Samedi matin le maire Steve Lussier a pris la décision d’annuler la session de travail sous embargo avec les journalistes prévue lundi après-midi avant le dépôt du budget de fonctionnement. Il est revenu sur sa décision dimanche en soirée.

Fuite journalistique: le maire Lussier piqué au vif

Le maire Steve Lussier a envoyé une lettre à tous les conseillers municipaux samedi matin dans laquelle il s’est dit « extrêmement déçu que des informations incomplètes aient été acheminées à un journaliste ». Cette déclaration survient après la parution de l’article Une hausse de plus de 3 % pour le compte de taxes en 2019 dans La Tribune de samedi où on peut lire en exclusivité plusieurs détails du budget qui sera déposé à l’hôtel de ville lundi à 18h55. Le maire est allé jusqu’à annuler temporairement une rencontre de presse prévue lundi.

À aucun moment du week-end, le maire n’a remis en question les chiffres avancés par La Tribune. Samedi matin il a par contre pris la décision d’annuler la session de travail sous embargo avec les journalistes prévue lundi après-midi avant le dépôt du budget de fonctionnement.

Il est revenu sur sa décision dimanche en fin d’après-midi alors que la nouvelle de l’annulation de la rencontre s’était propagée sur les réseaux sociaux. Les commentaires étaient généralement négatifs envers la décision du maire.

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La réaction du maire suscite des malaises

« Comme certains chiffres ont été rendus publics, la session de travail sous embargo avec les journalistes lundi après-midi est annulée, peut-on lire dans la lettre qui a également été acheminée samedi matin à tous les médias de la région. Comment pourrons-nous leur demander de respecter un embargo si certains d’entre nous (ou leurs relations) ne le respecte (SIC) pas eux-mêmes ? »

En plus d’annuler temporairement la séance de travail avec les journalistes, le maire Lussier, qui a refusé d’aborder la question en entrevue samedi, espère également identifier le ou les responsables de la fuite.

« Nous espérons identifier le ou les auteurs des fuites d’informations à l’hôtel de ville, par respect pour l’institution que je représente et pour l’ensemble des Sherbrookois et Sherbrookoises », écrit-il aux élus, précisant qu’il s’agit « d’un manque d’éthique total».

« Vous le savez, la confection du budget annuel est l’exercice le plus important de l’année pour un conseil municipal, poursuit-il. Il mérite d’être expliqué convenablement et complètement à la population. Je vous le rappelle, tant que le budget municipal n’est pas adopté par l’ensemble du conseil municipal, il demeure un document de travail. Malheureusement, la fuite d’aujourd’hui donnera encore une fois une perception négative de votre travail. »

Une session de travail sous embargo est habituellement prévue l’après-midi avant le dépôt du budget pour expliquer les détails du budget aux journalistes. 

L’exercice vise à ce que ces derniers aient une bonne compréhension du budget et puissent ainsi bien l’expliquer dans leurs reportages. La session permet aussi aux journalistes de valider les chiffres avec les hauts fonctionnaires de la Ville comme le trésorier. L’embargo empêche les journalistes de dévoiler le contenu du budget avant son dépôt. 

Les municipalités ne sont pas tenues de tenir de telles sessions.

Une réaction « épidermique »

La Fédération professionnelle des journalistes (FPJQ) s’est dite extrêmement surprise samedi de la « réaction épidermique » du maire Lussier.

« Des budgets qui sont coulés, ça arrive régulièrement que ce soit à Ottawa ou à Québec, souligne Stéphane Giroux, président de la FPJQ. Les élus ne sont jamais contents, mais jamais je n’ai vu un politicien annuler une rencontre technique pour se venger d’un coulage. On trouve que c’est assez gros de la part du maire de Sherbrooke. »

M. Giroux estime que les vrais perdants de cette situation auraient été les citoyens de Sherbrooke.

« Quand tu empêches les journalistes de prendre connaissance du budget, tu prives les citoyens de Sherbrooke d’une information complète sur le budget, avance-t-il. En voulant s’en prendre aux journalistes il s’en prend à la population puisqu’on est là pour communiquer le contenu du budget. Ce qu’on dit au maire c’est d’en revenir. »

M. Giroux dénonce également la « chasse aux sorcières contre les gens qui coulent de l’information ».

« Règle générale, ça en dit très long sur l’administration d’un politicien, résume-t-il. Les gens qui coulent de l’information le font souvent parce qu’ils ont des raisons de croire que la Ville ou l’administration n’est pas transparente ou qu’elle cache des choses aux citoyens. Les citoyens doivent toujours s’inquiéter quand un politicien décide de faire une chasse aux sorcières. »