ce que nous voulons faire ensemble du Québec au sortir de la crise. Où est-ce qu’on s’en va? Les grandes épreuves sont des occasions de se remettre en question et la fête nationale m’est apparue comme une belle occasion de se demander ce qu’on va faire du Québec d’après la pandémie. On savait que ce ne serait pas un spectacle essentiellement festif comme par le passé alors on l’a fait reposer sur un propos parfaitement assumé et réfléchi.»

Ce propos, il a commencé à se décliner avec Fred Pellerin qui a mis la table à cette idée de l’ancien monde et du nouveau qui pourrait venir après la COVID-19. «Nous avons vécu comme une sorte de fin du monde avec la pandémie et on a donc le privilège de refaire le monde sur de meilleures bases. Culturellement, mais aussi dans les paramètres du vivre ensemble. On a invité les gens à une réflexion individuelle et collective sur ce qu’on voudrait faire de notre Québec à venir pour qu’il nous ressemble et qu’il soit, comment dirais-je? plus humain.»

Pas étonnant, dès lors, que la chanson qui a été la pierre d’assise de tout son concept ait été Repartir à zéro de Joe Bocan. «C’est elle qui a guidé tout mon cheminement dans le spectacle et je trouve que c’est un excellent choix. Collectivement, on doit repartir à zéro et on peut le faire. C’est le temps de se remettre en question.»

Une autre chanson qui a marqué ce spectacle, aux yeux du concepteur, c’est Quand on ne saura plus chanter, une œuvre quelque peu obscure de Richard Séguin qui est arrivée en fin de spectacle. «L’idée de faire chanter Corneille, Élisapie, Gregory, Mélissa Bédard ou Lara Fabian, des gens qui sont Québécois mais qui portent des origines d’ailleurs, j’ai trouvé ça très touchant. C’est une chanson vraiment porteuse de quelque chose.»

L’émotion en premier

Le réalisateur a eu beau être absorbé par les complexes défis techniques de la réalisation, il n’en a pas moins été émus par certaines séquences. «Au terme de certains blocs, dans la régie, on se regardait en se disant : «Hey : ça marche!» J’ai eu des frissons sur les bras à plusieurs moments. Je le souhaitais et j’espère que le public aussi les a eus parce qu’on a travaillé fort pour que l’émotion passe.»

«Si je dois dire en quelques mots comment j’ai vu le spectacle, je dirais, comme je l’ai dit à Ariane et Pierre (Moffatt et Lapointe, les animateurs), que c’était un spectacle à grand déploiement mais intimiste. Un spectacle sobre appuyé par des aspects techniques grandioses comme l’éclairage et les projections visuelles. L’utilisation de drones, notamment, qui nous a permis de commencer un numéro avec un gros plan sur une interprète pour terminer la séquence avec une vue d’ensemble de tout le site sur le bord du fleuve, c’était assez extraordinaire. Mais en même temps, c’est resté un show de proximité. On a exploité autant que possible l’endroit : l’Amphithéâtre comme tel, la rivière Saint-Maurice, le fleuve avec, même, des vues aériennes de la ville de Trois-Rivières.»

Il n’a pas encore reçu les réactions du public mais il n’en a pas besoin pour savourer l’exceptionnelle satisfaction d’avoir mené ce projet à bien. «Maintenant que le spectacle est fait, l’émotion est à fleur de peau. Bien sûr, c’est un spectacle différent de ceux auxquels le public est habitué pour la fête nationale mais ça a pris tellement de travail pour en arriver à le monter malgré tout. Il y avait tellement de contraintes. Ça a exigé énormément de flexibilité mais tout autant de détermination et un front de bœuf. Une chance que je travaille en duo avec ma conjointe Isabelle, productrice au contenu. On s’est épaulés pendant tout le difficile processus.»

«En même temps, de poursuivre le Yamachichois, quand c’est facile, ce n’est pas aussi enrichissant. On a grandi à travers cette expérience extraordinaire. On a réussi à faire le spectacle, même sans public présent et je peux dire qu’on l’a bien fait. C’est un spectacle où il y en avait pour tous les goûts et nous avons été très attentifs au choix de chacune des chansons, à son contenu, et je pense que c’est ce qui a marqué le spectacle de la fête nationale de 2020.»