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Sur la photo: Geneviève Hardy, associée d’Entreprise Prémont, porte le masque Humask-Pro Vision.
Sur la photo: Geneviève Hardy, associée d’Entreprise Prémont, porte le masque Humask-Pro Vision.

Entreprise Prémont écartée au profit d’un produit chinois [ARTICLE AUDIO]

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
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Louiseville — Le contrat du gouvernement visant à acheter 2,9 millions de masques à fenêtre transparente destinés aux éducatrices et aux éducateurs en garderie échappe à Entreprise Prémont. Selon les informations obtenues par Le Nouvelliste, la compagnie de Louiseville n’a pas été retenue dans cet appel d’offres, car une entreprise de Magog fournissant des masques fabriqués en Chine lui a été préférée. La soumission de MedSup Canada est de 4 060 000 $, un prix inférieur de 145 000 $ à celle de Prémont, soit un écart de 5 cents le masque.

En février, le gouvernement annonçait son intention d’équiper rapidement le personnel des CPE, des garderies et des services de garde de ce type de masque afin notamment de favoriser l’apprentissage et le développement du langage des tout-petits. Entreprise Prémont estimait que ses chances d’obtenir le contrat étaient bonnes. Luc Girard, vice-président de la compagnie, mentionnait à ce moment que la principale concurrence provenait de manufacturiers américains.

«C’est la déception totale, confirme M. Girard, lors d’une entrevue réalisée mardi. En mai, le gouvernement nous a demandé de travailler sur un masque à fenêtre conforme. On a investi près de 2,8 millions de dollars dans cette aventure, autant en recherche et développement et en équipements. On a deux brevets. C’est le prix qui a joué contre nous.»

Le prix demandé dans la soumission d’Entreprise Prémont pour son Humask est de 1,45 $ l’unité. Selon les informations obtenues par Luc Girard, la soumission retenue par Québec fait état d’un coût unitaire de 1,40 $, soit une différence de 3,57 %.

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«Une différence de 3 % versus un produit qui a été développé et qui est fabriqué ici, ça ne marche pas. C’est une différence qui ne s’explique pas vraiment. Le masque est fait en Chine, où les coûts de la matière première et de la main-d’oeuvre sont moins élevés. Mais le produit chinois ne respecte pas le devis qui demande entre autres que la bouche soit visible de côté, ce qui n’est pas le cas. En plus, le masque chinois coupe énormément le son et le timbre de la voix. On compare notre produit, hi tech, avec un produit qui offre moins de protection et moins de confort. Ça va être difficile de respirer avec le masque, sans compter l’odeur de plastique. C’est un désastre de recevoir ce genre de produit. On ne veut pas perdre notre nom avec un produit qui pourrait être associé à Humask», déclare le vice-président, en ajoutant qu’il faut aussi considérer l’impact environnemental d’importer des masques de la Chine.

La nouvelle concernant la non-obtention du contrat est arrivée vendredi. Entreprise Prémont a depuis ralenti la production de masques à fenêtre, elle qui affirme que la capacité de fournir 2,9 millions de masques en peu de temps n’était pas un problème.

Luc Girard est le vice-président d’Entreprise Prémont.

Luc Girard dit avoir demandé des explications au gouvernement depuis les derniers jours.

«Selon leurs informations, le masque est conforme avec les renseignements qu’ils avaient. On fait faire des tests indépendants sur le masque chinois pour démontrer qu’il n’est pas conforme.»

La décision du gouvernement du Québec d’accorder le contrat au plus bas soumissionnaire conforme soulève des questions, selon le vice-président d’Entreprise Prémont, car le gouvernement mise sur l’achat local pour soutenir l’économie durant la pandémie.

«On considère qu’un coût de 15 à 30 % plus cher pour un produit d’ici revient moins cher, car les travailleurs paient des taxes et des impôts et que l’argent revient dans l’économie du Québec. C’est 145 000 $ de plus, mais on engage des gens ici, au Québec. En vrai, on prend notre argent et on le donne aux Chinois. C’est tout ce qu’on fait.»

Le fait de ne pas avoir été choisi par Québec ne met pas le manufacturier en péril, avance Luc Girard.

«On devrait marquer des points ailleurs dans le monde. On est déçu de ne pas pouvoir fournir notre monde. Mais c’est le premier appel d’offres. Dès que les gens vont le porter, ça va faire lever des flags. L’achat du premier appel d’offres est pour un mois.»