Le Centre québécois de formation en aéronautique du Cégep de Chicoutimi était jusqu’ici le seul établissement au Québec à pouvoir donner un diplôme d’études collégiales en pilotage d’aéronefs.

Exclusivité menacée: le nombre d’étudiants admis au CQFA pourrait grimper

L’offre d’un deuxième programme de pilotage d’aéronefs au Québec n’aura pas d’impact négatif sur le recrutement d’étudiants au Centre québécois de formation aéronautique (CQFA) du Cégep de Chicoutimi, croit le premier ministre François Legault. Son gouvernement songe même à augmenter le nombre d’étudiants admis chaque année, qui est actuellement limité à 40 candidats.

L’information rapportée par La Presse jeudi matin concernant l’obtention d’une licence d’enseignement par le collège Air Richelieu, situé à côté de l’aéroport de Saint-Hubert, sur la Rive-Sud de Montréal, a soulevé la grogne au Saguenay–Lac-Saint-Jean puisque le CQFA était jusqu’ici le seul établissement au Québec à pouvoir octroyer un diplôme d’études collégiales (DEC) en technique de pilotage d’aéronefs.

Grâce à l’aval du ministère de l’Éducation du Québec, le collège privé Air Richelieu fait techniquement concurrence au CQFA, sauf en ce qui a trait aux coûts d’inscription, qui sont de 105 000 $ pour une formation de trois ans à Saint-Hubert contre un tarif dit gratuit au cégep de Chicoutimi.

« On comprend que si on compare les deux programmes, les frais sont de 105 000 $, donc ce n’est pas comme chez nous », prévient la ministre responsable de la région et ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest. La clientèle visée [au collège Richelieu] en est une qui est plus internationale. Pour nous, le Cégep de Chicoutimi conserve son exclusivité au Québec. »

Même son de cloche du côté du premier ministre François Legault, qui refuse de parler de perte d’exclusivité. « Notre gouvernement s’est assuré que le Cégep de Chicoutimi conserve son exclusivité, puisque l’école nationale de pilotage demeurera le seul établissement public à offrir le programme au Québec. La présence d’Air Richelieu n’aura donc pas d’impact sur la capacité de recrutement, sur la clientèle ou sur la compétitivité [du CQFA]. Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, aura d’ailleurs l’occasion de rencontrer les responsables du programme dans les prochains jours pour leur en assurer », a fait savoir au Quotidien le bureau du premier ministre, jeudi.

Un peu plus tôt dans la journée, le directeur du CQFA, Steeve Noreau, se disait toujours « extrêmement surpris » de la décision du ministère d’octroyer une licence à un autre établissement d’enseignement de la province, tout en disant justement espérer une rencontre rapide avec le ministre Roberge.

L’une des façons de compenser le Cégep de Chicoutimi repose toutefois sur le nombre d’étudiants acceptés. Des 400 demandes annuelles, seulement 40 personnes, ou 10 %, sont sélectionnées, selon des critères serrés.

« Le ministre Roberge est intéressé à avoir une augmentation du nombre d’étudiants. Ainsi, on assure automatiquement le développement de la formation au public et c’est très positif. On va rester la seule école qui a une offre publique au Québec et il faut y faire attention. Si on considère qu’on augmente le nombre de places – qui sont subventionnées –, on encourage certainement le Cégep de Chicoutimi », ajoute Andrée Laforest.

+ UNE BRÈCHE DANS LA RÉGION

La décision du ministère de l’Éducation et du gouvernement caquiste de confier une nouvelle option en pilotage au collège Air Richelieu ne réjouit pas le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, qui voit dans cette licence accordée à un collège privé de la région métropolitaine une brèche qui pourrait faire mal aux programmes exclusifs dans la région.

« La permission qui a été donnée au collège est inacceptable » martèle le représentant du Parti québécois. Rappelons-nous la bataille qu’on avait faite pour conserver l’intégrité du programme d’Art et technologie des médias (ATM) quand le Collège André-Grasset en voulait une petite part. La ministre de l’époque, Michelle Courchesne, avait signé la même chose que le ministre Roberge a signée pour Air Richelieu, en envoyant une portion du programme sous prétexte que c’est un collège privé. Ce sont toujours des collèges privés de Montréal qui viennent chercher nos programmes. Si la ministre Laforest était au courant et qu’elle ne s’est pas opposée, elle est en tort », déplore Sylvain Gaudreault.

Serge Simard

La décision a aussi fait réagir l’ex-député libéral de Dubuc Serge Simard, qui n’en revient pas que la région se laisse départir de son programme exclusif du Centre québécois de formation aéronautique (CQFA). Se gardant bien de vouloir jouer à la belle-mère, M. Simard rappelle, en tant que citoyen préoccupé par l’avenir de sa région, que le Québec aura besoin, dans les prochaines années, de 3000 à 4000 pilotes pour répondre à la demande de l’industrie aéronautique.

Selon lui, en ouvrant la porte aux écoles de formation privées dans la région de Montréal, qui exigent de grands frais de formation, on ouvre la porte à la formation d’étrangers qui séjournent au Québec et s’en retournent dans leur pays d’origine sans retombées économiques, tandis que le CQFA stagne avec la formation d’une quarantaine de pilotes annuellement. M. Simard affirme que le gouvernement caquiste ferait preuve d’une bien plus grande vision s’il ouvrait les vannes au CQFA pour former le double des cohortes actuelles, avec les retombées économiques pour le Saguenay–Lac-Saint-Jean et l’industrie aéronautique québécoise. « On est train de se faire bouffer en tranches et notre région est rendue vulnérable avec ce qui vient de se passer », a-t-il conclu.