Virginie Lefèvre a salué la réaction de ses compatriotes, qui se sont rapidement mobilisés afin d’offrir des vêtements, des lieux d’hébergement et même du sang aux victimes dans le besoin.
Virginie Lefèvre a salué la réaction de ses compatriotes, qui se sont rapidement mobilisés afin d’offrir des vêtements, des lieux d’hébergement et même du sang aux victimes dans le besoin.

Explosions à Beyrouth: «Tout a commencé à s’écrouler autour de nous»

Pierrick Pichette
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — «Au début, on sent une super forte incertitude en nous. Puis, on se dit que ce n’est pas possible que ça arrive là, maintenant, que c’est trop. Ce n’est que quelques heures après qu’on pense aux événements avec rationalité. Et pendant tout ce temps, la peur est présente.»

Résidente du Liban depuis maintenant 10 ans, la Trifluvienne d’origine Virginie Lefèvre se trouvait à son lieu de travail, dans les bureaux de l’organisme non gouvernemental (ONG) à vocation humanitaire Amel, lorsque deux explosions d’envergure sont survenues en plein coeur de la capitale, mardi en fin d’après-midi. Sans grande surprise, d’intenses émotions se sont aussitôt chevauchées dans son coeur.

«Dans un premier temps, on a senti que ça tremblait. On a donc pensé à un tremblement de terre, mais je n’avais jamais senti un tel mouvement du sol. Ensuite, tout a commencé à s’écrouler autour de nous. Finalement, on a pu voir et entendre les deux explosions. On a fait le lien entre les trois incidents, mais on pensait à un attentat», a raconté Mme Lefèvre.

Quelques instants après, les ambulances ont foulé les rues. L’organisme pour lequel oeuvre la Trifluvienne de 35 ans a ensuite commencé à recevoir des appels pour réclamer des dons de sang. Enfin, les médias nationaux ont fait état de la situation, avançant qu’un entrepôt désaffecté de produits dangereux situé près de feux d’artifice avait causé ces explosions, qui semblent jusqu’à présent d’origine accidentelle.

En plus de s’être mise à craindre pour sa propre sécurité dès le début des événements, Virginie Lefèvre a eu peur pour ses proches, dont certains avaient peut-être été blessés ou même tués par l’impact, qui, au moment d’écrire ces lignes, avait fait plusieurs dizaines de morts et des milliers de blessés à Beyrouth.

Virginie Lefèvre est passée par toute une gamme d’émotions après la tragédie survenue à Beyrouth, mardi.

«On ressent une certaine urgence de contacter rapidement tous les gens que l’on connaît, car plus les minutes passent et plus on apprend des détails sur ce qui s’est passé. De plus, on souhaite rassurer tous ceux qui se trouvent autour de nous, qui sont inquiets. Le dernier réflexe qu’on a, c’est d’appeler la famille et les proches qui ne sont pas au Liban, qui voient les images à la télé et qui, avec raison, craignent pour nous», a exprimé la Trifluvienne.

Un vent de chaleur provenant de son Trois-Rivières natal a effectivement pu traverser l’océan et rejoindre le coeur de Mme Lefèvre, qui s’est dite surprise par ce soutien.

«On n’est pas habitué de voir les événements du Liban faire la une ailleurs dans le monde. Ça m’a donc beaucoup touchée de voir que les gens du Québec, et particulièrement de Trois-Rivières, m’écrivaient non seulement pour avoir de mes nouvelles, mais également pour s’informer de la condition des autres Libanais touchés. C’est très beau.»

Il est à noter que le bilan des victimes de ces explosions continuait de s’alourdir, mardi soir, et promettait d’augmenter encore au fur et à mesure «que des gens étaient découverts parmi les décombres».

Vouloir faire une différence

Bien que les habitants du Liban se seraient passés d’un tel incident, la Trifluvienne contactée par Le Nouvelliste a tout de même pu sourire quelques instants durant la journée grâce à la réaction de ses proches à la suite des explosions.

«Certes, on ressent actuellement un grand énervement de voir que ça arrive encore et toujours au même pays. En même temps, je constate en moi et auprès de mes amis une grande volonté de faire quelque chose pour aider les plus démunis. On a eu de la chance, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. On souhaite donc partager pour aider les moins chanceux d’entre nous.»

Comme l’organisme pour lequel elle oeuvre a pour mission de faire une différence dans la vie des Libanais dans le besoin sur les plans de l’éducation, de l’alimentation, des conditions de vie ainsi que des soins, Virginie Lefèvre et ses collègues passeront les prochains jours à déployer de nombreuses équipes dans la capitale pour épauler les citoyens qui ont été touchés par ces explosions.

«On effectue vraiment un travail de terrain. Notamment, on a 25 centres médicaux sociaux répartis sur tout le Liban, six ambulances et des unités mobiles éducatives. Dès mardi soir, nos 800 membres ont pu joindre leurs efforts afin de donner suite aux appels concernant le don de sang ou la recherche de soins», a-t-elle fait savoir.

«Certains ont également été envoyés dans les rues de Beyrouth pour recenser les secteurs ayant subi les plus grands dommages. Dès demain (mercredi), nos équipes de volontaires, particulièrement des jeunes, vont aller aider des familles à nettoyer leurs domiciles ravagés par les explosions», a ajouté la Trifluvienne.

Un pays malchanceux

Évidemment, une telle tragédie aurait été dévastatrice pour n’importe quel pays du globe. Cependant, aux yeux de Virginie Lefèvre, le Liban était déjà particulièrement touché par toutes sortes de problématiques. Ce faisant, il pourrait être extrêmement difficile pour l’État de pallier l’ensemble des dommages occasionnés par ce qui est survenu à Beyrouth.

«Ces jours-ci, il y a une augmentation assez exponentielle des cas de COVID-19 au pays. De plus, l’État est extrêmement absent dans la gestion du territoire en plus d’être au bord de la faillite. Nous vivons une grave crise économique et essuyons toujours les conséquences de la crise humanitaire causée par les réfugiés syriens. Les catastrophes se succèdent ici», a mentionné la dame de 35 ans.

À la suite de la double explosion, un épais nuage de fumée s’est répandu au coeur de la capitale.

Créé au Liban, l’ONG Amel a également pour mandat de faire connaître la situation vécue par ce pays à l’échelle planétaire, de sorte que «les autres pays prennent conscience qu’il est important de contribuer à enrayer les problématiques qui font rage à cet endroit», soutient Virginie Lefèvre.