Pendant que leurs filles Mia et Gabriella faisaient leurs adieux à leurs amis d’école, mardi, Carolina Batalla et Normando Charris multipliaient les entrevues pour maintenir la pression sur l’appareil politique à 24 heures de leur expulsion du pays.

Famille Batalla-Charris: «Espérer jusque dans l'avion»

À 24 heures de son expulsion du pays, la famille Batalla-Charris entretenait toujours l’espoir, mardi après-midi, que son cri du cœur soit entendu.

« Tout ce qu’on demande, c’est trois petits mois pour que l’immigration puisse étudier notre demande », lance Normando Charris.

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« Si on n’a pas la résidence permanente après ça, on va partir », ajoute Carolina Batalla.

En attendant, c’est leur cœur en lambeaux que le couple multipliait les entrevues pour maintenir la pression sur l’appareil politique. 

« Jusqu’au moment où on sera assis dans l’avion, on va garder espoir, confie Mme Batalla. On a même déjà vu des personnes débarquer de l’avion... »

Dans le logement de la famille, les bagages étaient à peine commencés. Carolina Batalla a fermé sa garderie jeudi tandis que son conjoint a quitté son emploi lundi.

En milieu d’après-midi, les deux filles du couple étaient encore à l’école tandis que le petit Adrien faisait la sieste, à l’abri du tumulte.

« Les filles ont amené des cartes pour dire bye bye aux amis et leur dire ne pas les oublier... », raconte Mme Batalla, les yeux pleins d’eau.

« Nous, comme parents, on doit protéger nos enfants, et le Canada devrait faire la même chose pour les familles qu’il veut expulser. Parce que 30 jours, c’est pas beaucoup de temps pour faire les choses » , enchaîne Normando Charris. « Si les gens à l’immigration étaient déjà passés par là ils comprendraient. Ce n’est pas facile ce qui arrive, surtout avec les enfants. »

Bien installée à Sherbrooke depuis presque cinq ans, la famille a vu sa demande d’asile refusée, puis les appels rejetés. Ils espèrent désormais un délai de quelques mois pour faire cheminer leur demande de résidence permanente.

Malgré la pression populaire, la députée fédérale de Sherbrooke, Élisabeth Brière, n’avait rien à annoncer mardi après-midi.

« Ce matin [mardi], j’ai recontacté le cabinet de mon collègue à l’Immigration, mais je n’ai pas eu de développement, dit-elle. J’aimerais tellement annoncer quelque chose de positif, mais c’est un pouvoir discrétionnaire qui lui appartient. C’est dans leurs mains. »

Au provincial

À Québec, la députée de Sherbrooke Christine Labrie s’insurgeait de la réponse faite la veille par le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette dans le dossier. 

Alors que Mme Labrie l’invitait à exercer son pouvoir discrétionnaire pour que la famille ait accès à une autre procédure pour rester au Québec, M. Jolin-Barrette a plutôt interpellé son homologue fédéral puisque les demandes de statut de réfugié sont sous cette juridiction. 

« C’est une intervention très décevante de la part de Simon Jolin-Barrette, a réagi Mme Labrie par communiqué. Ce que je lui avais demandé, ce n’est pas d’essayer de faire changer la décision pour la demande d’asile. Je lui avais demandé d’exercer son pouvoir discrétionnaire pour donner à la famille un Certificat de sélection du Québec, considérant qu’ils travaillent et qu’ils parlent français, pour qu’ils puissent rester ici en passant par une autre porte que celle des demandeurs d’asile. On est sur le point d’expulser une famille simplement parce qu’ils n’ont pas fait leur demande dans le bon programme. Je ne peux pas m’expliquer qu’on expulse des gens aussi bien intégrés comme des criminels, alors que tout ce qu’ils ont à se reprocher c’est de ne pas avoir rempli le bon formulaire. »

Au cabinet du ministre Jolin-Barrette, en fin d’après-midi, on a précisé qu’« Immigration Canada a informé le ministère que la demande de traitement accéléré a été transmise au centre de traitement. Les cabinets respectifs se sont parlé au milieu de l’après-midi. Nous suivons le dossier de près et nous essayons de voir avec eux s’il y a des avenues possibles pour régulariser la situation. »

Légalement

Carolina Batalla plaide avoir mené toutes les démarches qui ont conduit sa famille jusqu’ici dans la légalité la plus complète. « Ce n’est pas une affaire de papier, ce n’est pas une affaire de documents, c’est l’aspect humain qui doit guider ceux qui prennent les décisions », implore la dame en saluant le fait que la communauté sherbrookoise l’a bien exprimé ces derniers jours. 

Le couple et ses trois enfants a rendez-vous avec l’Agence des services frontaliers à l’aéroport de Montréal en fin de journée mercredi, avec leur valise, pour prendre un vol vers Madrid en soirée.

« On va arriver en Espagne et il n’y aura personne pour nous protéger, s’inquiète M. Charris. Je ne sais pas si les choses sont plus tranquilles depuis qu’on est partis. »

Ils pourront se tourner vers le frère de Mme Batalla, qui vit là-bas, le temps de retomber sur leurs pieds.

Et ils laisseront derrière eux la plupart de leurs biens, qui seront soit donnés à d’autres familles de nouveaux arrivants, soit vendus, soit entreposés au cas où ils pourraient revenir à Sherbrooke.

« On doit choisir ce qu’on va mettre dans la valise », dit Normando Charris.   

« Mais les choses ne sont pas importantes, enchaîne sa conjointe. Le matériel, on peut en acheter encore. On travaille et on achète encore. C’est la vie, c’est la routine. Le plus important, ce sont les enfants. »