Redéfinir sa famille après la mort du couple. C’est ce que Marido Billequey et le père de ses enfants, Raphaël Rioux, ont fait avec le soutien de mamie Johanne. Anaïs Gagné, 4 ans, et sa mère Maude-Émilie Béliveau étaient très présentes pendant cette période. Alie Rioux, 6 ans, et Gaël Rioux, 4 ans, sont heureux que papa et maman, à défaut de vivre ensemble, habitent un au-dessus de l’autre.

Femmes rapaillées et famille réinventée

Le 20 novembre, son couple éclatait. Deux semaines plus tard, son père mourait subitement. C’était en 2015. Marido Billequey était en congé de maternité. Le deuxième enfant de la famille avait six mois. C’est l’histoire d’un groupe de femmes qui s’entraident pour survivre et d’une famille qui se réinvente.

« On est trois amies qui se sont séparées le même mois. Notre idéal familial se déconstruisait de manière assez radicale. Et il y a ma mère qui perdait mon père. C’est comme si tous les gars de nos vies sacraient le camp en même temps », raconte Marido, entourée de sa mère, Johanne Billequey, et de ses deux grandes amies, Véronique Rémy et Maude-Émilie Béliveau. 

« On était toutes démunies, vulnérables, tristes, vraiment très fragilisées. On était toutes en deuil de quelque chose. Cette multiplicité de deuils a fait en sorte qu’on a commencé à se rassembler par survie. Ça s’est fait naturellement. C’était un moment dévastateur pour chacune d’entre nous et on est parvenues à trouver de la couleur dans l’espèce de néant dans lequel on était toutes plongées. Avec le recul, je dirais que j’ai adoré cette période. On s’est tenues fort. Le moins moins a fait un plus! » ajoute-t-elle.

Tous les vendredis, il y avait rassemblement dans l’appartement de Marido. Les enfants, cinq en tout, étaient présents. La mère de Marido, qui habitait l’appartement juste en dessous de celui de sa fille avant les grands bouleversements, participait aux soirées qui s’étiraient souvent jusqu’aux lendemains. 

« On se nourrissait uniquement de concombres et de saucissons, j’y vois vraiment un symbole phallique, se souvient en riant Marido. Et on buvait beaucoup de vin. Du vin du dépanneur juste à côté, car on n’avait pas la force d’aller plus loin. »

« On a comblé la solitude et essayé de comprendre ce qui s’était passé », enchaînent ses deux amies.

« Chacune de nous en voulait à son ex-conjoint et il fallait que ça sorte. Même moi j’en voulais à mon mari d’être mort. J’étais fâchée qu’il n’ait pas pris davantage soin de lui. On a vidé toutes nos peines », ajoute Johanne, pendant que l’hôtesse sert une coupe de vin à ses invitées.

Redéfinir sa famille après la mort du couple. C’est ce que Marido Billequey et le père de ses enfants, Raphaël Rioux, ont fait avec le soutien de mamie Johanne. Anaïs Gagné, 4 ans, et sa mère Maude-Émilie Béliveau étaient très présentes pendant cette période. Alie Rioux, 6 ans, et Gaël Rioux, 4 ans, sont heureux que papa et maman, à défaut de vivre ensemble, habitent un au-dessus de l’autre.

« Quand tu es blessée, ça fait du bien d’avoir de l’éclairage sur ton ressenti. Et d’avoir des projecteurs de toutes les couleurs nous a aidées à traverser cette grosse tempête », résume Marido, ajoutant que le clan a aussi « ri follement » au cours de ces rencontres répétées.

Il y a eu le premier Noël. Les premiers anniversaires. Quelques larmes ont coulé, le temps de réaliser ce qu’on avait perdu. 

Et puis, douze mois après la séparation, l’ex de Marido, Raphaël Rioux, déménageait juste en haut de chez elle. Pour les enfants. 

Raphaël arrive d’ailleurs entre temps et se joint à la discussion.

« L’appartement se libérait et instinctivement, je savais que la chose à faire était d’y emménager », mentionne le nouvel invité.

Depuis, même si les enfants font dodo chez papa, ils peuvent donner un bisou à maman avant d’aller au lit. Et vice et versa. Et quand il fait beau parfois tout le monde mange ensemble dehors. 

« C’est certain que tu es le témoin de la vie de l’autre. C’est pas toujours évident. Mais plutôt que de ne pas savoir comment allaient mes enfants quand ils étaient chez leur père et sa blonde, j’aimais mieux les entendre rire, car je savais qu’ils allaient bien. Ça prend de la résilience. Il faut aller au-delà de la rancœur », confie Marido ajoutant qu’il « faut mettre de l’eau dans son vin et boire beaucoup de vin ».

« On voulait créer un univers tripant pour les enfants même si cela a fait beaucoup jaser les voisins! » poursuit Raphaël. 

Mamie Johanne, qui a emménagé avec sa fille et ses deux petits-enfants quelque temps après la mort de son mari, a joué un rôle important dans la remodélisation de la famille.

« C’est comme si on avait éclaté en morceaux, mais que Johanne, comprenant qu’on avait besoin d’une certaine distance pour une certaine période, avait tenu nos morceaux ensemble. Parce que même si la distance est nécessaire, la vie au quotidien avec des enfants demande une proximité. On a eu nos hauts et nos bas, mais on a été pas pires. Je pense que ça part d’une grande volonté de bien faire les choses », explique Raphaël.

Redéfinir sa famille après la mort du couple. C’est ce que Marido Billequey et le père de ses enfants, Raphaël Rioux, ont fait avec le soutien de mamie Johanne. Anaïs Gagné, 4 ans, et sa mère Maude-Émilie Béliveau étaient très présentes pendant cette période. Alie Rioux, 6 ans, et Gaël Rioux, 4 ans, sont heureux que papa et maman, à défaut de vivre ensemble, habitent un au-dessus de l’autre.

« On est deux humains qui s’aiment beaucoup, au-delà de l’idée du couple. Il ne peut pas y avoir un seul modèle de couple séparé. Et c’est vrai que sans mamie, je ne sais pas si on y serait arrivés », ajoute Marido.

« Elle ne m’a jamais fermé la porte et jamais je me suis senti jugé par elle », enchaîne Raphaël.

L’histoire avait trop d’importance pour Marido et Raphaël pour qu’ils la laissent finir sur une mauvaise note.

« Je ne voulais pas tout perdre alors il fallait trouver un autre modèle. Le couple n’existait plus, mais j’ai quand même fait deux kids avec ce gars-là alors je ne voulais pas que l’histoire se termine avec la séparation. Il fallait trouver du beau dans toute la merde. On pouvait sauver quelque chose, être alliés d’une autre façon. Il y a tout un monde au-delà du couple », souligne Marido ajoutant que Les luttes fécondes de Catherine Dorion a été une lecture déterminante pour que cette histoire existe. « En résumé, ça dit qu’on aime même si l’institution du couple, élément désuet, est terminée », précise-t-elle.

Aujourd’hui, deux des trois amies sont en couple même si leur vision de l’amour s’est transformée. Véronique attend un troisième enfant. La vie continue. D’autres femmes se sont ajoutées aux rassemblements du vendredi où les échanges, inspirés par le vin, sont toujours à l’honneur. 

« Vous êtes des beautés rapiécées. Belles et fortes », conclut Johanne.