Les passagers ont embarqué et débarqué à quelques reprises de cet avion, avec leurs bagages, avant d’être finalement entassés dans un hangar pendant plusieurs heures.

Dure escale au Maroc

Quelques milliers de voyageurs ont vu leurs vacances gâchées au cours des dernières semaines, en raison des tensions qui persistent chez Royal Air Maroc (RAM). Marie Fall, une résidante de Saguenay, fait partie de ces passagers qui ont été tenus en otage par la compagnie lors d’une simple escale à l’aéroport Mohammed V de Casablanca.

Près d’une centaine de vols, rappelons-le, ont été annulés depuis le mois de juillet par le mouvement social mené par les pilotes d’avion. Ces derniers, qui réclament une hausse salariale, ont accentué les moyens de pression en pleine haute saison touristique.

Professeure à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Mme Fall ne faisait qu’une escale au Maroc, la semaine dernière, après un long séjour effectué au Sénégal. Une escale qui aura duré plus de 30 heures dans des conditions pitoyables, raconte Mme Fall, qui voyageait avec ses deux jeunes enfants.

« On nous a fait embarquer et débarquer d’un avion à plusieurs reprises. Il fallait marcher longtemps pour se rendre à l’avion chaque fois. On a fait l’exercice quelques fois, avant qu’ils décident de nous débarquer et de nous entasser dans un hangar. Nous étions près de 500 personnes empilées à cet endroit, et ce, sans réponse, sans aucune information sur notre vol », témoigne Mme Fall.

« C’était bien triste, car il y avait beaucoup de familles et de jeunes enfants. Des mamans exaspérées avec de jeunes bébés qui ne pouvaient même pas s’asseoir. Les gens avaient faim, soif et aussitôt qu’on se levait pour aller chercher quelque chose à manger, on perdait notre place dans le hangar. Et en plus, on ne savait pas combien de temps on allait rester là. »

Après des « heures interminables », la colère a rapidement monté d’un cran chez les passagers. Plusieurs ne se sont pas gênés pour vandaliser un café de la compagnie. « J’ai vu les gens vandaliser cette boutique. Ils disaient traiter la compagnie comme elle les traitait. On était ‘‘parkés’’ comme des animaux », décrit Mme Fall.

Un groupe de jeunes Québécois se sont d’ailleurs démarqués chez les passagers par leur « leadership », selon celle qui enseigne la coopération internationale à l’UQAC.

Plus d’une centaine de vols ont été annulés dans les dernières semaines par la Royal Air Maroc.

« Ça faisait des heures qu’on n’avait pas de nouvelles, donc ils ont lancé un mouvement et invité les gens qui avaient encore l’énergie pour le faire à les suivre et bloquer la porte 7, où s’apprêtait à partir un avion de la RAM. Ce sont de jeunes Québécois qui ont pris l’initiative. Ça me rappelait le Printemps érable des étudiants. »

Les gens n’auront finalement pas eu le temps de faire pression sur la compagnie. Des employés sont arrivés au même moment pour les inviter à quitter l’aéroport et à se diriger vers un hôtel en particulier de Casablanca. « On ne nous a rien dit d’autre sur notre possible retour. Il fallait se rendre tous au même hôtel. Mais plusieurs ont dû rester à l’aéroport, car ce ne sont pas tous les voyageurs en escale qui peuvent séjourner au Maroc. Pour certaines nationalités, ça prend des visas pour sortir de l’aéroport », indique Mme Fall, s’estimant chanceuse, à ce moment, de détenir un passeport canadien.

Une horde de plus de 200 passagers faisait la file en pleine nuit à la réception de l’hôtel pour obtenir une chambre. Un bon Samaritain, qui était plus près du comptoir, a toutefois permis à Mme Fall d’avoir une chambre plus rapidement.

« On était des compagnons de galère. Pendant cette mésaventure, j’ai vu de beaux exemples de coopération. À l’hôtel, les jeunes donnaient les chambres aux familles et enfants avant tout le monde. À ceux qui en avaient le plus besoin. Mais c’était pratiquement tout le monde, car il fallait considérer les personnes âgées, les femmes enceintes. »

La dame et ses deux enfants ont pu reprendre un avion de la RAM le lendemain, après 34 heures d’attente au Maroc.

Plainte
Arrivée au Québec, elle songe maintenant à se plaindre officiellement auprès de la compagnie. Mais Mme Fall a bien peu d’espoir d’être dédommagée.

« C’était épuisant sur les plans physique, mental et financier. Des conditions comme ça, on ne voit pas ça dans les pays organisés, comme au Canada par exemple. J’ai vécu plusieurs annulations ou retards de vol dans ma vie. Et je me suis fait traiter de cette façon au Dakar et au Maroc. C’est là qu’on voit l’injustice dans les systèmes nationaux. Certains États n’ont aucune législation pour compenser les clients », dénonce celle qui est originaire du Sénégal.

Par sa sortie, la professeure de l’UQAC ne veut pas faire d’elle-même une touriste difficile, comme celle qui a récemment fait moquer d’elle en qualifiant son séjour forcé à Cuba de « prison » et de « Guantanamo ». La citation de cette dame, dont le vol de retour de son voyage tout inclus à Cuba a été retardé de plusieurs jours, avait fait le tour des réseaux sociaux.

« Je ne peux pas dire que c’était Guantanamo dans mon cas , car c’était au Maroc et j’ai pu sortir de l’aéroport , lance Mme Fall. Mais ça pouvait plus lui ressembler pour ceux qui n’ont pas pu sortir. On était traité comme du bétail là-bas », conclut-elle.