Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Ces jours-ci, des intervenants psychosociaux du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec vont à la rencontre des gens pour prendre des nouvelles de leur moral. Rachelle Bouchard et Fanny Lauzière forment un tandem du côté de Drummondville.
Ces jours-ci, des intervenants psychosociaux du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec vont à la rencontre des gens pour prendre des nouvelles de leur moral. Rachelle Bouchard et Fanny Lauzière forment un tandem du côté de Drummondville.

Et vous, le moral?

CHRONIQUE / Cinq mois plus tard, la question se pose. Comment ça va?

Ce n’est pas tout de se laver régulièrement les mains, de maintenir une distance de deux mètres avec les autres et de porter le masque dans les endroits publics. Il faudrait idéalement garder le sourire là-dessous.

Vous y arrivez? La pandémie n’affecte pas trop votre moral?

Oui, non, peut-être, ça dépend des jours...

Toutes ces réponses sont correctes.

Personnellement, j’ai hâte de faire des vrais câlins à mes proches, mais je me retiens et me console à l’idée qu’ils sont en santé, qu’on a pu se revoir en personne, pas seulement via l’écran de l’ordinateur.

De nombreuses familles endeuillées par la COVID-19 n’ont pas eu cette chance. Elles ont même été privées d’un adieu en tenant la main.

J’ai gardé mon emploi aussi. En télétravail de surcroît. Un autre privilège qui n’est pas donné à tous ces nouveaux chômeurs.

Je m’ennuie de l’époque où le coronavirus ne faisait pas partie de notre vocabulaire, mais je m’adapte. J’essaie.

Cette crise sanitaire aura permis de me découvrir un pouce vert. Je m’entoure de plantes. Les regarder pousser m’aide à rester ici et maintenant. On plongera dans la deuxième vague en temps et lieu. En attendant, je cultive mon jardin intérieur.

Rachelle Bouchard et Fanny Lauzière acquiescent de la tête lorsque je leur raconte que, parfois, c’est bizarre, mais j’arrive à oublier que nous sommes en pleine pandémie jusqu’à ce que soudainement, ça me rattrape. Ah oui, c’est vrai, ce n’est plus comme avant.

Bref.

Si vous venez à croiser Rachelle et Fanny, elles prendront le temps de vous écouter aussi. En fait, elles commenceront par vous demander comment ça va avant d’enchaîner avec ces deux autres questions...

Comment avez-vous vécu le confinement? Comment ça se passe chez vous en ce moment?

Vous n’êtes pas obligés d’entrer dans les détails, mais si ça se trouve que vous avez envie de vous confier davantage sur les hauts et les bas de votre quotidien pandémique, elles sont là pour ça.

Rachelle Bouchard est intervenante psychosociale. Fanny Lauzière est psychoéducatrice. À l’emploi du CLSC Drummond, elles m’ont donné rendez-vous à l’entrée du parc Woodyatt, en plein cœur de Drummondville. Il faisait beau et chaud. On y a rencontré une nouvelle maman assise à l’ombre.

«Ça va bien», a-t-elle d’abord répondu avant de nous présenter timidement son bébé, un garçon né en décembre dernier, c’est-à-dire dans l’ancien temps.

La jeune femme profitait de cette magnifique journée d’été pour se balader sans but précis.

«On recommence à voir des gens dehors. Ça aide, surtout en congé de maternité. Ma famille est loin. Elle habite dans une autre région.»

La mission première des intervenants est d’écouter et, le cas échéant, de diriger les personnes vers les services répondant à leurs besoins.

Puis elle a tranquillement repris son chemin, comme Rachelle et Fanny dont c’est le mandat depuis le début du mois de juillet d’aller à la rencontre de la population de Drummondville.

Cette activité dite de «repérage» a été mise en place par le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec qui vient de l’étendre à l’ensemble de son territoire. Des équipes comme celle formée par Rachelle et Fanny se rendent dans les parcs, centres-villes, centres commerciaux et autres lieux publics où vous et moi pourrions avoir envie de jaser de ce que la pandémie a changé (ou pas) dans notre vie.

«Est-ce qu’il faut que je me lave les mains?», a lancé avec humour un homme en train de faire des mots croisés au parc Saint-Frédéric.

Identifiées d’un dossard blanc, les deux intervenantes en ont profité pour lui expliquer qu’elles ne sont pas des polices du masque ni des autres mesures à respecter, mais que l’actuelle crise sanitaire liée à la COVID-19 peut avoir des impacts sournois sur le plan psychologique.

L’homme allait bien. Rien à signaler. Jusqu’à preuve du contraire, aucun symptôme d’anxiété ou de déprime.

Ce n’est pas aussi simple pour tout le monde.

L’autre jour, Rachelle et Fanny ont fait la connaissance de deux femmes marchant ensemble. L’une d’elles s’est mise à pleurer.

Depuis le début de la pandémie, sa belle-mère est décédée et un petit-fils est né. Dans un cas comme dans l’autre, le confinement l’a empêchée d’être auprès des siens. La femme, qui venait de retourner au travail, avait également l’impression que son employeur ne prenait pas les règles d’hygiène au sérieux.

Rachelle et Fanny ont dirigé la dame vers les services du CIUSSS où elle pourra bénéficier d’un suivi avec une travailleuse sociale.

«Cette femme a besoin de parler de ce qu’elle a vécu, de se libérer d’un deuil non résolu et du stress qu’elle vit au travail», explique Rachelle qui l’a rappelée depuis. Elle allait déjà mieux.

Un couple d’aînés a également été abordé par les intervenantes qui sont douées pour faire le premier pas. Elles le font sans s’imposer.

Tout en parlant de la pluie et du beau temps, la dame a admis être inquiète pour son mari qui présente davantage de pertes de mémoire.

«Ils ont été très isolés durant la pandémie», soulignent Rachelle Bouchard et Fanny Lauzière qui ont rencontré d’autres personnes âgées dont l’autonomie a été fragilisée par ces longues semaines à ne pas pouvoir sortir, ou presque.

«Appelez votre médecin», leur ont conseillé les intervenantes tout en dirigeant le vieil homme vers le CLSC. Il ne perdait rien à être évalué au niveau de ses fonctions cognitives et de son humeur.

«Vous êtes des anges!», les a vivement remerciées une autre femme rencontrée le long de la promenade Rivia.

Le confinement, et par ricochet la fermeture des bars où on retrouve des appareils de loterie vidéo, lui avait fait réaliser qu’elle avait une dépendance au jeu de hasard.

«Cette femme avait besoin d’en parler et nous lui avons fait connaître les ressources qui viennent en aide aux personnes qui vivent avec cette problématique», raconte Fanny avec satisfaction.

«Ne lâchez pas! C’est bien ce que vous faites!» les a finalement louangées une gentille septuagénaire en ma présence.

Assise dans le parc avec vue sur l’église, elle était fière de répondre que son moral est bon, pandémie ou non. Elle a traversé la période de confinement avec sérénité.

«Je me suis occupée d’une grand-maman. Je l’appelais tous les jours. Je la faisais chanter au téléphone. Elle me disait que j’étais son trésor. Ça fait plaisir de rendre quelqu’un heureux!»

La dame a continué de parler avec enthousiasme. De tout et de rien. Rachelle et Fanny l’ont écoutée sans l’interrompre. Avec plaisir aussi.