Une trentaine de famille participe annuellement à la Cérémonie des anges qui se tient depuis plus de 10 ans à la Coopérative funéraire de l’Estrie.

En mémoire des petits anges disparus

Plusieurs familles endeuillées par la mort d’un bébé ou d’un enfant se sont rassemblées dimanche à la Coopérative funéraire de l’Estrie pour la Cérémonie des anges qui vise à souligner l’importance de ces enfants malgré leur court passage sur terre, mais surtout à réconforter les familles qui traversent cette épreuve.

Rémy Perras est l’un de ceux qui ont pris la parole. Sa fille, Blanche, est décédée à la naissance en 2007.

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Lettre d’une ex-DPJ

« C’était notre premier enfant, raconte-t-il. La nuit de l’accouchement a été vraiment magnifique, c’est lors de la dernière poussée, alors que tout allait bien, qu’il y a eu le fameux cordon ombilical. Elle s’est étouffée. Ils ont essayé de la sauver pendant 10-15 minutes. Ils se sont retournés pour dire que s’ils arrivaient à faire quelque chose il y aurait des dommages irréversibles au cerveau. On leur a dit d’arrêter et de la laisser partir. »

Les premières funérailles qu’il a organisées ont été celles de sa fille. Il est aujourd’hui célébrant de funérailles. Il a témoigné dimanche pour venir en aide à ceux qui ont récemment vécu la perte d’un bébé.

« Il y a une psychologue qui disait qu’après un feu de forêt, la première chose qui repousse ce sont des petits fruits. L’image est forte. Ma conjointe est allée travailler sur une ferme pendant un été pour se connecter à la terre et juste de voir que ce n’est pas tous les légumes et tous les fruits que tu plantes qui vont pousser, ça lui a fait beaucoup de bien. »

Aujourd’hui, M. Perras et sa conjointe ont trois enfants.

« Sept ans après la mort de ma fille, je suis même allé jusqu’à lui dire merci d’être morte, souligne-t-il. Ce n’est pas tout le monde qui est d’accord avec ça, mais ça venait du fond du cœur. Depuis qu’elle est morte, j’ai développé une hyper conscience de la fragilité de la vie. J’ai une façon particulière de faire des efforts parce que je suis conscient à quel point tout ça est fragile et précieux. »

Rejoindre les familles

La Cérémonie se tient depuis plus de 10 ans à la Coopérative funéraire de l’Estrie. Une trentaine de familles y participent annuellement. François Fouquet, directeur général de la coopérative funéraire, estime toutefois que bien des familles endeuillées ne sont pas au courant des services offerts.

« On a de la difficulté à rejoindre les familles, explique-t-il. On n’a pas le droit vraiment d’aller directement au CHUS parce que ça serait une forme de sollicitation et on ne veut pas ça. Tous les services qu’on donne sont complètement gratuits, on n’attend rien en retour, mais on reste toujours avec la pensée qu’il y a quelqu’un qui vit ce deuil-là sans savoir qu’il y a des ressources. C’est attristant ».

« Par le passé, on avait quelqu’un au centre hospitalier qui remettait de l’information par rapport à la cérémonie des anges, mais cette personne là le faisait un peu en dehors de ses fonctions, souligne pour sa part Manon Thibodeau, directrice des services aux familles. Cette personne a quitté son emploi et on est plus capable d’avoir cette ressource. Les familles qui vont passer par la Coopérative ou aller chercher de l’aide dans les organismes, on est capable de les rejoindre, ça va, mais il y a probablement des familles qui ne vont pas chercher de services et qui vont vivre ça toutes seules. »

« C’est un deuil qui n’est malheureusement pas reconnu, résume-t-elle. Les gens ne sont pas de mauvaise foi, ils veulent réconforter mais parfois c’est un peu maladroit. Les gens se font dire qu’ils sont encore jeunes et qu’ils vont pouvoir se reprendre. Il y a une dame âgée qui est venue il y a quelques années. Personne ne la connaissait. Elle nous a expliqué que ça faisait 40 ans que son enfant était décédé avant la naissance et jamais personne ne l’avait reconnu et c’était la première fois qu’elle se permettait de pleurer son enfant. »