Ghislain Boldini a 10 000 heures d’écoute à son actif. Il accompli encore son bénévolat avec passion.

Ghislain Boldini, le sauveur de vies

Seize ans et 10 000 heures d’écoute et d’intervention auprès de personnes suicidaires plus tard, Ghislain Boldini se déplace au Centre de prévention du suicide 02 toutes les semaines, où il oeuvre en tant que bénévole. À 75 ans, l’homme retraité s’est trouvé une nouvelle vocation et a su, au fil des ans, développer un don pour l’écoute et la compassion. Bien qu’il ne soit pas prêt à dire qu’il sauve des vies, il admet que son travail permet à plusieurs de voir la lumière au bout du tunnel.

Ghislain Boldini a oeuvré dans le secteur des produits laitiers, notamment en faisant de la livraison. Jeune retraité, il se cherchait une cause pour s’impliquer et se tenir actif. C’est en discutant avec son épouse qu’il s’est dit que la prévention du suicide pouvait être une bonne idée. Lui-même touché par le suicide de son neveu et celui de son ami, il s’est présenté au Centre de prévention du suicide 02, il y a 16 ans, pour donner son nom comme bénévole.

Depuis, il n’a jamais lâché.

« C’était l’inconnu, mais j’ai tout de suite aimé faire la ligne d’écoute. Je n’ai peut-être pas d’études dans le domaine, mais j’ai toute une vie derrière moi et je suis assez bon pour écouter les gens », a affirmé M. Boldini, dont le père Italien a immigré au Saguenay dans les années 20.

« Le monde pense que c’est difficile après tant d’années, mais presque toutes nos interventions se terminent bien. À vrai dire, je n’ai jamais eu d’intervention qui s’est mal finie. L’important, c’est vraiment d’amener les gens à voir l’espoir, car il y en a toujours. La compassion et l’empathie sont aussi deux qualités essentielles pour faire de l’écoute », explique celui qui a toujours aimé partager ses propres émotions.

Évidemment, les personnes qui prennent la peine de téléphoner à la ligne d’écoute espèrent recevoir de l’aide. « En téléphonant, ils ont déjà fait un gros bout de chemin. Après, on les écoute et on essaie de faire sortir le positif », indique le bénévole.


«  Je n’ai peut-être pas d’études dans le domaine, mais j’ai toute une vie derrière moi.  »
Ghislain Boldini

Ghislain Boldini admet que certaines interventions peuvent être plus prenantes que d’autres, notamment cette fois où un homme en crise et armé a téléphoné au centre. « J’ai réussi à le calmer. Il est même allé porter son arme au poste de police et il m’a rappelé pour me le dire. Lorsque j’ai des retours comme ça, je me dis que j’ai réussi ma mission. C’est très valorisant », note celui qui reste modeste, lorsqu’on lui dit qu’il sauve des vies à sa façon.

« Des vies, je ne sais pas, mais on fait du bon boulot ! Mais oui, j’en ai sûrement sauvé quelques-unes », admet M. Boldini, du bout des lèvres.

Au fil des années, si M. Boldini a constaté quelque chose, c’est que les hommes sont plus enclins à demander de l’aide qu’il y a une dizaine d’années. « La détresse reste la même. Je ne crois pas qu’il y a plus de détresse chez les hommes qu’avant, mais je crois qu’ils sont plus à l’aise à en parler. Il y a beaucoup plus de services offerts aux hommes également, ce qui est très bien. C’est toujours la première chose que je dis à quelqu’un qui appelle. Je le félicite d’avoir demander de l’aide », note celui qui est prêt à faire de l’écoute encore longtemps.

« J’ai 75 ans, mais tant que la santé me le permettra, je vais continuer. Je suis encore alerte, mais si je commence à l’être moins, j’espère que les gens du centre vont me le dire ! », lance-t-il, en riant.

Le bénévole Ghilsain Boldini et l’intervenante Mélanie Lapierre, du Centre prevention du suicide 02

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LA DÉTRESSE N'A PAS DE VISAGE

Chaque année, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, 40 personnes s’enlèvent la vie. Un nombre qui est «stable» depuis les cinq dernières années, mais qui est encore beaucoup trop élevé, soulignent les intervenants du Centre de prévention du suicide 02. Les intervenants répètent d’ailleurs le besoin d’en parler aussi souvent que possible, afin d’en finir avec les tabous qui persistent.

La détresse n’a ni âge ni sexe, selon les intervenants, dont Mélanie Lapierre, qui oeuvre au centre depuis huit ans. Elle y a d’ailleurs commencé comme bénévole. «Ce sont autant des hommes que des femmes, des plus âgés que des jeunes. Nous avons des appels d’adolescents de 13 ou 14 ans également. La détresse, ça peut toucher tout le monde, n’importe quand. Il y a aussi de la détresse chez les aînés. Il ne faut pas l’oublier», explique Mélanie Lapierre. 

Ruptures amoureuses

La détresse a-t-elle changé au cours des dernières années? «Pas vraiment. Ce sont les mêmes choses qui atteignent les gens d’aujourd’hui, comme les ruptures amoureuses, qui sont la première raison pour laquelle nous recevons des appels. Les ruptures viennent parfois avec des problèmes monétaires, ce qui ajoute à la détresse», a indiqué le bénévole Ghislain Boldini. 

«Nous voyons aussi beaucoup de problèmes d’anxiété et d’angoisse», a ajouté l’intervenante Mélanie Lapierre. 

Selon eux, le suicide est encore un sujet tabou, même en 2019. «Il l’est moins, mais il l’est encore. Il faut en parler souvent, mais bien entendu, il faut en parler de façon respectueuse, sans tomber dans le sensationnalisme. Et on parle trop peu des gens endeuillés. On n’a pas de difficulté à demander à quelqu’un comment il va depuis qu’il a perdu une personne à la suite d’une maladie. Mais demander à quelqu’un comment il va depuis que son fils s’est enlevé la vie, on a plus de difficulté. Pourtant, les gens endeuillés ont tellement besoin d’en parler et de ventiler. De briser ce sentiment de culpabilité qui les habite. C’est important d’aller vers ces personnes. Le suicide est un problème de société. Tout le monde doit faire sa part», note Mélanie Lapierre. 

Inquiétudes 

Le Centre de prévention du suicide 02 reçoit aussi des appels de gens inquiets pour un proche, ou même un patient. «Nous avons parfois des appels de pharmaciens inquiets, d’un médecin ou d’un infirmier. Nous avons aussi un rôle à jouer auprès des personnes inquiètes. Certains vont être mal à l’aise de parler de leur inquiétude vis-à-vis un proche, de peur qu’il soit fâché. Mais on dit souvent qu’une personne fâchée, c’est mieux qu’une personne morte», indique l’intervenante. 

Sylvie Fréchette en conférence

La Semaine de prévention du suicide se déroule du 3 au 9 février. Plusieurs activités sont organisées, notamment une conférence de l’olympienne Sylvie Fréchette, dimanche, à l’hôtel Delta de Jonquière. La nageuse a été éprouvée par le suicide de son conjoint en 1998, peu de temps avant la tenue des Jeux olympiques. Sylvie Fréchette offrira deux conférences, dont une grand public, à compter de 15h.

Plusieurs ateliers seront aussi tenus au cours de la semaine, et des activités de prévention se dérouleront aux quatre coins de la région. Et, surtout, il est toujours possible de parler avec un intervenant, et ce, 24 heures sur 24, en composant le 1 866 APPELLE.