Constatant que leur appartement de Granby allait être trop petit pour accueillir toute la petite famille, et pour se rapprocher de son nouvel emploi situé à Montréal, M. Djiomou avait fait savoir, par écrit, qu’il ne renouvellerait pas son bail. C’était à la fin février, quelques jours à peine avant que la pandémie ne vienne contrecarrer les plans de l’humanité toute entière.
Constatant que leur appartement de Granby allait être trop petit pour accueillir toute la petite famille, et pour se rapprocher de son nouvel emploi situé à Montréal, M. Djiomou avait fait savoir, par écrit, qu’il ne renouvellerait pas son bail. C’était à la fin février, quelques jours à peine avant que la pandémie ne vienne contrecarrer les plans de l’humanité toute entière.

Famille nombreuse cherche un logement... rapidement!

Trois semaines. Voilà le délai imparti à Valère Djiomou pour dénicher un appartement et y emménager. Faute de trouver un nouveau toit, sa famille de cinq, qui accueillera deux nouveaux membres incessamment, pourrait se retrouver à la rue.

Déjà parents de trois enfants âgés de trois à huit ans et demi, Valère Djiomou et son épouse attendent la venue de la cigogne d’un jour à l’autre, et deux fois plutôt qu’une. Madame doit en effet mettre au monde des jumeaux d’ici la mi-juin.

Constatant que leur appartement de Granby allait être trop petit pour accueillir toute la petite famille, et pour se rapprocher de son nouvel emploi situé à Montréal, M. Djiomou avait fait savoir, par écrit, qu’il ne renouvellerait pas son bail.

C’était à la fin février, quelques jours à peine avant que la pandémie ne vienne contrecarrer les plans de l’humanité tout entière.

«Quand la pandémie est arrivée, des gens qui prévoyaient quitter leur logement ont changé d’idée. Mais moi, j’avais déjà donné mon avis comme quoi je partais», raconte M. Dijomou, établi au Québec depuis plusieurs années.

Malheureusement, son appartement avait déjà été reloué quand M. Djiomou a tenté de convaincre son propriétaire de le laisser rester. «J’étais même prêt à payer un peu plus chaque mois, mais il était trop tard», ajoute celui qui s’était établi à Granby en 2018 après avoir déniché un contrat de un an dans une entreprise du quartier industriel de Bromont à la fin de ses études dans une université montréalaise.

Obstacles

Depuis le début de la pandémie, le père de famille travaille à temps plein de la maison, en plus de suivre un cours à distance. Étant donné la grossesse avancée de sa compagne, il est également en charge des tâches ménagères et doit veiller sur ses trois aînés.

«Avec toutes ces responsabilités, je ne peux pas me consacrer à 100% à la recherche d’un logement. Je ne suis pas le genre à pleurnicher, mais maintenant, je dois me battre, car le temps presse », clame-t-il, ayant fait passer le mot dans son entourage, à savoir qu’il cherchait un nouveau nid pour y héberger sa famille en voie de s’accroître.

La quête de M. Djiomou est également compliquée par la rareté de logements attribuable entre autres à la pandémie. «Quand j’appelle pour demander une visite, on me dit qu’il y a déjà des gens qui attendent, ou bien que l’appartement est déjà pris», raconte le locataire, convaincu de ne pas être le seul dans sa situation.

Ses quelques visites ont fait chou blanc. Valère Djiomou en est bien conscient, tant son origine ethnique et la taille de son clan sont des facteurs qui peuvent rebuter des propriétaires d’habitations locatives.


« Quand on est une grande famille, on n’a pas droit à un logement. »
Valère Djiomou

«Quand j’ai pris des informations pour un logement situé au rez-de-chaussée d’un immeuble, une dame m’avait déjà répondu que la politique de logement de l’endroit n’acceptait pas les familles nombreuses, relate le Granbyen. Elle a pris mes coordonnées et elle m’a dit qu’elle me rappellerait si elle trouvait un autre logement qui répondait à nos besoins, mais je sais bien qu’elle ne me rappellera pas.»

«Je suis conscient que de jeunes enfants, ça fait du bruit et ça déplace de l’air, mais comme communauté, on devrait tous pouvoir mettre la main à la pâte et s’entraider, juge M. Djiomou, qui ne cache pas son découragement. En ce moment, quand on est une grande famille, on n’a pas droit à un logement.»

Et même si ce n’est pas la raison pour laquelle on lui refuse une visite, M. Djiomou sent que la couleur de sa peau pèse lourd dans la balance. «Je ne mentirai pas, du racisme, il y en a. Beaucoup de propriétaires sont plus frileux, mais ils ne le diront pas», dit-il.

Étant donné le temps qui file à vitesse grand V, M. Djiomou ne fait pas la fine bouche. S’il aurait préféré dénicher un appartement à Montréal, il est prêt à en louer un n’importe où entre Granby et la métropole. «Vu l’urgence, je vais prendre ce qu’il y a. C’est la course au logement», laisse-t-il tomber.

Un cinq pièces et demi serait parfait pour loger les siens, avance le Granbyen, qui continue de remuer ciel et terre pour trouver un logis. Il ignore ce qui arrivera s’il n’y parvient pas. «Je préfère ne pas y penser», laisse-t-il tomber.

«La discrimination existe»

La Voix de l’Est a communiqué avec Solidarité ethnique régionale de la Yamaska (SERY), un organisme oeuvrant auprès des personnes immigrantes ou réfugiés dans la région de Granby. En fin de journée, celui-ci avait déjà communiqué avec M. Djiomou pour prendre connaissance de son cas.

Dans la région immédiate, SERY dispose d’une liste de propriétaires d’habitations locatives disposés à louer des appartements à des nouveaux arrivants. «C’est un système qui fonctionne bien, et nos propriétaires nous réfèrent à d’autres, alors on a accès rapidement à des logements disponibles», explique Isabelle Meunier, coordonnatrice à l’accueil et à l’établissement chez SERY.

D’autres organismes d’accueil offrent un service similaire dans d’autres régions, dont à Montréal. Tout indique que M. Djiomou y sera référé pour trouver chaussure à son pied.

Selon Mme Meunier, le nombre d’enfants est plus problématique que l’origine ethnique quand vient le temps de trouver un logement. «C’est une problématique qui s’observe aussi chez les Québécois, affirme-t-elle. Les propriétaires veulent éviter des bris qui pourraient être causés par des enfants, et ils veulent aussi maintenir la quiétude des lieux, entre autres.»

Du côté de l’ACEF Montérégie-Est, on confirme également que la discrimination, pour différents facteurs, existe encore dans le choix des locataires. La pénurie de logements fait en sorte que les propriétaires ont le choix, estime Tanya Brodeur, conseillère budgétaire pour l’organisme. «On est loin d’un taux d’inoccupation à 3%, on est bien en dessous de ça, affirme-t-elle. En conséquence, les propriétaires ont le gros bout du bâton. Ils font une sélection et des gens sont refusés pour des motifs jugés discriminatoires.»

Il n’est pas rare à l’ACEF de recevoir des appels en ce sens. Les gens sont alors référés à la Commission des droits de la personne pour qu’ils puissent formuler une plainte.