Le commissaire Gilles Courteau aimerait voir les trois ligues de hockey junior majeur du pays unir leurs forces pour ne former qu’un seul grand circuit canadien.

Gilles Courteau rêve d’une seule grande ligue

CHRONIQUE / Ce n’est pas un hasard si Gilles Courteau a amorcé sa tournée du 50e anniversaire à Shawinigan vendredi dernier. Les Cataractes forment la seule concession qui a résisté à l’usure du temps, et elle est même devenue un modèle pour les petits et moyens marchés de hockey junior à travers le pays.

En encensant les bénévoles qui ont tenu l’équipe à bout de bras pendant quatre décennies, puis les nouveaux actionnaires qui ont profité du Centre Gervais Auto pour la guider vers de nouveaux paramètres d’excellence, Courteau s’est permis de rêver tout haut. Le Trifluvien d’origine croit que dans cinq, 10, 15 ans, sa ligue sera encore plus solide qu’elle ne l’est actuellement. Et s’il n’en tient qu’à lui, elle se transformera en division d’une super ligue canadienne!

«Je pense qu’on s’en va rapidement vers plus de matchs intraligue. À moyen et long terme, je souhaite une ligue unique à trois divisions. Je pense que nous sommes rendus là.»

«Il y a une très forte demande pour ça. C’est vrai pour les amateurs, pour les commanditaires et pour la télévision. Les marchés de l’Ontario aimeraient voir Alexis Lafrenière en action. Nos marchés auraient bien aimé voir Connor McDavid. Il y a moyen d’aller chercher de nouveaux revenus avec ça, plutôt que de tous rester dans nos pantoufles», lance Courteau, qui se souvient de certains matchs d’étoiles épiques entre la LHJMQ et l’OHL par le passé. Rappelez-vous notamment de la confrontation Yanic Perreault-Éric Lindros au Forum de Montréal. Le Phénomène, comme le surnommait mon estimé confrère François Houde, avait mis Lindros dans sa petite poche! «C’était des vrais matchs. Les équipes ne mangeaient pas dans le même restaurant…», sourit Courteau.

Du boulot

À plus court terme, Courteau reconnaît que sa ligue a des dossiers un peu plus pressants. Il y a des franchises, par exemple, qui souffrent pas mal aux guichets cet automne. La ligue peut bien se vanter d’une augmentation globale de près de 2 % en octobre 2018 par rapport à 2017, reste que cette hausse provient uniquement de six marchés. Les 12 autres ont perdu des plumes! Avant les rencontres du week-end, pas moins de 57 matchs à travers la ligue ont été joués sous la barre des 2000 personnes. Un chiffre qui serait encore plus alarmant si les chiffres publiés ne tenaient compte que des gens présents dans les arénas. À Bathurst par exemple, où sont nichés les champions de la Coupe Memorial, neuf des 11 premiers matchs locaux sont sous les 2000. À Baie-Comeau, c’est encore plus triste: le Drakkar, qui se bat pour la tête du classement général, n’a joué qu’une seule fois devant plus de 2000 personnes et certains soirs, il y avait à peine 1300 âmes dans le centre Henry-Léonard…

«C’est préoccupant», admet-il «En même temps, il faut comprendre que nous sommes en période de transition dans certains marchés. À Boisbriand, l’Armada a perdu Joël Bouchard. À Drummondville, c’est Dominique Ducharme qui a gradué. À Bathurst, il y a beaucoup de changements après les championnats du printemps dernier. On vit ça chaque année, dans différents marchés…», ajoute Courteau, qui assure que toutes ses concessions sont cimentées dans leur milieu.

Ceux qui rêvent d’un retour des Draveurs à Trois-Rivières avec l’érection du nouveau Colisée sont mieux de s’armer de patience. «Rien ne laisse présager en ce moment le retour d’une équipe à Trois-Rivières. Nos équipes sont bien implantées, les gens qui les opèrent reconnaissent leur valeur dans leur région et ils ont à cœur leur développement. La plus belle preuve de ça, c’est que j’ai rencontré personnellement des équipes quand St. John, Terre-Neuve, a manifesté son désir de revenir dans la ligue (il y a deux ans). Non seulement personne n’était intéressé à vendre, mais les meetings n’ont jamais dépassé cinq minutes!»

Un calendrier à revoir

Le calendrier de la LHJMQ est comprimé sans bon sens. C’est un choix, la ligue ne veut pas commencer sa saison au début septembre, car les foules y sont moins nombreuses. Se priver de trois semaines oblige les équipes à jouer davantage en semaine, ce qui provoque certaines séquences un peu folles pour des joueurs qui, rappelons-le, ont aussi le mandat de réussir leurs études.

À mots couverts, il y a une grogne chez les hommes de hockey depuis quelques années. Grogne qui a pris de l’ampleur la semaine dernière quand Patrick Roy a décidé d’aller au bâton pour réclamer publiquement une réduction de calendrier.

Ça n’a pas surpris Gilles Courteau. Tôt ou tard, la ligue devra se pencher sur la problématique.

«On l’a vécu, commencer notre saison plus tôt, et ce n’est pas bon. Il fait encore beau en septembre, les gens n’ont pas la tête au hockey. En repoussant notre début de saison, on savait que l’on comprimait l’horaire. Pour éliminer des matchs en semaine, il n’y a pas de solution miracle, à part une réduction de calendrier», analyse Courteau, qui ne rejette pas la suggestion de Roy de passer de 68 à 60 matchs.

«C’est un message généralisé de la part de nos directeurs généraux et nos entraîneurs, mais il n’y a pas encore de volonté de la part du bureau des gouverneurs. Nous sommes partis de 72 à 70, puis de 70 à 68 matchs. Si on veut faire un pas de plus, nous sommes peut-être rendus à former un comité ou embaucher une firme externe pour évaluer la situation dans son ensemble. Il y a un exercice financier à faire, voir le coûtant de priver les équipes de quatre recettes aux guichets versus quatre matchs sur la route qui seraient éliminés. Probablement que ça permettrait de placer à 90 % nos matchs du jeudi au dimanche, et ainsi d’améliorer notre positionnement pour le dollar-loisir. Le timing n’est pas encore là pour un changement, mais on peut étudier la situation, en regardant aussi la charge de travail qu’on exige de nos meilleurs joueurs.»

Petite note en terminant sur l’appellation de la LHJMQ. En cette année de célébrations, il y a des gens dans les Maritimes qui aimeraient une refonte de ce côté. Oubliez ça! «Ça n’arrivera pas. Quand ces villes des Maritimes ont joint notre ligue, ils ont joint une image de marque. Une ligue qui a formé les Lafleur, Lafontaine, Carson, Lemieux.  Si tu changes le nom, ça n’a plus la même dynamique…», conclut Courteau.