Le chanteur Rivers Cuomo lors de la performance de son groupe, Weezer, au Rockfest 2018.

Faillite d'Outaouais Rock: des grands noms pas entièrement rémunérés

De grands noms de la scène musicale rock-métal-punk internationale comme Weezer, Rise Against et Simple Plan, n’ont pas été entièrement rémunérés pour leur participation au Montebello Rockfest, à l’été 2018.

Leurs noms figurent parmi les 120 créanciers éclaboussés par la faillite d’Outaouais Rock (OR), l’organisation qui administrait le Rockfest de Montebello. 

La liste des créanciers des suites de la débâcle financière du «plus grand festival rock au Canada», comme ses organisateurs aimaient bien le marteler jusqu’à l’an dernier, est large et variée. 

Parmi les créanciers «non garantis» – ceux qui n’ont pas chance de revoir un jour la couleur de leur argent – figurent également des institutions publiques, des entreprises locales et des sociétés nord-américaines et européennes.

Selon l’avis de faillite d’OR, la dette cumulée de l’organisation derrière le défunt Rockfest se chiffrait à 5,9 millions de dollars lors de l’annonce de sa déconfiture, le 21 décembre dernier.

En recoupant des données associées aux entreprises listées dans le document, Le Droit a pu relier les créances à des compagnies ou des personnes ayant des liens détournés avec plusieurs des artistes venus se produire sur les scènes du Rockfest, en 2018. 

Ainsi, la formation californienne Weezer, qui était l’une des têtes d’affiche du festival l’année dernière, réclame 226 968$ au syndic de faillite d’Outaouais Rock. 

D’après nos recherches, Rise Against (268 029$), A Day To Remember (247 426$), Lamb Of God (235 644$), Five Finger Death Punch (197 457$), Sum 41 (171 579$) et Simple Plan (59 346$) font entre autres partie du lot des artistes qui ont perdu des montants substantiels à la suite de leur prestation à la marina de Montebello, en juin 2018. À noter que ces sommes ne représentent pas nécessairement la totalité de ce que ces groupes auraient dû toucher en cachets ou autres honoraires.

427 000 $ dus au Fisc 

Au niveau des institutions publiques, l’Agence du revenu du Canada a dû encaisser un manque à gagner de 380 479$, et le ministère du Revenu du Québec court après 46 981$. 

La Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SOCAN), qui administre et gère les droits d’auteurs des œuvres musicales au Canada, essuie une perte de 173 911$ liée aux trois dernières éditions du Rockfest. La municipalité de Montebello (7302$) et la MRC de Papineau (345$) n’ont pas été épargnées.

À l’échelle régionale, on répertorie notamment parmi les créanciers le Fairmont Le Château Montebello (42 063$), la firme gatinoise Orkestra (24 550$) l’Auberge Montebello (17 358$), l’entreprise de Cantley Solutions Expert (12 993$) et l’entreprise papineauvilloise Transport RLS (14 227$).

Pas de recouvrement possible 

Investissement Québec, avec une réclamation de 580 587$ (dont 195 301$ seulement sont garantis), et le Fonds de développement Filaction, avec 579 202$ en réclamations (dont 90 736$ sont garantis), sont les deux seuls créanciers garantis au dossier. Outaouais Rock aura l’obligation légale de rembourser ces deux entités en priorité, lorsque la vente des actifs de l’entreprise aura été complétée. 

Partenaire associé du cabinet KPMG et responsable du dossier de la faillite d’Outaouais Rock, Stéphane De Broux confirme toutefois que les créanciers non garantis ne récupéreront pas un sou, vu l’état des actifs d’OR. Et même les créanciers garantis subiront des pertes, souligne-t-il. 

«On a plus qu’un million de dollars de créances entre les différents créanciers garantis donc il n’y aura aucune réalisation des créances ordinaires dans ce dossier. Les créanciers garantis ont donné comme instruction de vendre les actifs et de réaliser le maximum», explique M. De Broux.

Au moment de déclarer faillite, en décembre dernier, Outaouais Rock disposait de 330 410$ en actifs, indique le document préparé par KPMG. L’entreprise avait 44 384$ dans son compte de banque. OR possède aussi trois terrains à Montebello, dont la valeur combinée est estimée à 195 300$. De l’équipement de camping acheté au coût initial d’un peu plus de 41 000$ est maintenant évalué à 1$, selon l’avis de faillite. 

Le tableau des actifs comprend aussi 90 000$ en comptes à recevoir et bonnes créances. Un peu plus de 130 000$ en comptes à recevoir et créances «douteuses» ou «mauvaises» sont comptabilisés.

«L’objectif du dossier avait été de trouver un partenaire financier pour vendre le festival en continuité d’exploitation, mais ça n’a pas fonctionné. Dans le cadre de la faillite, les actifs sont très minces. [...] On n’a pas grand chose dans ce dossier-là: on a des propriétés à Montebello, on a la marque de commerce et les trade-marks qui sont enregistrés, ainsi que quelque petits actifs intangibles comme des clôtures, des tentes et des chaises de camping», précise M. De Broux.

Avec Yves Bergeras, Le Droit