Vêtu d’un costume foncé très sobre, le père de la fillette ne s’est adressé ni aux médias ni à la cour, tout comme sa conjointe.

Fillette tuée à Granby: un témoin clé manque à l’appel

La non-disponibilité d’un témoin important aux dossiers du père et de la belle-mère de la fillette de sept ans tuée à Granby, le 29 avril, risque d’étirer le processus judiciaire.

L’homme de 30 ans et la femme de 36 ans, dont les identités ne peuvent être diffusées en vertu d’ordonnances de non-­publication, étaient de retour en cour lundi afin de fixer des dates pour leur enquête préliminaire.

Un exercice qui s’est avéré périlleux puisqu’un témoin clé ne peut être rencontré, a fait savoir Me Martin Latour, qui représente le père de la victime accusé de négligence criminelle, séquestration, abandon d’enfant et omission de fournir les choses nécessaires à la vie.

Ce témoin « est en congé médical », a mentionné l’avocat. « Donc on est un petit peu bloqués pour la préparation. Il va donner un éclairage sur tout le dossier. » Sans cet apport « on va tourner en rond », a dit Me Latour. 

L’homme en question œuvre à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

De son côté, l’avocat de la belle-mère, Me Michel Marchand­, a indiqué qu’il n’avait « pas encore évalué l’impact de l’absence de cette personne-là ». La femme fait face à des accusations de meurtre au 2e degré, séquestration et voies de fait graves.

«C’est un dossier d’envergure», a dit Me Laurence Bélanger, du Directeur des poursuites criminelles et pénales. «On est toujours en divulgation de preuve.»

Dates retenues

Malgré tout, les parties ont convenu de réserver la semaine du 24 février prochain — et possiblement quelques jours dans la semaine précédente — pour tenir une enquête préliminaire conjointe pour les deux accusés. Cette étape vise à étayer la preuve recueillie par la poursuite avant de fixer un procès.

La date du 12 décembre a aussi été réservée afin de faire le point et s’assurer que l’enquête préliminaire aura bien lieu. Me Latour a demandé que son client, présentement en liberté provisoire, n’ait pas à se présenter en cour à cette date. Ce que le juge Conrad Chapdelaine, de la Cour du Québec, a refusé compte tenu de la nature du dossier.

Quant à la belle-mère, son avocat a déclaré qu’il ignore toujours s’il demandera qu’elle soit remise en liberté en attendant son procès. 

Par ailleurs, la Couronne a précisé qu’au moins six semaines seront nécessaires pour présenter la preuve de la poursuite uniquement lors d’un éventuel procès. « C’est un dossier d’envergure, a dit Me Laurence Bélanger, du Directeur des poursuites criminelles et pénales. On est toujours en divulgation de preuve. »

Si procès il y a, il durera donc plus d’un mois et demi.

Respect des ordonnances

Enfin, Me Martin Latour a exprimé son mécontentement de constater que les ordonnances de non-publication émises par la cour sont encore « bafouées plusieurs fois » par des « médias qualifiés de non-traditionnels », une définition qu’il n’a pas explicitée.

Il a ajouté que la Couronne avait « averti les policiers ». En entrevue à sa sortie de la salle d’audience, Me Bélanger a rappelé que les contrevenants, qu’ils soient journalistes ou non, s’exposent à des poursuites criminelles pour outrage au tribunal. 

Les ordonnances — qui interdisent la diffusion du nom de la victime, des accusés et d’éventuels témoins dans le souci de protéger les autres enfants du couple — « visent tout le monde », a-t-elle rappelé.

Il n’y a cependant pas eu de dépôt d’accusations d’outrage jusqu’à maintenant dans cette affaire.

Vêtu d’un costume foncé très sobre, le père de la fillette ne s’est adressé ni aux médias ni à la cour, tout comme sa conjointe, qui a comparu du box des accusés comme à son habitude en cachant son visage à l’auditoire à l’aide de ses longs cheveux bouclés.

La mort de la fillette avait causé une onde de choc à travers le Québec et braqué les projecteurs sur le fonctionnement de la DPJ. En réaction, une Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse a entamé ses travaux le 22 octobre.