L’usine des Produits laminés Sural Canada à Bécancour cesse temporairement ses opérations.

Fermeture temporaire chez Sural: près de 60 mises à pied à Bécancour

BÉCANCOUR — Autre coup dur économique du côté de Bécancour. En effet, l’usine de tige Sural cesse temporairement ses opérations. Une soixantaine de travailleurs syndiqués sont ainsi mis à pied. Le Syndicat des Métallos, qui représente également le millier d’employés à l’Aluminerie de Bécancour, n’a pas voulu commenter, tout comme l’employeur.

«Nous éprouvons présentement des problèmes majeurs d’approvisionnement en métal liquide et solide. Malheureusement, cette situation ne nous laisse pas d’autres alternatives que de cesser nos opérations. Une mise à pied temporaire sera effective à partir de mardi matin, le 5 février, à 7 h 30», a fait savoir au personnel le directeur d’usine, Daniel Duchesne, dans un courriel dont Le Nouvelliste a obtenu copie.

«Des ressources seront nécessaires afin d’assurer une fermeture qui nous permettra d’assurer la pérennité de nos équipements. Les personnes requises pour la fermeture seront contactées. Nous demeurerons en contact avec votre exécutif syndical pour les tenir au fait des développements et vous recontacterons lorsque plus d’informations seront disponibles», a-t-il ajouté.

Si certains intervenants n’hésitent pas à attribuer cette mauvaise nouvelle au lock-out à l’ABI, le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, a plutôt reçu l’information que «ça n’a rien à voir avec le conflit». 

«Alcoa a offert des options pour assurer un approvisionnement continu de métal à un prix compétitif à Sural, qui est un client depuis plusieurs années. La situation actuelle avec Sural est due à des facteurs indépendants du conflit de travail à l’ABI», a d’ailleurs indiqué la gestionnaire des communications et affaires gouvernementales pour Alcoa Canada, Anne-Catherine Couture,

«Les gens de l’ABI m’ont téléphoné pour m’informer de la situation. C’est dû à des retards de paiement. Pour que l’ABI puisse continuer de les desservir, il faut qu’ils paient avant», a néanmoins révélé le représentant caquiste. 

Par contre, selon le président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard, «on pouvait s’attendre à ce que ça puisse arriver depuis le lock-out à l’ABI». «On est chanceux que ce ne soit pas arrivé avant. C’est malheureux. Ce n’est jamais plaisant d’entendre que des entreprises ralentissent», avoue celui qui dit n’avoir aucune indication d’une intention de fermeture définitive.

Pour le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, «la relation de cause à effet n’est pas si évidente». «Il y a toutes sortes d’informations qui semblent circuler, dont certains ennuis financiers de la compagnie. Je ne suis pas prêt à dire tout de suite que c’est à cause de l’approvisionnement en aluminium, je ne le sais pas», a-t-il admis.

D’ailleurs, celui-ci reconnaît avoir davantage de questions que de réponses. «La première question est de savoir si c’est temporaire. Parfois, il n’y a rien de plus permanent que le temporaire. Il ne faudrait pas que ce soit ça qui arrive. On souhaite que ce soit vraiment temporaire», martèle le premier magistrat.

Sa première réaction quand il a appris cette autre fermeture? «Ça va-tu finir par finir? On n’a pas été privilégié en termes de développement économique à Bécancour depuis cinq ans, quoi qu’on en dise. Le déboulage a commencé avec la fermeture de la centrale en 2012. Depuis ce temps-là, on a eu des petits soubresauts positifs, mais ils sont annulés souvent. Par exemple, actuellement, on a Flora Agritech, c’est le fun, c’est positif, on a eu PureSphera, ça, c’est du positif, on a eu le Complexe équestre. On a des belles petites nouvelles qui se font écraser par une grosse qui annule tout ça d’un coup sec. Et on a de la misère avec tous les autres projets. Le conflit d’ABI ne nous aide certainement pas», a fait savoir M. Dubois.

Pour lui, l’usine de tige Sural est le genre de belle petite entreprise que tout le monde veut avoir, qui est dans le domaine de la transformation de l’aluminium.

«C’était la seule. Notre problème, au parc, à mon avis, c’est qu’on n’est pas capable de faire de la transformation. Il n’y en a pas suffisamment. C’est là qu’on pourrait tirer notre épingle du jeu. C’est difficile de le faire, parce que c’est beaucoup aux États-Unis que se fait la transformation. Donc, on produit de l’aluminium, et on l’envoie au sud des lignes. Autre élément aussi pour lequel je n’ai pas la réponse, la tarification que les États-Unis ont imposée aurait eu un effet direct. Je me pose la question jusqu’à quel point Sural a été frappée de front par l’imposition américaine», soulève le maire de Bécancour.

Or, le député Donald Martel ne cache pas que cette nouvelle tuile est «très inquiétante». «J’aimerais ça qu’on additionne les entreprises, je n’aime pas ça entendre que les entreprises sont en difficulté. Si je peux être d’une utilité quelconque, c’est sûr que je vais tout faire. Mais je ne peux pas m’imposer», explique-t-il.

Comme député, ce dernier dit recevoir plusieurs appels de travailleurs de l’ABI, ou encore, d’employés de sous-traitants qui, sans être en difficulté, ont dû procéder à des mises à pied. «J’ai leur conjointe qui m’appelle aussi. C’est un puits sans fond. Quand on dit que cela a des répercussions familiales et personnelles, ce n’est pas de la frime», mentionne-t-il. 

Toutefois, celui-ci puise son espoir dans la récente reprise des discussions. Et même s’il n’en a pas la confirmation, M. Martel trouverait normal que le ministre Jean Boulet prépare une hypothèse de règlement en cas d’impasse.  

Et après avoir été affectée l’an dernier par le lock-out à l’ABI, voilà que l’entreprise Hydrexcel, à Bécancour, doit composer avec la fermeture d’un autre «bon client», Sural. «Présentement, on a des contrats avec eux. On est en train de regarder ce qui se passe avec ça», affirme le directeur général, Joaquim Blanchette.

Quant au conflit à l’ABI, il ne cache que les affaires avaient ralenti l’an passé. «Ça s’est ressenti, c’est certain. On a eu à se restructurer et se revirer de bord pour trouver des nouveaux clients. Sur le coup, quand c’est arrivé, on a eu à mettre des gens sur le chômage, mais quasiment pas. Deux semaines, on s’est reviré de bord. Au lieu de mettre le pied sur le break, on a pesé sur l’accélérateur», raconte ce fabricant d’équipements industriels qui fait travailler 30 personnes.