La professeure Patricia Germain de l’UQTR.

Étude commandée à l’UQTR: que sont devenus les enfants adoptés?

Trois-Rivières — Vous avez adopté un enfant d’un pays étranger? Le Secrétariat à l’adoption internationale, qui relève du ministère de la Santé et des Services sociaux, aimerait bien savoir comment va sa santé et comment s’est passée sa trajectoire jusqu’à présent.

Il a donc confié à Patricia Germain, professeure et chercheuse en sciences infirmières à l’Université du Québec à Trois-Rivières et membre du Centre d’études interdisciplinaires sur le développement de l’enfant et la famille, la tâche de répondre à ces questions. L’objectif ultime de cette étude est de pouvoir éventuellement mieux accompagner ces personnes.

Pas moins de 20 000 enfants ont été adoptés depuis 1990 au Québec. «On veut regarder l’ensemble de leur trajectoire», explique la professeure Germain. «Présentement, on regarde beaucoup le moment de l’adoption, mais on ne regarde pas ce qui se passe après», explique-t-elle.

«Or on sait, sur le terrain, que les familles ne l’ont pas toujours facile, que ce soit lors de l’entrée à l’école, à l’adolescence ou même à l’âge adulte», dit-elle.

On s’intéressera notamment aux antécédents médicaux, car beaucoup de problèmes de santé peuvent persister. «On le voit avec des enfants qui ont des besoins spéciaux», explique-t-elle. «Est-ce qu’on est là pour bien accompagner les familles? C’est ce qu’on cherche à découvrir.»

Afin de favoriser la participation des personnes pouvant apporter un éclairage, un questionnaire vient d’être mis en ligne sur le site internet www.uqtr.ca/experiencesadoptions. Il permettra, espère la chercheuse de l’UQTR, d’obtenir le regard des pères et des mères, des personnes adoptées et éventuellement des professionnels de la santé et des services sociaux.

Le questionnaire demeurera anonyme, assure la professeure Germain. Les participants pourront également se créer un mot de passe afin de répondre au questionnaire à leur rythme puisqu’il faut plus de 30 minutes au moins pour le compléter. Les informations seront placées sur une base sécurisée à l’UQTR, précise la chercheuse. «On n’est pas sur un Survey Monkey. On n’a pas les coordonnées des personnes. On n’a ni leur nom ni le nom des enfants», souligne-t-elle.

Beaucoup de questions portent sur la santé physique, la santé mentale, l’arrivée à l’école et plusieurs autres étapes de la vie.

L’étude s’intéresse à l’ensemble des familles qui ont adopté un ou des enfants. «Pour nous, c’est important que tout le monde se sente visé parce que ce n’est pas la même réalité en région et dans les grandes villes», souligne-t-elle.

«Les statistiques montrent qu’il y a une diminution du nombre d’adoptions internationales, mais les besoins ne vont pas nécessairement à la baisse», dit-elle. «Il y a eu un changement au début des années 2000 où l’on a vu des enfants avec des besoins spéciaux», dit-elle, un terme d’ailleurs beaucoup trop large qui devra être mieux défini par cette étude.

«De plus en plus, la médecine se spécialise en génétique et souvent, on est très maladroit avec les personnes adoptées par rapport à ça et c’est ce qu’on essaie de comprendre pour pouvoir les accompagner», explique-t-elle.

Même si le bassin de personnes adoptées est de 20 000, «on serait très heureux d’atteindre 300 ou 400 personnes adoptées qui pourraient répondre à ce sondage, même chose du côté des pères et des pères et des mères», indique la professeure Germain.

Avec son équipe interdisciplinaire, elle entend dresser des statistiques et voir les besoins au fil des ans «pour essayer de dessiner des trajectoires», dit-elle.

Parmi les questions qui se poseront, on cherchera à savoir si les parents ont été plus soignants que parents, dans les premières années et si l’on a répondu à leurs besoins. Le but, dit-elle, est de mieux accompagner tant les enfants adoptés que leurs parents adoptifs.

Le Secrétariat à l’adoption internationale se fait de plus en plus poser les questions: ‘Que sont-ils devenus? Qui sont-ils?’. Les résultats de l’étude permettront sans doute à l’organisme d’y voir plus clair et de prendre de meilleures décisions. «Ça fait partie de leur plan d’action», souligne la professeure Germain.

Une consultation des personnes adoptées a déjà été faite, au préalable, afin d’utiliser leurs mots. «On n’a pas pris des outils qui existaient», fait valoir la professeure Germain, une chercheuse très réputée sur le plan international en matière d’adoption.